DANIEL GUICHARD



 

 

 

Avec HORS FORMAT, l’idée n’est pas de faire une interview de plus. La préparation de ces moments précieux débute toujours avec la volonté d’aller plus loin, et d’être différent, dans le fond comme dans la forme. Pourtant, quand on rencontre un artiste qui a derrière lui près d’un demi-siècle de chansons, on se heurte forcément à une implacable réalité : tout a été dit, ou presque. « Les centaines et les centaines d’interviews se ressemblent. Les schémas de questions et les centres d’intérêts sont les mêmes pour la plupart de ceux qui m’interrogent » confirme Daniel Guichard quelques instants après la fin de l’entretien. Forcément, on s’inquiète. « Mais là, les lecteurs vont apprendre des choses. Vous m’avez laissé entrer dans les détails » rassure-t-il un peu plus tard. Analytique, précis, et sans langue de bois : Daniel Guichard, tel qu’en lui-même.


Vous êtes à Lille pour le montage du DVD de votre dernière tournée. C’est amusant de constater que, depuis 1985, vous publiez un enregistrement de vos tours de chant avec une assiduité rare : tous les dix ans…

Je crois que c’est important pour ceux qui m’aiment bien, c’est un souvenir. Au fond, peu importe à combien d’exemplaires on peut vendre les enregistrements en public : quelques milliers, un peu plus, ou un peu moins, ce n’est pas un problème… Et puis, ça met des jalons sur ce qu’on fait. Des fois, je réécoute des vieux enregistrements, et je me dis : « Merde ! On a fait quelques progrès, quand même (rires) ! ».

Où se situent ces progrès ?

C’est une évolution, toujours.

Dans le chant, notamment.

Ah, oui… Avec le temps, on apprend à chanter !

Avec le recul, vous n’hésitez jamais à faire votre autocritique. Ça m’a amusé de lire que vous avez longtemps considéré chanter, je vous cite, « comme un dégueulasse ».

Oui, c’est ça, comme un dégueulasse. Quand personne n’est suffisamment intelligent, dans l’entourage professionnel, pour expliquer au chanteur ce qui est utile de faire ou non, on apprend sur le tas…

Lorsqu’on touche régulièrement aux arrangements d’une même chanson depuis trente ou quarante ans, existe-t-il un risque de s’éloigner trop de l’originale, et donc de la dénaturer ?

Pas du tout, non. Je considère que, dans l’ensemble, on est parvenu à les affiner. C’est le cas pour certains succès comme : La tendresse, Mon vieux, Chanson pour Anna. Vous savez, il y a une réalité, c’est que certains me suivent depuis plus de quarante ans. La chanson, ils la connaissent par cœur. Je pourrais la chanter avec un tambour de brousse, ou même rien du tout. Ce qui compte, pour ces succès, c’est l’interprétation, et l’émotion que ça leur procure. C’est le même phénomène pour Serge Lama, que j’avais vu en concert tout près de chez moi, et qui était sur scène avec un seul accordéoniste à ses côtés. Et Alain Chamfort, que j’ai vu récemment, avec son piano électrique et un pianiste avec lui.

C’est un peu différent avec vous, puisque vous mettez du monde sur scène. Pourriez-vous aller vers plus de dépouillement, comme eux ?

Je ne crois pas, non. Ce n’est pas quelque chose qui m’amuserait. Si on gérait les choses de manière économique  et pratique, on pourrait très bien imaginer faire des choses avec peu de monde. Mais ce n’est pas le but de l’opération…

Quand Lama vient sur scène avec son seul accordéoniste (NDLR : Sergio Tomassi), on se pose la question du coût du plateau par rapport au prix du billet…

Ce n’est pas comme ça qu’il faut voir le problème. Le problème, c’est : vous allez voir un super spectacle, ou vous allez voir un artiste ? Si vous allez voir le Mime Marceau sur scène, il est tout seul. Serge Lama, c’est pareil, c’est l’artiste.

Guichard, c’est aussi un artiste. Sauf que le prix de la place est raisonnable, et qu’il y a douze personnes sur scène…

Ouais, avec ma fille ça fait treize, même (sourires) ! Sur la dernière tournée, on avait fait le calcul : entre les musiciens, les techniciens, et tous ceux qui jouent un rôle dans cette aventure, on était trente-quatre ou trente-cinq. On peut parler d’argent, ce n’est pas un problème. Je vous donne un exemple : la jauge moyenne d’une salle doit coûter entre 5 000 et 8 000 euros. Si vous souhaitez bloquer une salle pour l’année suivante, vous versez 50 % à la réservation. Si vous voulez faire une tournée de quarante dates, avec des Olympia, préparez votre chéquier…

Il faut de la trésorerie…

Le problème est là. Pour une salle, même si vous êtes à peu près sûr de la remplir, il faudra avancer les sous. Un directeur de salle, il ne va pas vous dire : « T’as une bonne tronche, tu paieras quand tu viendras chanter ! ». Non, ce n’est pas comme ça que ça se passe. Et puis, il faut bloquer un sonorisateur, un quarante tonnes pour transporter le matériel. Là aussi, on en paye une partie avant. Tout ça pour dire qu’on ne fait pas ce métier sans argent, et que si un artiste vient sur scène avec un accordéon, et qu’il prend des sous, tant mieux ! Il faut se dire que dans deux ans, il en aura sans doute besoin pour préparer une autre tournée, sous une autre forme.

Pour rebondir sur ce que vous disiez il y a un instant, est-ce que cela signifie que vous avez un peu de poids sur les épaules, à la veille d’entamer une nouvelle tournée dans de grandes salles ?

Voilà. En raison de l’aspect financier, déjà. Et puis, c’est sûr que là, je ne vais pas m’amuser à aller repeindre les plafonds avec une échelle : si je tombe, ce n’est pas vous qui irez chanter à ma place. Donc, j’ai une vraie responsabilité : je fais attention, car les conneries peuvent coûter cher.

Restons sur la scène, mais revenons à vos chansons. J’ai noté que dix à douze d’entre elles étaient incontournables, ou presque, puisqu’en plus des tubes radiophoniques, vous avez aussi des chansons – souvent des faces B – qui ont pris toute leur dimension en spectacle…

C’est vrai. Ce qui est amusant, c’est que sur le dernier spectacle, Joël, mon fils (NDLR : et producteur de ses spectacles), me racontait que des gens lui réclamaient des nouvelles chansons comme… L’indien (NDLR : sortie en 1991) ou Ce n’est pas à Dieu que j’en veux (1974).

Ça ne vous donne pas envie de les réenregistrer ?

Non, non, non. Elles n’ont pas toujours eu la place qu’elles méritaient, elles ont parfois été éclipsées par le tube qui se trouvait en face A, comme « Ce n’est pas à Dieu que j’en veux », avec « Je t’aime, tu vois ». Et puis, elles se sont affinées sur scène. On a gommé certaines erreurs d’orchestration ou de tempo.

Vous me donnez un non définitif, mais, quand même, il y a dix ans, vous aviez ce projet de réenregistrer vos chansons…

C’est vrai, mais je me suis rendu compte, après coup, que c’était une grosse connerie. Je voulais faire un album qui se serait appelé « Et si c’était à refaire ? ». Mais ça n’avait aucun sens. Quelque chose qui a été raté, a été raté. Au cœur du spectacle, c’est autre chose, ça leur permet une progression. Et puis, j’éprouve un vrai plaisir à les chanter.

Parmi les incontournables que l’on vient d’évoquer, la première d’entre toutes, c’est La tendresse, en 1972…

1972, c’est la date de l’album.

La chanson est conçue quelques mois plus tôt…

Oui, en 1970. On a commencé à parler de moi l’année suivante, et puis, il y a eu Faut pas pleurer comme ça, et Mon vieux un an plus tard. Ensuite, il y a eu Je t’aime, tu vois. Et, on a fait l’Olympia en vedette, aussi, en 1974. L’une de mes filles est née à ce moment-là…

Le soir de la première à l’Olympia, d’ailleurs.

C’est ça, c’est Armelle. Vous savez, c’est comme ça que je me repère. L’autre jour, j’étais à la radio (NDLR : sur RTL) à l’occasion des adieux d’André Torrent (NDLR : mythique animateur de la station, notamment du « Hit Parade » entre 1972 et 1981). Le journaliste qui était à ses côtés a donné une date pour la sortie de Mon vieux qui m’a étonné. J’ai fait le rapprochement avec la naissance de ma fille, et je me suis dit que son information n’était pas tout à fait exacte.

Un chanteur qui connaît les dates d’anniversaires de ses enfants, ce n’est pas commun. J’ai le souvenir que Richard Anthony, durant une interview, n’était pas tout à fait sûr du nombre…

(rires) Moi, je sais… J’en ai sept. Les autres, ceux qui étaient ratés, on les a noyés (rires) !

Tout ça pour dire que vous êtes un « type » normal, complètement connecté à la vraie vie…

Vous n’avez pas d’enfant, vous ? Pas encore. Si j’ai un conseil à vous donner, c’est : prenez votre temps. Quand les enfants arrivent, vous vivez d’abord pour eux. Votre vie, elle passera d’elle-même en retrait. Après, si vous n’avez pas une fibre très paternelle, ce qui n’est pas une tare, vous allez continuer à vivre votre vie, avec vos enfants en parallèle. Si vous êtes très paternel, c’est la vie des enfants, et de leur maman, qui primera à vos yeux. C’est vrai aussi pour les mamans, qui mettent souvent leur vie de côté pour leurs enfants.

Pour établir un parallèle avec la chanson emblématique de votre répertoire, est-ce qu’aujourd’hui, alors que vous êtes devenu le « vieux » de vos enfants, vous pourriez réécrire cette chanson à l’envers ? En parlant de ce que vous ressentez en tant que papa, vis-à-vis d’eux…

Aujourd’hui, sans pour autant la réécrire, la chanson n’est plus la même. Tout à l’heure, quand je vous disais que je chantais comme un dégueulasse, je pensais notamment à cette chanson. Je gueulais, les instruments jouaient fort, etc. Et puis, les années ont passé. Anaël est né trois ans après l’enregistrement de ce texte, il a grandi, et puis, un jour, il a eu quinze ans. A ce moment-là, la réalité des mots correspondait à autre chose dans mon esprit. Un peu plus de quarante ans plus tard, vous imaginez bien qu’elle a encore évolué, avec ce que je suis devenu. Pour autant, je pense qu’il n’est pas nécessaire de réécrire quoi que ce soit à ce sujet. Avec cette chanson, tout est dit.

Pour Mon vieux, comme pour La tendresse, vous avez retravaillé le texte qui vous avait été présenté dans un premier temps…

Pour Mon vieux, c’est un texte qui avait été écrit dix ans avant par Michelle Senlis, une femme que je ne connais pas, mais qui m’a fait un procès parce qu’on ne parlait sans doute pas assez d’elle ! Cependant, je dois dire qu’elle avait fait un très beau texte, très engagé politiquement, très à gauche. Un ami de Jean Ferrat (NDLR : compositeur de Mon vieux) l’avait enregistrée, et ça n’avait pas bien marché…

Il y a même eu deux versions par deux interprètes, je crois…

Oui, c’est vrai (NDLR : la chanson a été interprétée par Jacques Boyer et Jean-Louis Stain). Et c’était très sympa, d’ailleurs. J’ai eu la fille de l’ami de Jean (NDLR : Jacques Boyer) au téléphone, et j’ai remis un peu les choses à leur place, à un moment où on me reprochait d’avoir volé la chanson à Michelle Senlis. Vous savez, les règles à la SACEM sont très strictes : si vous voulez retoucher un texte, et que son auteur ne donne pas son accord, vous ne pouvez absolument rien faire. Cette brave femme avait donné son accord, grâce à quoi elle a beaucoup touché, et continue à toucher sur cette chanson. Elle ne peut pas s’en plaindre. Moi, le texte, à l’origine, il ne me touchait pas : la misère, le chemin de fer… D’ailleurs, je ne savais pas que ça avait été enregistré par d’autres. J’avais seulement entendu la maquette de Jean Ferrat dans laquelle son clébard, qui devait être tout près de lui, aboyait. En plus, il avait fait ça façon « rumba cubaine ». Quand j’ai entendu ça, j’ai changé plusieurs petites choses, j’ai fait quatre couplets au lieu de trois, et j’ai transformé cette chanson pour qu’elle me concerne, et me corresponde beaucoup plus.

Retoucher les textes de vos auteurs, c’est quelque chose que vous avez fait régulièrement ?

Oui, comme vous le disiez, je l’ai aussi fait pour La tendresse. Patricia Carli l’avait composée pour Mireille Mathieu. Bon, la mélodie était simple. Un truc qui avait dû être fait cent fois avant, et qui a été refait cent fois après. Les paroles, très jolies, étaient signées Jacques Ferrière. (il chante)  « La Tendresse, c’est tout d’abord un léger fil qui se balance au gré du vent, entre deux cœurs… ». Joli, mais chiant ! Moi, je n’avais pas envie de chanter cette connerie. Léo Missir, qui était le mari de Patricia Carli, m’avait dit : « Fais ce que tu veux ! Tu peux tout changer ! ». Ni une, ni deux, j’ai gardé La tendresse et j’ai viré tout ce qu’il y avait autour. Ça m’a pris vingt minutes. Comme quoi, quand on a vingt ans, on imagine les choses simplement. Des choses qui ne prennent leur importance qu’après…

Pour La tendresse, vous parlez de « mélodie simple ». Les radios, qui ont longtemps refusé de la diffuser, disaient même « mélodie triste et pénible ».

Bah ouais, elle n’est pas passée du tout, la chanson.

J’ai lu qu’elle l’avait été, finalement, grâce à l’un de vos copains, travaillant alors à France Inter. Quelques jours plus tard, la radio recevait plus de deux mille lettres d’auditeurs totalement séduits par ce titre…

Oui, c’est vrai que France Inter l’avait finalement diffusée. L’anecdote à propos de La tendresse, c’est que cette chanson n’a pas marché du tout, à sa sortie au début de l’année 1970. En juin de cette même année, j’ai sorti une chanson qui s’appelait Reviens. Un saucisson terrible ! (il fredonne à nouveau) « Reviens, reviens, si tu le veux un jour. Reviens, reviens, pour moi c’est toi l’amour… ». Bon, je ne l’ai pas chantée longtemps, celle-là ! Pourtant, ça n’a pas mal marché, puisque la chanson a été classée au Hit Parade. Anne-Marie Pesson, une femme génialement adorable, l’avait choisie comme chanson de la semaine. Tous les jours, ça passait au début, et à la fin de son émission. Grâce à elle, Reviens était devenue un tube. Ça passait pas mal en discothèque, aussi, durant l’été. Ça a ouvert la porte à La tendresse, qui a eu droit à une seconde chance, par la suite.

Ce succès intervient trois, quatre ans après votre arrivée chez Barclay. Comment expliquez-vous la patience assez remarquable qu’ils ont eue avec vous ?

Ce n’est pas eux qui ont été patients, c’est moi qui l’ai été !

Quand même, vous auriez pu faire partie de la charrette, comme beaucoup d’autres, en 1969…

C’est vrai que là, ils ont viré tout le monde ! Déjà, un tout petit peu avant, ils avaient laissé partir Maxime Le Forestier, qui avait ensuite fait Parachutiste. En 1969, il ont viré Sardou, qui a été faire très vite Les bals populaires chez Trema, Dave qui est allé faire Vanina un an après, C. Jérôme, qui est parti faire Kiss me. Et puis, deux ou trois autres dont j’ai oublié les noms. Avant ça, on était une bande de potes tous ensemble. Eux, ils ont cartonné ailleurs. Moi, je suis resté, car, en parallèle, je travaillais au stock, chez Barclay…

Vous pensez que ça, le fait de réellement faire partie de la maison, a contribué à l’indulgence de la direction ?

Ils n’en avaient rien à foutre, je crois. Mais bon, je devais sans doute faire un peu partie des meubles. Chez eux, j’ai fait plein de boulots. Je m’en tapais un peu, je dois le dire. Pour l’anecdote : j’avais fait un album de chansons sur Paname qui n’avait pas du tout marché… Pourtant, bien des années plus tard, j’avais croisé Renaud sur un plateau télé, et il m’avait dit connaître toutes les chansons de ce disque par cœur. C’était marrant.

Renaud a un peu creusé votre sillon…

L’équipe avec laquelle il bossait a réussi avec lui ce que Barclay avait raté avec moi. Les deux gars qui travaillaient avec lui à l’époque ont su exploiter son talent, son écriture, son côté parigot…

Vous avez rapidement mis de côté cet aspect là…

Titi parisien, je l’ai toujours été, et c’était naturel. A l’époque, ça emmerdait tout le monde. Renaud, il était plus calé que moi, mais il était aussi vraiment parigot dans sa tronche. Les chansons étaient bonnes, et les mecs qui étaient autour de lui s’y sont mis, au charbon.

On a parlé de tous vos amis de chez Barclay. Vous imaginiez que certains d’entre eux seraient les vedettes qu’ils sont devenus par la suite ?

Dans toute l’équipe de bras cassés que nous formions chez Barclay, la vedette, celui qui vendait le plus, c’était C. Jérôme. Claude, c’était vraiment le plus gentil mec de ce métier… Sardou, il avait déjà fait Les Ricains avec, en prime, la censure de De Gaulle.

Certains vous ont comparé, à une époque, avec Renaud, mais on peut aussi établir un lien entre Sardou et vous…

On peut tout comparer, mais ça, c’est des conneries. C’est vraiment sans importance.

Vous ressemblez quand même plus à Sardou qu’à Dave…

(sourires) C’est vrai qu’avec Sardou, on a ce côté un peu râleur en commun. On fait un peu la gueule, quoi.

Deux caractères forts, donc. Mais, contrairement à vous, Sardou, a accepté d’être piloté – par Revaux et Talar – durant trente ans…

Ce n’est pas la question d’accepter d’être piloté, ou pas. La vie est une succession de rencontres. Vous avez des bonnes rencontres, ou des mauvaises rencontres. Parfois, vous avez la chance de rencontrer les bonnes personnes aux bons moments. Au bout de cinquante piges que je fais ce métier, je ne pourrais pas citer plus de cinq artistes ayant eu la chance d’avoir autour d’eux les personnes qu’il fallait, au moment où il le fallait. Compétence, honnêteté, disponibilité, et affection. Voilà ce qui compte. Retrouver toutes ces choses chez un éventuel collaborateur, ce n’est pas simple. Surtout qu’un artiste, c’est chiant !

Si vous aviez rencontré « votre » Revaux, ou « votre » Talar…

Oui, ou mon Johnny Stark, ou mon Paul Lederman, ça aurait pu se faire. Quoi que, Lederman, un jour en écoutant La tendresse, m’avait dit : « Toi, t’es un comique, tu devrais faire des trucs drôles ». Ouais, bon…

Vous l’avez envoyé balader.

Même pas. Ça m’a simplement fait marrer. En fait, il n’avait pas tout à fait tort. Le fond de ma personnalité, c’était de faire le con, de déconner. Mais il y avait aussi un côté « émotion » qui n’était pas dans ses cordes, à Paul. Lui, il a surtout géré des mecs, de Coluche aux Inconnus en passant par Le Luron, qui étaient dans la rigolade.

 



Aujourd’hui, vos spectacles font la part belle à l’émotion. Mais il y a aussi de la place pour l’humour, avec beaucoup d’improvisation entre les chansons, de l’interaction avec le public…

C’est vrai, ce sont des choses qui me viennent, souvent, comme ça. Je connaissais Lederman sur la base du cabaret, et, en ce sens, il avait raison.

Sardou, on lui a imposé certaines chansons. Pas vous.

Je vous arrête tout de suite : on ne lui a pas imposé. Chez Barclay, on lui avait rendu son contrat. Talar était un agent éditorial, et Revaux un formidable compositeur. C’était une bonne équipe autour de Michel. Un jour, je l’ai vu répéter dans les studios des sous-sols de chez Barclay, qui étaient anciennement le stock dans lequel j’avais travaillé, et dont j’avais nettoyé toutes les briques. Michel répétait Les bals populaires, et il râlait parce qu’il préférait faire Et mourir de plaisir. La première, il l’avait faite en déconnant, et, pour finir, ça ne lui plaisait pas tant que ça. Alors, je lui ai dit : « Si tu ne veux pas la faire, tu peux me la laisser ! ». C’était une chanson qui était dans la continuité de ce que j’avais pu enregistrer sur Paris quelques temps plus tôt. Là-dessus, Jacques Revaux est arrivé et m’a dit : « T’inquiète pas, il va la faire ! » (rires). Au final, sur un même vinyle, il a fait deux tubes. Sardou, même si ça ne saute pas aux yeux, il est marrant, c’est un vrai déconneur. Mais, à côté de ça, c’est aussi quelqu’un de très profond.

Quand, quelques années plus tard, votre entourage professionnel jugera Mon vieux démodée, vous tiendrez bon.

Oui, mais on ne m’a jamais empêché de la sortir. Pour faire l’album, on m’a dit : « Ecoute, on va choisir six chansons pour toi, et tu en choisiras six autres que tu pourras enregistrer ».  Parmi les six, il y avait Mon vieux. Ils trouvaient ça démodé, mais ils m’ont laissé faire. C’était la convention. Cette chanson et ses mots me plaisaient, elle correspondait vraiment à quelque chose pour moi.

Le fait d’avoir eu raison, contre l’avis de certains cette fois-là, a-t-il pu vous donner l’illusion de détenir une sorte de recette magique plus tard ?

Mais non, mais non. C’est vrai que j’ai été voir Barclay en lui disant que ça serait difficile pour moi de continuer à travailler avec les gens qui me conseillaient à l’époque, suite à l’épisode « Mon vieux ». De sa petite voix, il m’a dit : « D’accord, je vais te faire un autre petit contrat ». Il a alors déchiré le contrat d’artiste de la maison, et je suis devenu producteur distribué chez Barclay. Suite à ça, j’ai enregistré avec mon argent, même si l’avance était faite par Barclay, une autre chanson : « La découverte ». Belle mélodie, et joli texte : c’était super. (il chante) « Déjà finie, la découverte. L’habitude s’installe doucement ». J’avais écrit ça avec Demarny, et c’est son fils, Patrick, qui en avait fait la musique. On avait vraiment réussi une formidable chanson. Cette même année 74, je faisais l’Olympia en vedette. Pourtant, ce 45 tours, on en a vendu douze. Pourquoi ? Parce que j’étais sur les critères de mes chansons précédentes, de « Mon vieux » et des autres. Là, je me suis bien ramassé. Très vite, on a eu la bonne idée de repartir avec une autre chanson, « Je t’aime, tu vois », et on en a vendu des camions.

Votre discographie est difficile à comprendre : il y a beaucoup de formidables chansons dans les années 70. Beaucoup moins dans les deux décennies qui suivront…

Mais attendez, j’en ai pris plein la gueule (rires) ! Ce n’est pas compliqué, si vous vous faites escroquer deux fois, et que, tout ce que vous gagnez, vous ne l’avez plus parce que vous avez un bras de fer avec le fisc, avec les impôts que vous devez, etc. J’ai vraiment eu le sentiment de me faire massacrer la gueule. En début de conversation, on a parlé de ce que coûtait ce métier. Aujourd’hui, c’est différent. J’enregistre chez moi, dans mon studio, et j’appelle mes musiciens pour qu’ils viennent jouer. Avant, en studio, un forfait journalier valait l’équivalent de deux mille euros. Il faut rappeler que j’étais déjà producteur de ce que je faisais. Donc, là-dessus, vous faisiez venir des musiciens qui vous coûtaient une fortune. A côté de ça, il fallait que je trouve les textes, les bonnes mélodies, que je règle mes problèmes de pognon, etc. Au lieu de faire le branleur qui prend sa guitare, et qui fait des chansonnettes, vous gérez les avocats, les huissiers, les banquiers, le studio. C’était logique que je sois « à côté » pendant toutes ces années…

L’atmosphère n’était pas propice à la création…

Oui. Mais, pourquoi vous croyez que je n’ai rien sorti pendant vingt ans ?

Pour toutes ces raisons, j’imagine.

Voilà. Je n’en avais pas du tout envie. Le contexte dans lequel je me trouvais était le même que celui qui m’avait fait rater quelques beaux disques, oui.

Votre catalogue n’a-t-il pas été, aussi, bloqué par Dreyfus (NDLR : sa maison de disque entre 1989 et 1993) pendant une dizaine d’années ?

Non, non. Dreyfus, paix à son âme. Là où il est, je ne peux plus rien dire sur lui. Sachez juste qu’avec lui, j’ai eu des problèmes liés à la façon dont ce métier, en règle générale, est géré. C’était un très bel exemple de ce qu’il ne faut pas faire…

Dans une précédente interview, vous parliez de « subtilités contractuelles ». Avez-vous parfois eu l’impression d’être floué, intentionnellement ?

Je me suis fait baiser régulièrement, oui (sourires) ! C’est simple : Barclay, c’est le seul avec qui ça a roulé, à peu près.

Comment l’expliquez-vous ?

C’est très compliqué, et très simple à la fois. Je sais comment fonctionne la chose, rappelez-vous que, dans les années quatre-vingt, je me suis mis sur les routes, et je suis devenu représentant de commerce de ma boîte. Aujourd’hui, je pourrais le refaire. Vendre des disques dans des réseaux, même s’il s’est passé trente ans, c’est possible. Les systèmes, et la philosophie commerciale sont restés les mêmes. Vous savez, ça ne me gêne pas de considérer qu’un disque est un produit. Ce qui me gêne, en revanche, ce sont les conneries que l’on peut raconter quand on est dans une multinationale, et qu’on fait de la distribution. Vous allez voir le patron de la boîte qui veut vous signer, il vous invite à dîner, vous fait des bisous, vous appelle « coco », et voilà. Ensuite, une fois que le contrat est signé, il refile ça à la gestion de la boîte. Et là, vous pouvez avoir un super connard qui peut être le responsable marketing, le responsable de production, un directeur artistique à la con, ou alors, des gens charmants, mais pas toujours compétents. Des gens qui vont avoir plusieurs patrons au-dessus de leur tronche, pour leur dire : « Non, pour Guiguiche, huit jours en studio, c’est pas possible. On va lui donner un jour et demi pour faire son disque ». A ce moment là, vous prenez la réalité économique du métier en pleine tête. Entre le moment où on signe un contrat, et la réalité de la production, il y a un monde. Parfois, vous avez la chance d’avoir un bon directeur artistique, un bon responsable de production, mais vous pouvez aussi avoir des vrais connards !

C’est un éclairage très intéressant, qui peut nous permettre de parler d’un cas concret. Si on prend Notre histoire (NDLR : le dernier album de Daniel Guichard, disponible, principalement sur internet, depuis le printemps 2012), que vous avez réalisé et produit seul. Serait-il possible de conclure un deal avec un label, notamment un indépendant comme Play-On (NDLR : qui contribua à la révélation de Zaz, au retour de Gérard Lenorman), pour distribuer ce disque, ou un prochain à paraître ?

Je connais l’honnêteté des petits labels qui, eux, sont super. Mais je n’ai pas envie d’y aller, parce que je pourrais leur apprendre comment ça marche. Alors, pourquoi voulez-vous que j’aille m’emmerder avec ces gens-là ? Ils sont pleins de bonne volonté, et je sais qu’ils se bagarreraient pour moi. Je préfère qu’ils se bagarrent pour d’autres, pour des jeunes. Moi, je connais le système, et je reste propriétaire de tout ce que je fais.

L’idée, ce serait juste de distribuer un disque qui mériterait d’être connu plus largement…

Ne vous inquiétez pas. Je ne fais pas ça pour l’argent, donc je m’en fous. La distribution, c’est quelque chose de très précis. Aujourd’hui, il y a des tas de réseaux, en particulier par le biais d’internet. Regardez ce qui se passe dans les hypermarchés ou à la Fnac : c’est une dégringolade complète des structures, des linéaires disques, et de la vente. Du coup, on se résout à des micros-circuits, dans lesquels vous n’avez intérêt à aller que si vous avez un produit qui décolle. En parallèle, je crois qu’il faut passer plus de temps à chercher quelqu’un dans la communication, pour faire de la programmation radio sur un titre qui peut devenir un succès, à défaut d’être un tube. Un tube, c’est un tube. Un balai pourrait le chanter, ça le ferait quand même. Un potentiel succès, il faut le faire connaître. Donc les efforts doivent être faits au niveau de la communication, et de la programmation. Le problème de la distribution, ensuite, il se gère. Si vous avez de la demande, vous pouvez faire de la codistribution avec les réseaux. Bon, vous voulez un cours sur la distribution ? Vous allez voir, ce n’est pas compliqué. Les gens vous connaissent, vous aiment bien, et vous leur proposez un produit qui est basiquement sympathique : ils vont l’acheter. Par internet, et avec les réseaux sociaux qui serviront de plateforme de publicité, et d’information, ça marchera. Si une chanson se détache, et qu’elle passe naturellement en radio, vous aurez des gens, qui, eux, vous connaissent moins, qui chercheront à se le procurer. Là encore, il y a internet : de CDiscount au site de la Fnac, en passant par Amazon. Si vous avez un tube, à ce moment-là, il faut envisager de travailler avec des professionnels de la distribution pour les réseaux que vous ne pourrez pas gérer : supermarchés, hypermarchés, et tous les parallélismes que sont les stations d’autoroutes, et le reste.

Vous êtes pragmatique, vous maitrisez le sujet. Et, pourtant, le passionné de chansons que je suis reste frustré que votre dernière production n’ait pas atteint le grand public…

Vous n’avez pas à l’être, et je ne le suis pas non plus. Parfois, il faut avoir l’honnêteté de se dire : « J’ai des supers chansons, mais j’ai pas encore gagné au loto, et les banquiers que je fréquente – rarement, je vous l’accorde – sont des grosses tâches car ma petite entreprise aurait besoin de trésorerie ! ». Alors, on fait des tournées, des choses comme ça…

 


Permettez-moi d’insister, mais quand on me dit : « Guichard, il a quand même fait de super chansons dans les années soixante-dix », je réponds : « Ecoute son dernier album, c’est au moins aussi bien ! ».

Oui, oui, je suis d’accord avec vous. Récemment, j’ai fait le point par rapport à cet album. Il y a de formidables chansons qui avaient le potentiel pour devenir des succès. Erreur de ma part : j’ai orchestré ces chansons comme on le faisait dans les années soixante-dix, justement. Ce disque, on le vendra toujours. Et si, par hasard, demain je refais un tube, cet album sera dans ceux qui tourneront bien parmi ceux que j’ai réédités. Mais, techniquement, la réalité est que le son est un peu chargé pour la diffusion radio. La compression est telle qu’il faut que moins de sons ne se détachent. C’est vraiment de la technique, là…

Dix mille exemplaires d’un disque comme celui-ci…

(il coupe la question) Mais qui vous dit qu’on en vendra dix mille ?

En tout cas, aujourd’hui, c’est un chiffre qui ne doit pas être loin de la vérité…

Oui, on doit se situer entre dix et vingt mille, c’est vrai. Et alors ?

Si je vous disais que cet album a le potentiel pour faire dix fois plus ?

Je vous répondrais que vous avez raison, parce que je le pense aussi (sourires) ! Si vous avez les numéros du loto, ou si vous connaissez un financier, un mécène, un banquier qui considère que ce que l’on fait mérite une approche financière d’entreprise, alors, je vous dirai : « Oui, les quinze, vingt mille, on va les multiplier par dix. Et, avec le produit qui arrivera derrière, on leur en mettra encore plus plein la tronche ! » . Mais, pour pouvoir croire à ça, il faut de l’argent. Si vous faisiez du vin, vous ne pourriez pas concevoir de faire de l’exploitation viticole, ou vinicole, sans avoir de la trésorerie de campagne. (se tournant vers son fils, Joël) Comment tu appelles ça, déjà ?

Joël Guichard : Les fonds de roulement.

Voilà, c’est ça. Moi, je n’en ai pas. C’est pour ça que, depuis vingt ans, je me débrouille sans pognon…

Réaliser une grosse tournée, comme celle qui arrive à l’automne, peut-il permettre d’acquérir ces fonds de roulement ?

Vous rentrez de l’argent, oui, mais il ne faut pas travailler avec cet argent. Les banquiers sont là pour vous en prêter. Si vous en avez, ils le feront…

Ça consolide la maxime qui dit qu’on ne prête qu’aux riches…

Joël Guichard : En fait, on te prête ce que tu as. Si tu as cinq cent mille, on te prêtera cinq cent mille, pas huit cent. C’est tout le temps comme ça…

Et ça l’a toujours été. En plus, en France, le schéma juridique fait que le banquier est celui qui passe en dernier dans le remboursement de l’emprunt. En Amérique du Nord, c’est le premier maillon. Là-bas, si votre entreprise se casse la gueule, c’est le banquier qui sera remboursé le premier, avant les fournisseurs. Ça explique aussi qu’ils soient plus enclins à soutenir les initiatives, de l’autre côté de l’Atlantique. Pour l’artistique, les banques ont des équipes qui font de l’analyse de risques. Si on prend l’exemple du cinéma, la participation financière sera calculée en fonction du casting, de la date de sortie, etc. Le risque est toujours calculé.

Joël Guichard : Tu vois, Luc Besson, il est suivi par les financiers. Il y a quelques années, il s’est planté avec les Minimoys. Derrière, si on lui avait dit : « Tu t’es ramassé, on te prête plus », c’était fini. Heureusement, on lui a laissé l’opportunité de rebondir, et il a sorti Lucy, qui a fait un carton.

J’imagine que vous avez présenté des plans de financements aux banques…

Bien sûr. Mais ça ne suit pas…

Pourtant, et même si les médias oublient souvent de le souligner, vous continuez à remplir les salles comme peu d’artistes en France.

Et je vends des disques, aussi. On s’en rend compte sur le merchandising, après les concerts…

Quand je suis venu vous voir en tournée, au printemps dernier, je ne connaissais pas vos dernières chansons. La première chose que j’ai faite, en sortant de la salle, c’est d’acheter votre album. Il est palpable, ce frémissement, suite au spectacle ?

Bien sûr, oui. C’est géré par la maison, entre mon épouse, et mon fils. Du coup, on sait exactement où on en est. Quand ça ne bouge pas, ça ne bouge pas. Par contre, quand on fait une télé, on voit très vite les retombées. Je ne suis pas frustré, je le répète. Les fidèles, les gens comme vous, n’attendent qu’une chose : qu’on sorte un truc qui fasse des vagues. Si, un jour, je lance un truc qui fait de grosses vagues, je continuerai à le gérer. Je m’associerai à d’autres si nécessaire, mais je garderai la gestion.

Joël Guichard : Là, si tu te plantes, c’est à cause de toi. Et, si tu réussis, c’est grâce à toi aussi.

Pour revenir aux chansons, on parlait tout à l’heure de Mon vieux. Avant ça, on avait sorti Chanson pour Anna qui avait été choisie par mes directeurs artistiques. Moi, j’aimais plutôt bien, bon. Mais, c’était leur choix, et ils ont eu raison là-dessus. Quand vous travaillez dans cette filière là : si ça marche, c’est grâce à eux, mais si ça se ramasse, c’est à cause de vous. Aujourd’hui, la façon de fonctionner est complètement différente, comme le disait Joël, et ça me convient beaucoup mieux.

On va reparler des chansons, si vous le voulez bien…

(taquin) Ah ! Là, je vous ai perturbé ! Je vous en ai filé un maximum, et il va falloir analyser tout ça à tête reposée (sourires). Je pense que ça vous donnera un éclairage différent sur les investissements énormes qu’on peut faire sur des disques, car souvent, il faut dépenser énormément pour que quelque chose cartonne.

Avant cette parenthèse financière, je souhaitais évoquer avec vous vos vingt ans d’absence discographique. Durant cette période, ce qu’on sait moins, c’est que vous vous êtes adonné à un exercice qui a toujours plu : les reprises. Avant, vous en aviez déjà fait pas mal, en reprenant Piaf, Chevalier, Trenet…

Et d’autres : Lama, Sardou, et compagnie.

Et puis, dans les années 90, vous avez interprété une dizaine de chansons pour la collection Atlas.

J’ai fait ça, c’est vrai.

Parmi toutes les chansons que vous avez reprises, avez-vous une préférence ?

Amsterdam, et L’accordéoniste. Il y aussi Les ballons rouges de Lama, que j’adore, et que je continue à chanter sur scène.

Lors de votre dernier récital, on comptait trois reprises d’autres artistes…

Que serais-je sans toi de Ferrat, Chanson pour le clown de Piaf, et Les ballons rouges de Lama, donc.

La setlist sera différente cet automne ?

Non, mais on va affiner les choses. Et puis, je vais intégrer les nouvelles chansons. Celles que je vais créer, là, très vite…

Vous en avez déjà deux, qui n’ont pas encore été enregistrées : Mots d’amour et Tambours de guerre.

Oui, celles-ci, je les chante depuis déjà quelques mois. Elles sont en train de prendre leur place. Je cherche l’orchestration parfaite. Pas celle qui me fait le plus plaisir, avec beaucoup d’instruments, mais celle qui aura l’efficacité en vue d’éventuelles diffusions en radio. J’ai eu une radio pirate, quand même, longtemps…

Radio Bocal.

Voilà.

On parlait tout à l’heure des chansons qui peuvent devenir des succès ou des tubes : Mots d’amour, c’est clairement un tube en puissance…

Ça sonne comme un tube, mais ce n’est pas encore tout à fait en place. On se cherche…

Au final, aura-t-elle des sonorités électro, comme lorsque vous l’aviez chantée chez Dave, sur France 3 ?

J’ai essayé, mais non, ce n’était pas ça…

Alors, avec plus de cuivres, comme sur scène ?

J’ai essayé… Mais, moins de cuivres (rires) ! Il faut trouver le juste milieu. Sur scène, on s’est amusé à faire ça, mais ça changera. Il faut que ce soit plus dépouillé, avec une figure de guitare qui sera sans doute un peu différente. Mais, dans l’esprit, on n’est pas très loin. C’est pareil pour Tambours de guerre, qui déménage pas mal, même si on n’a pas encore trouvé la bonne formule…

Dans cette chanson, j’ai reconnu un riff emprunté à Smoke on the water de Deep Purple. Je ne peux pas croire que c’est involontaire…

Vous avez bien entendu, on en a fait une partie. C’est un petit coup de chapeau…

Vous le dites, celui qui vous a redonné l’envie de faire des chansons, il y a quelques années, c’est Jacques Chiniard, que vous avez rencontré en 1994. D’abord, il a effectué à vos côtés un travail de conservation, de sauvegarde, de numérisation de votre catalogue…

C’est vrai, on a fait tout plein de choses ensemble. Avant tout, Jacques est une pointure au niveau du son. Et puis, je lui ai donné le vice pour composer des chansons. Jacques, c’est comme mon petit frère.

C’est vous qui l’avez poussé à composer, à oser des choses…

Oui, je l’ai obligé à faire. Petit à petit, il a fait plein de trucs, de très jolies mélodies. Par ailleurs, c’est lui qui gère les rééditions, le traitement du son, l’archivage, et tout le reste. La trésorerie, elle servirait aussi pour que quelqu’un puisse le faire à sa place. Ça lui laisserait l’occasion de faire plus de chansons. Mais, ça viendra…

Ensemble, vous avez pris en charge toute la direction artistique de l’album Notre histoire. Comment parvient-on à garder la « tête fraîche » quand on est aussi impliqué dans le travail ?

J’ai la chance d’aller en chaussons dans le studio qui est chez moi, à trente mètres de la maison. Ça aide. Pour autant, la tête fraîche, on la garde difficilement en studio. Vous parliez tout à l’heure de Mots d’amour et Tambours de guerre. Je vais vous dire : je ne suis pas pressé de les enregistrer. Je préfère faire ça à l’ancienne, comme Piaf, Brel, et d’autres. C’est à dire que je les chante d’abord sur scène, je les fais évoluer, et quand on aura trouvé le truc (il claque des doigts), on l’enregistrera.

Ce truc, on le trouve grâce à aux vibrations du public ?

Notamment, oui. Là, on se rend compte que…

Joël Guichard : Ça frétille.

C’est le mot juste : ça frétille. En plus, ces deux nouvelles chansons m’ont donné envie d’aller là où j’ai toujours aimé être. Mais, je le répète, on a le temps. Le fait de se mettre des contraintes, de se dire : « Il faut le faire, il faut le sortir vite ! », ça ne fait faire que des conneries. Faut prendre le temps de se tromper.

Ça signifie que vous n’avez pas de projet discographique précis ?

Vous voyez, Notre histoire, c’est encore un truc que j’ai fait à l’ancienne. J’ai trop chargé les orchestrations, j’ai mis trop de choses. Je me suis filé une contrainte de sortie, alors que j’aurais dû prendre un peu plus le temps de les réécouter. Trois mois, six mois plus tard. J’aurais viré plein de trucs, j’aurais fait quelque chose de plus simple…

Si vous aviez produit quelque chose de plus simple, peut-être auriez-vous eu envie d’orchestrations plus amples, en le réécoutant quelques temps après…

Je ne crois pas. L’ampleur, ça sert si vous avez un orchestre philharmonique avec vous. Mais, ça n’a pas sa place dans la variété. Ecoutez un peu de la musique classique en FM et, vous verrez, c’est super chiant ! C’est compressé, c’est sans dynamique. Le rock, en FM, même chose. Par contre, vous prenez un vinyle, et là, vous entendez les saturations. C’est vivant ! Les guitares, les chants, les chœurs, ça claquait bien ! Je vais vous donner un conseil : écoutez « L’hymne à la joie » de Beethoven, en vinyle, et en CD. Il y en a qui va vous filer des émotions, tandis que l’autre, bon…

Je sais que vous n’avez jamais raisonné en terme de carrière…

Non, je n’aime pas ce mot. Ça, c’est lié à mes débuts, quand j’ai vu tous mes potes décoller alors que moi, je restais au stock. Ça m’a calmé…

Malgré tout, avez-vous des rêves artistiques pour la suite ?

Non, non, non. Je ferai des choses en fonction de ce que j’ai envie de faire, et de ce qui est raisonnable de faire. Si demain je voulais faire du métal à la sauce Motörhead, je m’éclaterais bien, mais bon, ça ne collerait pas.

(voyant que l’interview touche à sa fin) J’ai l’impression qu’on a eu une conversation très technique…

Si vous vouliez comprendre certains de mes comportements, c’était important de pouvoir parler de technique, et de pognon.

Sur l’aspect humain, Jacques Chiniard me disait que vous étiez très cohérent, très fidèle à l’image que l’on pouvait avoir de vous à travers les médias. Je m’en rends compte aujourd’hui…

C’est comme ça, je suis comme ça. Après, qu’on aime ou pas, ce n’est pas gênant.

 


Je profite de la présence de Joël pour dire un mot sur vos enfants. Ceux qui oeuvrent à vos côtés sont unanimes pour dire que le travail vous a, aussi, rapproché d’eux…

Joël, déjà, il est très doué. J’ai une anecdote qui le concerne. Quand il était môme, ça l’amusait de venir sur les spectacles avec moi. Au fait, à quel âge t’as commencé à faire de la batterie ?

Joël Guichard : J’avais à peine dix ans, et j’ai dû arrêter vers treize, quatorze ans. Après, j’étais plus souvent au merchandising. Je voyais que ça gagnait plus (rires) !

(rires) Voilà ! En tout cas, avant ça, quand il venait dans les galas, et que je faisais saluer les musiciens, je lui faisais signe. A ce moment-là, il prenait la place du batteur, et il tapait gentiment. Quand c’était fini, hop, je lui filais deux cent francs ! Tranquille ! Lui, ça le faisait marrer. Le spectacle, il a toujours aimé ça, et, aujourd’hui, son regard sur le métier est tout sauf bidon. Il n’est ni critique, ni plus agréable qu’il ne le faut, ni hautain, non.

Joël, sur le volet artistique, vous l’écoutez ?

Oui. Emmanuelle, sa sœur, aussi. Leurs avis sont souvent éclairés, même si je ne leur donne pas toujours raison. Raphaël, le plus jeune, qui est parti pour faire de la communication, a aussi des approches intelligentes.

Ça vous aide ?

Ils ne disent pas de conneries, donc j’écoute.

Ces tournées que vous faites, c’est aussi parce que Joël est à la manœuvre ?

Oui. Il y a quelques mois, il est venu me voir pour me dire : « Papa, et si je m’en occupe, de la prod ?  ». Et puis, il y a aussi le fait de travailler avec Didier Vanhecke (NDLR : créateur et directeur de Divan Productions), qui est un type honnête. Et ça, dans ce métier, il n’y en a pas beaucoup ! Des professionnels, des compétents, non plus.

Joël Guichard : Si ça fonctionne, c’est aussi parce que notre philosophie colle avec celle de Divan. C’est très familial, et il n’y a pas ce côté impersonnel qui existe dans beaucoup de productions, où les artistes ne sont que des numéros.

 



Merci à Angélique Le Goupil, Daniel Guichard, Guy Vermeersch pour leurs photos.

 

DANIEL GUICHARD

8 commentaires sur “DANIEL GUICHARD

  • 21 juillet 2015 à 2015-07-21T19:42:51+00:000000005131201507
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    toute cette franchise danstout cela ça te ressemble j’adore tes chansons depuis 1974 mais ma prefférée est je t’aime tu vois car quand je disais a mon mari tu m’aimes il me répondait ecoute cette chanson trop pudique pour me le dire lui aussi t’appreciai beaucoup il venait toujours avec moi le6 février je vais te voir a metz en moselle mais avec une amie car mon marie n’est plus la si tu pouvais chanter cette chanson pour moi et pour lui merci d’avance gros bisous bonne chance pour ta tournée reste comme tu es

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  • 21 juillet 2015 à 2015-07-21T21:41:57+00:000000005731201507
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    BRAVOOOOOOOOO M BASTIEN .MERCI POUR CETTE BELLE INTERVIEW ;QUEL GRAND BONHEUR DE RETROUVER M DANIEL GUICHARD .VRAI SINCERE HONNETE TEL QU II EST ET A TOUJOURS ETE .APRES UN GRAND NOMBRES D INTERVIEW ;GRACE A VOTRE FACON DE POSER VOS QUESTIONS ;VOUS NOUS DONNEZ LE BONHEUR DE DECOUVRIR ENCORE PLUS PROFONDEMENT LE COEUR DE M DANIEL GUICHARD ;CHOSE TRES RARE APRES AUTANT D ANNEES DE CARRIERE ; GRACE A VOUS M BASTIEN NOUS COMPRENONS ENCORE MIEUX L HOMME ; L ARTISTE QUI NE REALISE PAS A QUEL POINT AU TRAVERS DE SES CHANSONS IL NOUS ACCOMPAGNE A TRAVERSER TOUTES LES EMOTIONS JOYEUSES OU DIFFICILES DE NOTRE VIE ET POUR LONGTEMPS ENCORE ;ALORS VOILA HUMBLEMENT M BASTIEN MERCI A TRAVERS VOUS ;VOTRE FACON D INTERVIEWVE NOUS AVONS PU NOUS APPROCHER ENCORE PLUS PRES CE GRAND MONSIEURS DANIEL GUICHARD

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    • 22 juillet 2015 à 2015-07-22T07:02:11+00:000000001131201507
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      On en apprend beaucoup, des chose qu’on n’imagine même pas ! Nous, on ne voit que le beau côté des choses quand on va aux concerts. Ca éclaire, on comprends davantage tout ce qui gravite autour et c’est loin d’être facile ! Merci pour tous ces éclaircissements et à bientôt au concert de Saint Quentin dans l’Aisne.

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  • 22 juillet 2015 à 2015-07-22T01:19:23+00:000000002331201507
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    Mon cher Daniel !
    Toujours une fidèle admiratrice de tes chansons. J’attends avec impatience ton futur passage au Mans et espère faire de belles photos comme elles se faisaient lors de tes concerts dans les petites salles des fetes comme à Yvré le Polin 72 ou à Beaugency et non en bout de comptoir comm ce fut le cas en janvier. Vivement le prochain concert au PCC du Mans en 2016. Plein de bisous Ne change rien tu es génial ! Marie-Claire.

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  • 22 juillet 2015 à 2015-07-22T07:42:17+00:000000001731201507
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    interviewwe tres enrichissant pour nous ces fans, celà nous permet de mieux connaitre notre artiste ! je pense qu il connait parfaitement son métier et de toute manière son public l adore et l adorera encore longtemps !

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  • 22 juillet 2015 à 2015-07-22T15:07:38+00:000000003831201507
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    J’ai beaucoup apprécié cet interview qui m’a fait découvrir certains côtés cachés de Daniel GUICHARD.
    Merci Bastien

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  • 22 juillet 2015 à 2015-07-22T17:58:26+00:000000002631201507
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    Heureuse de lire ce recit sincere et tous ces commentaires d une honnetete et d une sincerite ou l on retrouve celui que l on a ecoute et apprecie depuis ses debuts, le Daniel Guichard que nous aimons. MERCI

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  • Ping : Daniel Guichard : "Depuis vingt ans, je me débrouille sans pognon…" - France Dimanche

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