MÉLINA ROBERT-MICHON


 

 

 

C’est dans les bureaux de son attachée de presse que Mélina Robert-Michon prend le temps de m’accorder un long entretien. Détendue et souriante, on en oublierait presque que les championnats de France de lancers longs se profilent dès le lendemain. Presque une formalité, tant l’écart qui sépare Mélina de ses poursuivantes s’est, au fil des années, transformé en fossé. Lors de cette compétition nationale, l’objectif sera métrique : « 62 mètres, ce serait bien pour une reprise » confie-t-elle alors que l’entretien touche à sa fin. Le jour suivant, elle atteindra même 64,12 mètres à son ultime lancer. Rencontre avec une athlète sereine et déterminée…


Mélina, au cours de cette interview, on va revenir longuement sur votre parcours, en commençant par vos débuts. Vous démarrez l’athlétisme en 1995, et c’est votre professeur d’EPS de l’époque qui vous convainc d’essayer. Vous dites y avoir été un peu à reculons…

C’est un sport que je ne connaissais pas forcément… Ma famille ne le pratiquait pas, mes amis non plus. C’est un âge où on aime bien partager avec les copains, les copines. L’idée de découvrir ne me branchait donc pas plus que ça. Finalement, c’est sur l’insistance d’un des entraîneurs du club dans lequel j’ai commencé que ça s’est fait. A l’époque, il suivait les compétitions scolaires auxquelles je prenais part. Il me répétait souvent de m’inscrire. C’est à mon entrée au lycée que j’ai sauté le pas. Le club était juste à côté de l’établissement, alors je me suis dit : « Allez, je vais quand même essayer ! ». Là, je suis tombée dedans et n’en suis plus ressortie…

Trouviez-vous cette nouvelle discipline aussi ludique que le handball, sport que vous pratiquiez auparavant ?

C’était ludique, mais pas de la même façon. Ce qui pouvait me gêner dans le hand, c’est que quand on fait un sport d’équipe, certains ne se donnent pas toujours à fond. Ça, j’avais du mal à le concevoir. Là, pour le coup, je me disais : « Ça ne dépend que de toi ! ».

Fabrice Santoro, ancien joueur de tennis professionnel, estime que lorsqu’on est jeune et qu’on débute dans un sport, le fait de gagner instantanément donne forcément l’envie de continuer. Etait-ce vrai pour vous ?

Bien sûr. Avant ça, il faut dire que j’ai essayé différentes disciplines. J’ai rencontré un entraîneur de disques qui avait un bon groupe d’athlète, avec une ambiance très sympa. Il a su me donner l’envie de découvrir le disque. Assez vite, quand les résultats sont arrivés, c’était valorisant pour moi. J’avais l’impression d’être douée et j’avais donc envie de continuer, de voir jusqu’où je pouvais aller.

Comment s’est caractérisée la naissance de cette nouvelle passion ?

D’une séance d’entraînement par semaine, on est passé à deux, puis à trois. Après, j’ai découvert les compétitions, les stages en équipe de France. Je ne sais pas si ça me paraissait inaccessible, mais en tout cas, je ne m’étais jamais dit qu’un jour je ferais les championnats de France, voire au-delà. Chaque étape franchie me donnait envie d’y retourner.

Comment votre famille vous a-t-elle accompagnée dans cette progression ?

Ils m’ont toujours soutenue. Ce qui était bien, c’est qu’ils ne connaissaient pas non plus ce sport : de ce fait, je n’avais pas la pression que peuvent avoir certains jeunes athlètes de la part de leurs parents qui suivent tout ça de très près. Pour moi, ce n’était pas le cas. Ils étaient simplement contents de voir que je m’épanouissais. Ils ne m’ont jamais dit : « Il faut que tu fasses ça, et ça ! ». Du coup, quand je rentrais à la maison, ça me permettait de passer à autre chose, et ce n’était pas plus mal.

Suite à certains commentaires déplacés entendus durant les JO de Sotchi, je me suis plongé dans des études concernant le rapport de l’athlète à son corps de femme. Il est clair que la pratique d’un sport comme le vôtre a un déterminisme sur l’évolution du corps. Est-ce un sujet qui vous a posé question au cours de votre adolescence ?

Je ne me suis pas posé la question. En tout cas, ça ne m’a jamais freinée, au contraire. Je vivais ma grande taille et mes grands bras comme un handicap. Finalement, en me lançant dans ce sport, je me suis rendu compte que ça devenait une force. Ça m’a permis de mieux accepter mon corps et ma taille : c’était devenu une qualité, quelque chose que les autres n’avaient pas.

Dissocie-t-on son corps d’athlète de haut niveau et son corps de femme ?

Non, je ne crois pas. J’arrivais mieux à accepter mon corps, car il me permettait de faire certaines choses. Ça a contribué à mon épanouissement, aussi…

Avez-vous été agacée par les remarques sexistes de certains commentateurs pendant ces JO ?

J’ai quand même l’impression que les mentalités évoluent dans le bon sens. Vous savez, très souvent, j’ai droit à des commentaires du type : « Ah ? Vous faites du lancer de disques ? Je ne l’aurais pas pensé… ». On peut le voir différemment, mais je trouve ça plutôt flatteur et je me dis que je contribue à faire évoluer l’image que certains peuvent avoir. Je réponds : « Oui, ce n’est plus l’époque de l’Allemagne de l’est ». J’ai envie de faire changer ce regard-là pour que les filles qui arriveront après moi n’y soient pas confrontées. Il y a aussi le problème qui se pose pour les parents.

L’image de ces filles d’il y a vingt ans reste tenace…

Les images étaient violentes, donc elles restent en tête. On est dans la génération des parents qui ont connu ça. Ils peuvent dire à leurs enfants : « Moi, je me rappelle, les lanceuses de disques… ». C’est à nous de faire évoluer les choses pour que cette image finisse par disparaître…

Au sujet de votre parcours, comment avez-vous pris conscience de votre potentiel ? Par étapes ou de manière assez subite ?

Les deux. J’ai franchi les étapes une à une, mais, en même temps, tout a été assez vite. J’ai commencé en 95, et trois ans plus tard, j’étais vice-championne du Monde junior. Du coup, je n’ai pas vraiment eu le temps de me poser de questions au sujet de mon évolution. Ça s’est fait un peu tout seul, dans une vraie continuité…

Vous parliez il y a quelques instants de l’investissement qui n’était pas toujours total chez vos copines du hand. Le vôtre l’a-t-il toujours été ?

Je savais ce que je voulais, et je savais ce qu’il fallait faire pour y parvenir. Maintenant, c’est vrai que tout ne s’est pas fait du jour au lendemain. Ça s’est mis en place petit à petit, en ajoutant une séance par-ci, par-là. Au fur et à mesure, j’y ai pris goût. Le fait que tout soit progressif ne m’a pas donné l’impression de faire tant de sacrifices que ça, finalement… Je n’ai jamais subi mon sport car il ne m’a jamais empêché de vivre par ailleurs. Ça n’a pas bouffé mon adolescence : j’ai vraiment eu le sentiment de vivre ma vie normalement.

Le fait d’avoir démarré relativement tard est-il un facteur déterminant pour expliquer que vous soyez toujours si motivée aujourd’hui (NDLR : née le 18 juillet 1979, Mélina a aujourd’hui trente-quatre ans) ?

Forcément, je pense que ça a joué. Je me souviens que lorsque j’avais vingt-trois, vingt-quatre ans, beaucoup de copines me disaient : « Tu te rends compte, je fais ça depuis plus de dix ans, j’ai envie de voir autre chose ! ». Moi, j’avais l’impression d’être encore dans la découverte, je ne me sentais pas du tout arrivée au bout du truc. Aujourd’hui, le fait que je sois encore là, c’est la réunion de plein de paramètres : l’envie toujours présente, l’impression de progresser et, bien sûr, la médaille de cet été qui m’a boostée encore un peu plus. Voilà. J’ai la sensation de ne pas avoir atteint mes limites. En plus de ça, il y a le plaisir que je viens d’évoquer. Je fonctionne beaucoup comme ça, et je veux continuer à en profiter jusqu’au bout. C’est le genre de choses que je ne pourrai plus vivre une fois ma carrière terminée…

Entre vos débuts en 95 et votre titre de vice-championne du Monde chez les jeunes en 98, vous connaissez un échec : une non-qualification pour les championnats d’Europe juniors. Cette déception a-t-elle été salvatrice pour la suite ?

Complètement. Sur le coup, ça a été un échec, c’est vrai. En même temps, je n’étais pas vraiment préparée pour cette échéance. Un peu avant les championnats de France, on m’a dit qu’il y avait les championnats d’Europe à la clé. En terminant troisième, je me suis dit : « Merde, t’es quand même passée à côté des championnats d’Europe ! » (NDLR : seules les deux premières places du concours étaient qualificatives). Ça a été un déclencheur pour la suite. J’ai pensé : « L’année prochaine, je ne me ferai pas avoir ! ».

Ce fut une prise de conscience…

Voilà. En plus, c’est le moment où je suis entrée à la fac. Là, j’avais un nouvel entraîneur et une vraie structure d’entraînement, une sérieuse préparation physique. J’avais des séances tous les jours, et le groupe dans lequel j’évoluais était d’un bon niveau. Ajoutée à cela la prise de conscience que l’on vient d’évoquer… Sur une saison, mon record personnel est passé de 49 mètres à 59 mètres !

De fait, quand on progresse de manière aussi fulgurante, n’a-t-on pas un peu l’impression de piétiner ensuite ? On ne peut pas gagner dix mètres chaque saison…

1998, ce n’était pas inattendu : j’avais quand même beaucoup travaillé pour. Mais il est clair que tout a été très vite. L’année d’après a été plus difficile… Le regard sur moi avait changé : j’ai senti beaucoup d’attente autour de mes performances. Moi-même, je m’étais mis un peu plus la pression. Je me disais : « T’as fait ça, OK ! Maintenant, tu dois confirmer, tu dois assurer ! ». Cette saison a été très chargée, j’étais usée, fatiguée. En décembre 98, alors que la saison était terminée depuis quelques semaines, je me suis blessée. Cette blessure, c’était une première embûche dans ma carrière. Jusque-là, tout s’était déroulé assez naturellement, avec beaucoup de satisfaction, de plaisir. Avec cette blessure, je me suis rendu compte que tout n’était pas aussi simple…

En 2000, vous participez à vos premiers Jeux Olympiques, à Sydney. Quels souvenirs en gardez-vous ?  Je crois que vous avez été impressionnée par le stade…

Déjà, la qualification avait été particulière. Les minimas doivent se faire dans une période définie. Moi, je les avais réalisés la veille du début de cette période ! Après, je n’avais jamais réussi à rééditer cette performance, souvent en raisons de conditions climatiques difficiles. Du coup, je suis passée en comité de sélection… et j’ai finalement appris ma sélection pour les Jeux trois semaines avant le départ ! Il y a eu beaucoup de stress autour de ça. Et beaucoup de fatigue en découlait, donc.

J’imagine que, dans l’attente de la décision du comité, vous avez effectué votre préparation dans l’optique d’y aller…

Oui, oui, bien sûr. Mais quand cette décision a été rendue, il y a eu du soulagement, un peu de décompression. Il a fallu s’y remettre. En plus, c’était à Sydney : un long voyage. Moi, je n’avais pas trop bougé jusque là. En plus, c’était les Jeux ! Quatre ans plus tôt, je débutais à peine l’athlé et je les suivais devant ma télé. Il y avait beaucoup d’engouement, les gens de mon entourage m’en parlaient… Beaucoup de choses se mélangeaient.

Sydney, c’est loin, mais ça reste bien présent dans votre esprit…

Ouais, ça reste ! Je me vois encore entrer sur le stade… Cette image-là m’a marquée ! Jusque-là, j’étais habituée à disputer mes concours dans des stades pas vraiment pleins. Là, on démarre les qualifications à neuf heures du matin devant un stade comble et un public au taquet, quoi. Je me souviens avoir mis mon premier jet dans la cage. Ça a résonné, et j’ai entendu le bruit de la foule. J’ai encore ce truc dans la tête, c’est fou (sourires). En plus, ce stade était immense : il faisait cent dix-mille places…

L’engouement, les stades bondés, ce sont des moteurs pour vous ?

Au début, j’avais parfois du mal à gérer l’environnement, mais plus j’ai avancé dans ma carrière, plus j’ai pris ça comme un atout supplémentaire.

Dans la première partie de votre carrière, vous avez poursuivi des études. Puis, en 2004, vous vous êtes engagée au sein du service communication de l’armée de l’air. Etait-ce important pour vous de vous accomplir ailleurs que dans la pratique de votre sport ?

Au départ, je ne me voyais pas ne rien faire à côté : je ne vivais pas de mon sport et je ne savais pas jusqu’où j’irai, quels étaient mes limites. Petit à petit, j’ai adapté mes horaires. La blessure dont je parlais est justement intervenue après une année où j’avais suivi un cursus scolaire normal. J’avais accumulé pas mal de fatigue. On s’est aperçu que ce n’était pas gérable. En 2004, j’ai eu l’opportunité de signer un contrat aménagé au sein de l’armée, ce qui m’a permis de mettre un pied dans le monde du travail et de passer un cap sportivement…

Ce chapitre de votre parcours me donne l’occasion de rebondir sur un fait d’actualité : la sortie du livre La guerre invisible qui dénonce les violences sexistes subies par les femmes au sein de l’armée. En avez-vous souffert, directement ou indirectement ?

J’étais civile dans le service communication, un peu en dehors de la base. Les gens y sont peut-être plus ouverts ? En tout cas, je n’ai jamais rien ressenti de tel. En discutant avec mes collègues non plus… Après, je n’y suis restée que quatre ans, pas à plein-temps et pas sur les opérations extérieures… Attention, je ne veux pas vous dire que ce genre de choses n’existe pas, au contraire, juste que je ne l’ai pas ressenti pour ma part…

Pensez-vous que votre statut de sportive de haut niveau ait pu vous protéger de cela ?

Peut-être. Et puis, si des choses s’étaient passées, ce n’est sans doute pas à moi qu’on serait venu le dire…

Evoquons la médiatisation de votre discipline… ou plutôt son manque de médiatisation. C’est un état de fait que vous regrettez, évidemment. Que préconisez-vous pour que cela change ?

J’ai toujours dit que c’était à nous, athlètes, de se bouger et de faire des performances pour que notre discipline évolue : c’est le meilleur moyen pour qu’elle soit mise en avant. Ça s’est plutôt confirmé l’été dernier, après ma médaille d’argent. On en a quand même beaucoup parlé, il y a eu pas mal d’exposition autour de ça. A moi de faire en sorte que ça perdure et que ça puisse profiter à ma discipline ainsi qu’à toutes les disciplines de lancer…

Cette médiatisation relative, épisodique, n’est-elle pas une fatalité pour une discipline comme la vôtre ? Aujourd’hui, en France, les spectateurs se déplacent pour voir les disciplines « reines » ou les athlètes hors normes : Moh Farah, Lavillenie…

Je pense qu’on ne peut pas aimer ce qu’on ne connaît pas. Ce qui m’a fait plaisir, après la médaille de cet été, ce sont les réactions des gens, ceux qui ne sont pas forcément dans le milieu de l’athlé. Beaucoup m’ont dit : « On ne connaissait pas votre sport et on ne pensait pas qu’on pouvait se faire autant plaisir devant un concours de disques ! ». Voilà ce qui m’a fait le plus plaisir. En fait, je me dit qu’il suffit « d’éduquer » les gens. Je veux dire par là qu’ils ne peuvent pas venir dans un stade pour voir du lancer, puisque, la plupart du temps, ils ne savent pas ce que s’est. Il faut en parler, expliquer. Il y a des pays où le lancer a une place importante : l’Allemagne, par exemple. Il n’y pas de raison que ce ne soit pas le cas en France…

Malgré tout, le format d’une épreuve de lancer ne souffre-t-elle pas de la comparaison avec d’autres, d’un point de vue télévisuel ?

C’est que si vous me parlez du 100 mètres… Ça dure dix secondes, c’est nettement plus facile à suivre. Il faut être réaliste. Maintenant, avec les intégrations que les réalisateurs mettent à l’écran, notre discipline est devenue plus facile à suivre. C’est encore plus facile quand il y a un français en course et que l’intérêt est supérieur.

Vous parliez du poids des attentes : y incluez-vous le fait que la bonne santé de votre discipline semble reposer sur vos épaules ?

Ça, je n’y pense pas trop. Je fais mon chemin, et je ne me dis pas que je porte toute la France sur mes épaules (rires) !

Certaines déclarations ont dû vous faire mal. Je pense à Kelly Holmes (NDLR : championne olympique sur 800 et 1 500 mètres en 2004) qui disait, en fin d’année dernière, que l’athlétisme n’avait pas forcément besoin du disque féminin…

C’est malheureux de dire ça… C’est l’ensemble des épreuves qui fait la beauté de l’athlé. Un gamin qui arrive dans un club, il a la possibilité de faire plein de choses différentes. Il y en a pour toutes les envies, pour tous les gabarits. Pour moi, c’est la richesse de notre sport. Parfois, c’est compliqué à suivre sur un stade, parce qu’il se passe beaucoup de choses, tout le temps. L’avantage, c’est qu’il n’y a jamais de temps morts. Si on venait à tout séparer, on dénaturerait l’athlé. La variété des disciplines fait partie de l’histoire, de la beauté de ce sport…

L’attaque ne provient pas d’une personne étrangère à l’athlé. A priori, on se dit qu’elle parle en connaissance de cause… N’est-ce pas ce qui est particulièrement difficile à encaisser pour vous ?

Forcément, c’est aussi ce qui m’a choquée. Que ça vienne de gens de la télé, de gens qui ne connaissent pas, bon… Là, je me suis dit : « Si même des athlètes balancent ce genre de choses… ». Kelly Holmes, c’est une sportive de très haut niveau, quelqu’un de reconnu, d’écouté aussi. C’est dommage et ce n’est pas comme ça qu’on fera avancer l’athlé…

On va revenir au cœur de votre carrière, les années 2000. Toujours présente dans les grands rendez-vous, jamais médaillée. Durant ces années, avez-vous toujours su identifier ce qui vous manquait pour vous rapprocher des toutes meilleures ?

Je pense, puisque j’ai fini par passer le cap… Après, c’est vrai que ça a mis du temps. Après 2008, je me suis posée les bonnes questions : « J’arrête ? Je continue ? Si je continue, c’est pour faire mieux que ce que je fais actuellement ». Je me suis rendu compte que je ne pouvais plus rivaliser contre des filles qui étaient professionnelles et qui ne faisaient que ça toute la journée. Moi, même si j’avais un emploi du temps aménagé, je ne pouvais pas optimiser mes entraînements. Partant de ce constat, on a voulu tenter le coup. J’ai eu la chance de pouvoir partir dans la ligue pro à ce moment-là. C’était important, car je n’aurais sans doute pas pu partir dans l’inconnu, financièrement parlant. Quoi qu’il en soit, c’était un choix risqué, mais je ne voulais pas avoir des regrets dans dix ans, me dire que j’aurais pu faire mieux…

Parmi les manques que vous avez connus, il y en a un qui n’est pas de votre fait : c’est l’absence de concurrence au niveau national. Alors, dans votre discipline, on ne se renvoie pas la balle comme au tennis… La concurrence est donc indirecte. Mais elle reste essentielle…

Voilà. Vous savez, il y a les championnats de France ce week-end et je sais que les filles seront loin derrière. Il y a de la densité, mais pas au très haut niveau. Bien sûr, j’aimerais que, de temps en temps, il y ait un peu plus d’opposition. J’en ai besoin, aussi, dans l’optique de faire des performances. Malheureusement, ce n’est pas le cas en France, et c’est pour ça que je fais beaucoup de meetings à l’étranger…

Comment aborde-t-on une compétition comme celle de ce week-end, quand on est gagnante avant même d’avoir lancé ?

L’idée, c’est de rester concentrée. Ça reste du sport, on ne sait pas ce qui peut se passer, on ne maîtrise pas tous les éléments… La chance, c’est d’être dans une discipline qui est métrique : s’il n’y a pas de concurrence en terme de classement, il y a une concurrence indirecte pour ce qui est de la performance pure. La semaine prochaine viendra la coupe d’Europe : là, il y aura une vraie compétition directe avec les autres filles. Dans ces conditions, la performance importe moins.

Ces championnats de France, c’est un premier test…

Le but, c’est vraiment de faire la meilleure performance possible, de voir où je me situe par rapport au travail fourni cet hiver, de voir ce qu’on a validé techniquement, ce qu’il faut revoir, etc. C’est vraiment dans cet esprit que j’aborde les choses. Et puis, ça coupe vraiment l’hiver, car le temps est parfois long entre octobre et début mai. Ce qui me plaît par dessus tout, c’est la compétition.

Vous avez le même duo d’entraîneur depuis quinze ans (NDLR : Jérôme Simian et Serge Debié, qui se partagent respectivement le travail physique et technique). N’avez-vous jamais eu l’envie de tout remettre en cause après une compétition ratée ?

Fatalement, il a existé des moments où je me suis dit : « Est-ce-que je devrais changer ? ». Ma chance a été d’avoir deux entraîneurs qui se sont sans cesse remis en question, qui ont toujours su rebondir en étant très réactifs. Ils m’ont toujours proposé des solutions en me disant : « On va essayer ça. On va changer ça ». Ils ne se sont jamais enfermés dans leurs trucs. Parfois, ils ont reconnu s’être trompés, et je pense que tous les trois, nous avons su évoluer ensemble. Encore aujourd’hui, ils se posent toujours les questions, se demandent ce que l’on pourrait améliorer…

Leur réactivité et leur pragmatisme vous ont permis de toujours être à l’écoute, de croire en leur discours ?

Il y a beaucoup d’échanges. Déjà, entre eux. C’est une des clés car, même s’ils ont chacun leur domaine, ça se chevauche forcément. En fin de saison, on a pour habitude de faire le bilan : analyser notre travail, les résultats et fixer les objectifs pour l’année à venir. Je le répète, on est vraiment dans l’échange, et chacun participe à la construction du projet. Quand il y a un échec ou une réussite, c’est pour tout le monde.

Vous vous entraînez une trentaine d’heures par semaine. C’est un volume de travail important, d’autant que vous êtes à un âge où beaucoup de sportifs ressentent souvent de la lassitude. Vous semblez parvenir à vous préserver de cela…

La coupure faite pendant ma grossesse (NDLR : en 2010) a été une chance. Avant ça, j’étais arrivée dans cette lassitude d’entraînement, je faisais les choses un peu machinalement. J’ai eu envie d’avancer dans ma vie personnelle, et j’ai compris par la suite que je n’aurais certainement pas connu la fin de carrière qui est la mienne si je n’avais pas eu cette coupure. Même si je me suis toujours entretenue, ça m’a permis de faire autre chose pendant un an, et de repartir ensuite avec de nouvelles ambitions. Mes entraîneurs m’ont accompagnée dans ce projet alors qu’ils auraient pu me dire : « Voilà, c’est la fin ». Au contraire, ils étaient ravis pour moi et m’ont dit qu’ils en profiteraient pour travailler sur certains changements techniques à mettre en place à mon retour. Rester longtemps sans lancer m’a permis de repartir de zéro et de casser les mauvaises habitudes qu’on peut prendre d’un point de vue technique. Là, on a remis les choses à plat. Cette grossesse, on a décidé de n’en prendre que le côté positif sportivement. Après, ça a quand même été dur de revenir, on ne va pas se le cacher. Mais, étape par étape, c’était presque une nouvelle carrière qui commençait…

Je voulais rebondir sur ces séances qu’on peut subir et faire de façon un peu mécanique. Aujourd’hui, c’est important pour vous de savoir pourquoi vous êtes là, ce que vous apporte tel exercice plutôt que tel autre, de voir la progression…

Forcément, oui. Je vais vous dire : en vérité, je n’aime pas m’entraîner ! Ce que j’aime, c’est la compétition. Je sais que pour avoir des sensations, connaître des émotions comme celles que j’ai vécues l’an dernier aux championnats du Monde, ça passe par l’entraînement. Je sais à quoi va me servir chaque séance, j’ai les objectifs bien en tête, et c’est ce qui me permet de m’engager dans l’entraînement. Aujourd’hui, je suis à fond sur chaque séance.

Comment se décomposent le travail physique et le travail technique à l’entraînement. Les deux sont-ils intimement liés ?

C’est très lié. D’ailleurs, certaines séances de lancers sont pratiquement des séances de musculation dites spécifiques. Et vice-versa. C’est pour ça que le dialogue entre mes deux entraîneurs est essentiel. Souvent, on fixe des priorités. Cet hiver, on est parti en stage en Afrique du Sud, et on a mis l’accent sur le lancer. On était dehors, il faisait beau et chaud, il était donc important d’en profiter pour lancer plus. On avait diminué la part de physique, mais quand on est revenu, ça s’est inversé. En fait, il faut trouver un équilibre. Si on progresse trop vite physiquement, on perd ses repères sur le lancer.

Il y a quelques années, vous avez effectué un important travail sur l’angle d’envol de votre disque. Pensez-vous être désormais plus proche d’une technique parfaite ?

Je pense que ça commence à être pas mal, on le voit en terme de régularité. On le voit aussi dans la reconnaissance des autres. Sur ce stage en Afrique du Sud, on était avec des polonais dont l’un d’eux a été champion Olympique et champion du Monde. Il est venu me voir et m’a dit : « J’aime vraiment ce que tu fais ! Vas-y, continue à lancer, j’adore te regarder ! ». Déjà, c’est sûr que ça fait plaisir et, surtout, je me dis qu’on est dans le vrai.

Est-ce que l’impression visuelle se traduit toujours au niveau métrique ?

Dans l’ensemble, oui. Mais ça se joue à tellement peu de choses… C’est ce qui est bien et en même temps très frustrant, parfois. Entre le bras qui va être un peu plus haut et le bras qui va être un peu plus bas, même si c’est infime, ça peut faire deux mètres d’écart à la chute. L’équilibre est tellement instable, le timing très court : ça dure à peine une seconde et demi. C’est ce qui est difficile : tout mettre dans le bon ordre en si peu de temps. C’est frustrant car, parfois, le début de geste est parfait… et il y a petit détail à la fin qui fait qu’on ne peut pas s’exprimer pleinement. Oui, ça c’est frustrant…

Ce qui doit l’être aussi, c’est que la discipline est très technique, mais aussi très aléatoire. En raison des conditions climatiques, notamment…

Ça, c’est pas évident… D’un côté, le vent peut beaucoup apporter et permettre de gagner trois, quatre mètres sur une performance. Mais l’inverse est vrai aussi. C’est aussi pour ça que le plus important, à mes yeux, reste le championnat. Ce jour-là, on est toutes au même endroit, au même moment, dans des conditions similaires. C’est là qu’on peut vraiment comparer la valeur de chacune. Quand on est dans des compétitions à différents endroits, on ne connaît pas les conditions, et le bilan est, de fait, souvent faussé…

On a parlé du travail physique, du travail technique, mais il y a donc aussi un vrai travail mental à accomplir pour gérer ces éléments extérieurs…

L’expérience acquise tout au long de ma carrière me sert énormément. J’ai fait un peu de visualisation pour apprivoiser tout ce qui se passe autour. La chambre d’appel, par exemple. Quatre-vingt minutes avant le début du concours, on rentre en chambre d’appel. On n’a plus de coach, plus de musique, et on passe dans un premier sas où les sacs sont fouillés, car certains trucs sont interdits sur le stade. Ça dure pratique trente minutes, durant lesquelles on ne peut rien faire. On se regarde les unes et les autres, on s’observe. Ça, j’ai appris à le gérer avec le temps. Comme ça ne se passe que sur les gros championnats, ce n’est pas vraiment le genre de choses que l’on peut répéter avant. Parfois, c’est dans ces moments-là que la compétition se gagne ou se perd. Ce fut le cas à Moscou, l’an dernier. Certaines s’échauffent trop longtemps avant, se grillent.

Dans une chambre d’appel, fait-on des pronostics du type : « Tiens, celle-là je ne la sens pas bien… » ?

Forcément, oui, on en fait… Ça fait passer le temps ! Je pense qu’on se fait toutes un peu le film de la compétition. L’an dernier, quand j’ai fait ma performance, j’ai complètement bouleversé le scénario du concours. Les filles, si elles se sont fait le film avant, elles n’avaient pas du tout cette histoire-là en tête (rires) ! Ça a perturbé leur plan, et je pense qu’une ou deux sont sorties de leur concours à ce moment…

Ce plan-là, l’aviez-vous en tête ?

Depuis le début de la saison, je savais qu’il fallait atteindre au minimum les 65 mètres, voire battre mon record, pour envisager un podium. Je savais que je n’avais pas le choix, et qu’on serait à peu près cinq pour trois places. Au fur et à mesure, ça s’éclaircit plus ou moins. Suivre le déroulement du concours, ça occupe, puisqu’il se passe quinze minutes entre chaque jet. C’est assez long.

Ce laps de temps vous convient-il ?

Au début de ma carrière, ça ne me convenait pas trop. Et puis, finalement, à partir du moment où je me suis mise en tête que c’était comme ça et pas autrement, que c’était à moi de m’adapter, tout s’est mieux déroulé…

Par exemple, aurait-on envie de relancer immédiatement après un jet raté ?

C’est-à-dire que les quinze minutes peuvent nous faire gamberger. On peut se dire : « Il ne reste plus que deux lancers » au lieu de : « Il m’en reste encore deux ».

Parvenez-vous à rendre ces quinze minutes profitables aujourd’hui ? Pour rectifier certaines choses, discuter avec vos entraîneurs…

Oui. Le retour du coach est important. Parfois il note des détails dont on ne se rend pas toujours compte de l’intérieur. Concernant le placement, par exemple. Il arrive qu’on se place mal car on est trop dans l’euphorie, ou au contraire, pas totalement dans son concours. Mentalement, c’est aussi important d’avoir un retour qui permet de relativiser.

Arrive-t-il que, sur un concours qui se déroule difficilement, ni vous ni vos entraîneurs ne comprennent ce qui ne va pas ?

Forcément, il y a des jours où l’on passe au travers sans qu’il y ait de raisons apparentes. On a tendance à entrer dans une spirale négative et répéter : « Je comprends pas, je ne sais plus le faire ! ». Ça, c’est désespérant : on est là, on voit qu’on n’est pas bien, et pourtant on sait qu’il faut dépasser cet état…

Dès l’échauffement, comprend-on très vite si on est dans un bon jour ou non ?

Ça reste aléatoire, même si, de plus en plus, j’arrive à l’anticiper. A Moscou, dès les premiers jets d’échauffement, j’ai été voir mon coach pour lui dire : « Putain, mais c’est facile ! ». C’était également son sentiment. Je savais que j’étais bien, ce qui a ajouté une dose de confiance supplémentaire. Paradoxalement, sur certaines autres compétitions où c’était vraiment la misère à l’échauffement, j’ai souvent réussi à sortir un jet…

Avec la maturité, ces jours « sans » sont-ils moins fréquents ?

En effet, on arrive à les réduire, et aussi à mieux les gérer. Aujourd’hui, j’arrive à accepter la condition dans laquelle je me trouve le jour du concours, je me fais violence et me pose moins de questions qu’auparavant. Je veux donner le maximum de mes moyens du jour. Avant, j’avais tendance à baisser les bras plus rapidement. L’année dernière, j’ai fait plus de compétitions à l’étranger, comme les meetings de la Diamond League, sans être préparée spécifiquement pour chaque rendez-vous. Ça m’a aidée à passer un cap…

L’année qui précède la médaille à Moscou, c’est celle des Jeux de Londres, en 2012. Avez-vous vécu votre cinquième place comme une ultime chance de médaille olympique qui s’envolait ?

Beaucoup de sentiments se sont mélangés. D’abord, c’était quand même une belle place : ma meilleure place mondiale jusque-là. Ça ne m’empêchait pas de penser : « Mince, je suis pas loin ! ». Pas mal de gens m’ont dit : « Ah bon ? T’es déçue ? Mais pourquoi ? C’est super cinquième… ». Dans ma tête, je pensais que cinquième ou huitième, finalement, c’était pareil. Mon objectif, c’était le podium. En même temps, ça a été une révélation de comprendre que j’étais dans le cercle des meilleures, qu’il ne me manquait plus grand-chose. C’était très partagé, en fait…

La prise de conscience que vous évoquez s’est ressentie dans les ambitions que vous avez affichées pour les Mondiaux de 2013. Vos déclarations semblent avoir été différemment perçues…

Peu y croyaient, c’est sûr… En même temps, la démarche était de me dire : « Si tu ne crois pas en ce que tu veux faire, les autres n’y croiront jamais non plus ! ». Je savais ce que je voulais, je voulais le répéter et travailler pour. Sur tous les journalistes rencontrés, je ne crois pas qu’un seul m’ait vraiment prise au sérieux… Ils se disaient sans doute : « Bon, elle fera cinq, sixième, comme d’habitude ! ».

Ils ne vous l’ont jamais dit clairement ?

Non, mais ça se voit, ça se perçoit. Dans certaines questions, dans des réflexions, par exemple. Quand on me disait : « Le podium va se jouer autour des 65 mètres, il faudra donc que tu battes ton record qui date de 2002… ».

Vous parlez des journalistes, mais vos proches étaient parfois dubitatifs, notamment votre maman. Vous dites que ça lui faisait peur de vous voir afficher ainsi vos ambitions de podium…

C’était plus dans un rôle protecteur. Elle avait peur que je sois déçue si ça n’arrivait pas. Après coup, c’était sans doute la plus heureuse.

Quand on parvient enfin à monter sur un podium mondial après tant d’années, que ressent-on ? De le joie, uniquement ? Aussi un peu de revanche ?

D’abord de la joie, et puis tout finit par se mélanger, par remonter à la surface. On se dit qu’on a fait les bons choix, qu’on a bien fait de suivre notre direction. On a surtout envie de partager toutes ces émotions avec l’entourage proche, ceux qui ont cru en nous, et qui ont contribué à ce succès. C’est l’aboutissement de ce qu’on a construit tous ensemble…

Comment avez-vous vécu l’emballement médiatique et public qui a suivi ?

Vraiment bien. C’est toujours resté raisonnable, très sympa dans l’ensemble. Fondamentalement, ça n’a pas changé ma vie de tous les jours. C’est plus le regard des autres qui a évolué : dans le milieu de l’athlé, le milieu du lancer. C’est amusant de voir que les gens osent moins venir vers moi… C’est étrange, même. J’espère que ça n’a pas changé ma manière d’être, mais en tout cas, ça a changé ce qui se passe un peu autour de moi. Ce qui me surprend le plus, c’est le fait d’être reconnue. Juste après la compétition, je comprenais car c’était encore très frais dans la tête des gens. Mais je pensais que ça se calmerait vite. Finalement, je me rends compte que de façon régulière, on continue à m’arrêter dans le train ou dans la rue. On me dit : « C’est génial, on vous a suivi et on a adoré ! » ou même : « Vous nous avez fait pleurer ! ». Je ne pensais pas qu’une de mes performances pourrait marquer aussi fort les gens émotionnellement…

Les concurrentes vous craignent plus, les journalistes vous prennent plus au sérieux…

Voilà. Maintenant, l’inconnu est de savoir comment je vais gérer ça cet été. L’année dernière, j’étais un peu tranquille, les projecteurs n’étaient pas braqués sur moi… Après tout, je me dis que cette médaille, on ne pourra pas me l’enlever : elle est acquise. Il faut aussi dire que je ne me fixe plus de limites, alors que c’était le cas par le passé… Je sens que je progresse encore, que j’ai de la marge, et que l’envie demeure intacte.

Votre parcours va à l’encontre des idées que l’on peut avoir sur le cheminement de la carrière d’un sportif de haut niveau. Sur le point culminant d’une carrière, les limites de la progression, le déclin que l’on pense inéluctable passé trente ans…

Oui. La remarque qu’on me fait le plus souvent, c’est : « Vous aurez trente-sept ans à Rio… » (NDLR : où se dérouleront les prochaines Jeux Olympique, en 2016). Je réponds que ce ne sont pas deux chiffres sur un papier qui vont déterminer ma vie. Ce sont mes sensations, mon envie, mon plaisir qui le feront. Je ne sais pas si c’est un particularisme français, mais c’est très réducteur de se dire que, passé trente ans, il faut laisser la place aux jeunes, et toutes ces choses-là… On est dans une discipline chiffrée, ça ne trompe pas. Le meilleur, c’est celui qui fait les meilleures performances. A Sotchi, je me suis aperçue que beaucoup de trentenaires étaient toujours parmi les meilleurs… Ole Einar Bjoerndalen, Bode Miller, par exemple. Avoir trente-cinq ou quarante ans, qu’est-ce-que ça peut bien faire ? Pourvu que l’on soit performant…

Vous n’avez donc pas fixé la date de la fin de votre carrière…

Pour le moment, l’objectif est déjà d’aller à Rio… Après, tout est permis.

Ce qu’on peut vous souhaiter, c’est de ne plus descendre du podium…

C’est sûr qu’après y avoir goûté, ce serait dur d’en redescendre…

MÉLINA ROBERT-MICHON
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2 commentaires sur “MÉLINA ROBERT-MICHON

  • 17 août 2014 à 2014-08-17T19:58:38+00:000000003831201408
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    Encore du très bon travail comme toujours et un entretien très intéressant de la sympathique médaille d’ argent de Zurich cette femme est un exemple pour les amoureux de sport elle sait ce qu’ est un interclub dans des conditions improbables.

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  • 15 septembre 2014 à 2014-09-15T12:48:22+00:000000002230201409
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    j’ai découvert cette athlète au cours de l’été… bravo à Mélina pour sa ténacité et à vous pour cet entretien riche et passionnant. Lise.

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