LAURENT FOULON


 

 

 

Octobre 2012, Théâtre de Neuilly. Au coeur du concert, Michel Delpech referme un instant son imposante malle aux succès pour présenter la chanson qui va suivre. « Elle est moins connue, mais je l’aime beaucoup » sourit-il sur les premières notes de « Jaloux ». Pas de vraie rupture avec l’ensemble du tour de chant. Et pour cause : c’est un tube. Un tube qui s’ignore. Oui, mais un tube quand même. Je me souviens avoir commandé « Comme vous », l’album contenant cette chanson, le soir-même, sur la route du retour. Ambiance folk et feutrée, mélodies enchanteresses, voix de velours. Tout y est. Les saisons passent, l’opus tourne en boucle. Après quelques recherches, je découvre que derrière ce disque, se cache une histoire fascinante. Celle de Laurent Foulon. Un compositeur inconnu qui faisait parvenir ses chansons à Michel Delpech. La suite de l’histoire est à découvrir au cours de cette longue interview…


Vous le savez, l’idée de cette interview est née d’un coup de cœur pour l’album « Comme vous ». J’ai souhaité mieux connaître l’histoire de ce disque, ainsi que sa conception. Avant de préparer cet entretien, j’avoue que je connaissais très peu de choses sur vous et votre parcours. Il m’a fallu faire pas mal de recherches pour trouver trace de vos débuts. Vous êtes né en 1964, année où la France s’émeut pour « Chez Laurette », premier tube dans la carrière de Delpech. C’est amusant à noter d’autant que ces petits signes du destin vont s’accumuler. Pour commencer, parlez-moi du premier 45T que vous avez acheté…

Le premier 45T que j’ai acheté avec mon argent, c’était déjà Michel Delpech. Ma grand-mère m’avait donné cinq francs pour mon anniversaire, et je me suis précipité au magasin. J’ai toujours aimé ça, et je suis devenu un grand acheteur de disques ensuite. C’était « La vie, la vie » de Michel Delpech, donc. Le deuxième, c’était « Aux Champs-Elysées » de Joe Dassin, et le troisième, c’était un disque d’Hugues Aufray. J’étais tout fier de ramener « La vie, la vie » à la maison, d’autant plus que, pour la petite histoire, Michel Delpech était de la même ville que moi…

Ses parents habitaient à cinq cent mètres de chez vous…

C’est ça. Ils habitaient à Cormeilles-en-Parisis, donc. Michel a démarré sa vie à Courbevoie puis ses parents ont déménagé à Cormeilles. Il a passé toute son adolescence là-bas. Il y a fait Copains Clopant (NDLR : une comédie musicale) puis « Chez Laurette ». Après ce succès, il a quitté Cormeilles. C’était un peu le village « Delpech », quoi. Tout le monde en parlait, c’était quelqu’un d’important, une sommité dans la chanson, une grande star. Il y avait des « on dit ». « On dit que son frère est un voyou ! » alors qu’il n’a pas de frère (sourires). Plein de petites choses comme ça. Moi, je ne l’ai jamais croisé dans le village. Jamais vu en scène, non plus.

C’est ce côté « star locale » qui vous a amené à acheter ce premier disque ?

Pas du tout, non, non. C’est musical, c’est la voix. Un vrai coup de cœur. Parmi tous les héros de l’époque, de Claude François à Mike Brant, moi je préférais Delpech. Il me touchait, sa voix me touchait. Est-ce que je voulais faire ce métier ?  Enfant, on ne réfléchit pas à tout ça. Mais c’est quelque chose qui est venu très tôt. J’avais envie de faire de la musique, être chanteur. Je ne pensais pas être autre chose que ça. Alors, très jeune, je faisais les radio-crochets dans le village. Je chantais des chansons de variété. Dans les réunions de famille, je montais sur la table et s’il n’y avait pas de micro, je prenais une serviette ou n’importe quoi. J’adorais ça. Un jour, pendant la quinzaine commerciale à Cormeilles, j’ai croisé un gars avec un micro. J’avais sept ans mais j’ai très vite compris que, comme il y avait des hauts parleurs dans toute la ville, si je prenais son micro et que je commençais à chanter, beaucoup de monde pourrait m’écouter, dont Delpech, peut-être. Un truc complètement mégalo. J’ai chopé le micro et j’ai chanté « L’idole des jeunes » de Johnny. C’était une des rares chansons que je connaissais par cœur, à l’époque. Plus tard, je suis resté influencé par la musique de Michel et, également, par Julien Clerc, Daniel Balavoine et Michel Berger. Ils m’ont donné envie d’écrire, de créer, et de ne pas rester simplement auditeur. Je voulais être acteur et non plus spectateur.

Vous parliez de vos premières expériences de chanteur. La composition est venue plus tard…

Oui, bien plus tard. Vers dix-huit ans, dix-neuf ans. Je n’étais pas musicien, je ne jouais d’aucun instrument. Je n’avais pas appris, tout simplement. A cette période, je tournais avec un pianiste. Je jouais dans les pubs, les bars, les endroits où on ne nous écoute pas, ceux où on entend le bruit des fourchettes dans l’assiette…

C’est formateur ?

C’est la meilleure école, oui. Je chantais des reprises, je ne jouais pas. Tous les soirs, je regardais les mains du pianiste et je me disais : « Tiens, quand il pose ses mains comme ça, ça donne ce son-là ». Alors, dès que j’en ai eu les moyens, je me suis payé un clavier. Quand je rentrais du piano-bar, en plein milieu de la nuit, je me mettais devant, avec mon casque sur les oreilles, et j’essayais de reproduire ce que j’avais vu. Du coup, j’ai commencé à composer. Des compos pourries, j’en ai fait plein (rires) ! Avec le recul, je me dis qu’il fallait passer par là. J’écrivais la nuit, très vite, et je testais la chanson le lendemain dans les bars. Si ça réagissait bien, je la gardais.

Avez-vous gardé certaines de ces mélodies ?

En tête, oui. Mais, un jour, j’ai presque tout jeté. Au total, j’ai dû faire trois-cents chansons dans ma vie.

A cette période, vous souhaitez faire de la chanson votre vie…

Complètement. Pendant mes études, je ne pensais qu’à une chose : que tout soit fini. Avoir mon diplôme, pour faire plaisir à mes parents, et partir sur les routes ensuite. C’était mon ambition, et c’est ce que j’ai fait.

Racontez-moi les vingt ans qui ont suivi…

Beaucoup de compositions pour rien. Enfin, ce n’est jamais pour rien. Je dirais plutôt pour personne. Dès que je gagnais un peu d’argent, j’allais en studio pour enregistrer. Ça m’a coûté une fortune, car j’enregistrais des chansons qui n’aboutissaient pas. J’avais des rendez-vous en maisons de disques, avec des directeurs artistiques. Le cheminement normal de quelqu’un qui veut placer ses chansons. Aucune n’est sortie : pour plusieurs raisons. D’abord, j’étais un peu rebelle. Je ne maîtrisais pas du tout l’attente d’une maison de disque. Je croyais tellement au succès que pouvaient rencontrer ces chansons dans les bars. En fait, je ne connais pas le métier, je ne savais pas comment il fonctionnait. Je me croyais plus fort que ça, plus fort que le métier. J’étais un petit con. En parallèle, je faisais des concerts. Je louais une salle et je payais des musiciens pour un concert unique. Et ça marchait grâce au bouche à oreille. Les gens qui m’écoutaient dans les bars venaient me voir en concert.

Avez-vous parfois été proche d’aboutir avec un label ?

Oui, c’est passé pas loin. Vraiment pas loin. Finalement, avec le recul, je n’ai pas de regret à ce propos. Tout simplement parce que je n’étais pas prêt. J’aurais peut-être eu la grosse tête. Et, en même temps, il faut un ego surdimensionné pour faire le métier de chanteur. Et je ne l’ai pas. J’ai de l’ego, suffisamment pour pouvoir chanter, mais pas plus. Ce n’est pas « ça » à tout prix…

Vous dites que vous étiez rebelle. Sur quels aspects ne souhaitiez-vous pas transiger ?

Je ne voulais pas qu’on décide pour moi, ni appartenir artistiquement à une direction : je voulais être libre. Souvent, j’ai fait écouter mes chansons à des directeurs artistiques, guère plus âgés que moi et sans vécu musical, qui me disaient des trucs du style : « Il faudrait changer le refrain ! ». Alors, je me levais et je claquais la porte. Si Jacques Revaux m’avait dit ça, je l’aurais écouté. Mais je n’ai pas rencontré Jacques Revaux à cette époque-là.

Pour en revenir à Delpech, la période que vous évoquez correspond à ses années sombres. On le voit peu, on l’entend peu. Malgré tout, avez-vous continué à le suivre ?

Non. Vous savez, ça correspond à mes « années sombres » pour ce qui est de la chanson française. J’ai beaucoup écouté de trucs anglais : David Bowie, Peter Gabriel. Supertramp, aussi. Côté américain, il y a eu Springsteen et Elvis, bien sûr. Vers dix-sept ans, j’étais un peu punk, aussi. Bon, c’était un punk bourgeois. Je ne vivais pas dans la rue et je n’agressais personne (sourires) !

Vous avez déclaré avoir redécouvert Michel Delpech bien plus tard, grâce à un ami qui vous a fait écouter les derniers albums…

Exact. C’était en 99, j’étais en plein enregistrement. Christophe Deschamps (NDLR : batteur ayant collaboré avec France Gall, Eddy Mitchell et Jean-Jacques Goldman, entre autres) travaillait avec moi. Le type qui venait enregistrer la partie de batterie de Christophe Deschamps sortait de séances en studio. Il me dit : « Je viens de finir l’enregistrement de l’album de Delpech, je suis super content de mon son de batterie ! ». Il décide de me faire écouter les bandes. Et là, je reprends une claque ! Je rentre chez moi, bouleversé. Cette voix qui barytonne un peu, c’est une merveille. Il s’agissait de l’album « Cadeau de Noël ». J’ai adoré cet album qui, malheureusement, est passé complètement à travers. L’écriture de Michel, associée à celle de Francis Basset, fonctionnait très bien. Les compositions étaient signées par Jean-Baptiste Brimont, un Rouennais totalement inconnu. J’ai écouté cet album avec délices. Ça m’a même troublé, je dois le dire. A cette période, je me suis retrouvé dans une galère avec mon producteur de l’époque, quelqu’un de pas très honnête. Je me suis retrouvé bloqué, en rupture de contrat. Je ne pouvais rien faire de mes chansons en tant qu’interprète pendant deux ans. J’habitais en Bourgogne, à la campagne, et je me demandais ce que je pouvais bien faire. J’ai pensé qu’il fallait mettre à profit le temps dont je disposais, contraint et forcé, pour écrire. Pour les autres, donc. La première personne à qui j’ai pensé, en raison de l’album que je venais de découvrir, c’est Michel Delpech…

Avant d’évoquer la suite, avez-vous encore en tête l’album « Cadeau de Noël ». Quels en sont les titres marquants, selon vous ?

J’aime tout l’album. « Attention, elle est blessée », sublime ! « Les petites tortues noires », formidable. « Frères humains » est un beau clin d’œil, très réussi musicalement.

Êtes-vous revenu, de fait, aux albums précédents ? Notamment l’album dont la chanson phare était « Le Roi de Rien » ?

J’adore ce titre, formidable. J’aime aussi « La ballade pour une vieille indienne » écrite par mon ami Jean-Jacques Burah…

Jean-Jacques Burah qui a écrit pour vous, ensuite. Aimez-vous cet album où les compositeurs sont très, voire trop, nombreux pour être une réussite ?

C’est vrai, c’est très disparate au niveau des compositions. Je connais les conditions dans lesquelles Michel l’a fait. Ça a été très dur pour lui de finir cet album. Moi, personnellement, je n’aime pas le son, et je n’aime pas l’enregistrement de la voix de Michel. Il y a trop de « réverbe »…

L’auditeur lambda note-t-il une différence dans la prise de voix entre chacun des derniers albums ?

Oui, oui. Sur « Cadeau de Noël », ça sonne un peu comme des maquettes, il n’y a pas de gros moyens, mais il y a un réel effort de fait sur la voix. Michel n’aime pas sa voix sur les albums… sauf sur « Comme vous », si je peux me permettre (sourires). Il est très exigeant, et il a raison de l’être.

Vous avez parlé de Brimont, le compositeur de « Cadeau de Noël ». Le fait qu’il soit inconnu, du milieu et du public, est-ce un paramètre qui vous a encouragé dans l’idée de travailler pour Delpech ?

Complètement. Si Michel avait fait « Cadeau de Noël » avec Obispo (NDLR : qui avait écrit pour Delpech sur son album précédent), je n’aurais pas osé.

Dans quel état d’esprit étiez-vous à cette période ?

J’étais fatigué, usé par mes problèmes contractuels. Ce côté business du métier ne m’intéressait pas. J’étais ruiné, totalement ruiné : ça me perturbait beaucoup. En même temps, je voulais rebondir et mettre mon talent de chanteur au service des autres. Ils n’ont pas besoin de moi pour ça, mais je pense que ma patte d’interprète est très importante si je travaille avec quelqu’un.

L’histoire avec Delpech est incroyable. Racontez-moi votre démarche…

C’est une belle histoire. J’obtiens son adresse. A l’époque, il habite à Croissy. Je lui envoie des CD de maquettes que je grave. Et, à chaque fois, il me répond très gentiment, là où d’autres ne répondent pas du tout. Il me remercie, m’encourage, me dit : « C’est très bien, mais je sors d’un album… ». Ce n’était surtout pas le moment de lui envoyer des chansons. On était au début de l’année 2000. Un jour, Bruno Blanckaert, son agent, m’appelle : « Michel a beaucoup aimé l’une de vos chansons, il faudrait que nous reprenions contact ». Et il ne me rappelle jamais (rires) ! En parallèle, je continue à envoyer des courriers à Michel, qui, habituellement, répondait toujours très vite. Plusieurs semaines se passent sans nouvelles. Au bout de trois mois, je profite d’un passage à Paris pour remettre un disque déjà envoyé par la Poste, directement dans sa boîte aux lettres. Le lendemain, Michel sort avec son épouse. En partant, elle passe récupérer le courrier qu’elle ouvre dans la voiture. Elle tombe sur mon enveloppe et lui demande de quoi il s’agit. Il lui raconte l’histoire et elle insiste pour écouter. A la fin du trajet, elle lui dit : « Michel, il faut que tu l’appelles, c’est la personne qu’il te faut ». Finalement, c’est elle qui m’appelle et m’annonce qu’il souhaite me rencontrer. Le rendez-vous est fixé à la semaine suivante, chez lui.

Vous y allez…

Et, on discute. Il me demande qui je suis, ce que je fais. A l’époque, je faisais un petit boulot. Il trouvait ça passionnant. Il aime les gens, tout l’intéresse. Je lui dis que je travaille sur un canal, que je suis éclusier. Il me répond : « C’est extraordinaire ! ». « Pardon ? ». « Mais si, vous avez une chance inouïe de pouvoir faire ça, moi, je n’ai jamais pu me le permettre. En étant célèbre a dix-sept ans, on passe à côté de tellement de choses… ».

C’est incroyable d’être « conscient » à ce point, alors que l’on imagine les artistes vivant dans une autre sphère, totalement coupés du monde réel…

Je pense que ce sont les événements de sa vie qui l’ont remis sur terre. Il s’intéresse aux gens, vraiment. Vous le voyez dans son écriture, c’est un reporter de la vie des gens, quelqu’un qui prend des photos. Toutes ses chansons sont comme ça. Elles marquent leur époque sans être vieillies, elles restent d’actualité.

Lors de cette rencontre, étiez-vous encore un peu l’enfant, admirateur de l’artiste ?

Non, c’était différent. Sans doute parce que je ne suis pas impressionnable. Un jour, j’ai eu la chance de croiser le professeur Cabrol (NDLR : chirurgien  ayant réalisé les premières transplantations cardiaque puis cardio-pulmonaire en Europe, et la première implantation d’un coeur artificiel entre la fin des années soixante et le milieu des années quatre-vingt). Quand j’ai serré sa main, là, j’ai été impressionné. Je me suis dit : « Cette main a sauvé tellement de vies ! ». J’ai de l’admiration pour les chanteurs, mais je ne suis pas un fan. Dans la conversation que nous avons eue avec Michel, il m’a confié qu’il n’avait plus envie de faire des chansons, qu’il en avait assez fait. Pourquoi pas des reprises des reprises de jazz, un jour… Alors, on n’a rien décidé.

Il vous fait donc venir pour vous annoncer qu’il ne veut plus faire de chansons. L’avez-vous cru ?

Il était sincère. Il m’a fait venir pour me rencontrer, me connaître. Peut-être avait-il une petite idée derrière la tête. En tout cas, il ne me l’a jamais dit. Il m’a tout de même parlé d’un texte auquel il tenait : « Comme vous ». Mais je pense qu’il était sincère concernant son manque d’enthousiasme…

Jean-Philippe Verdin, qui a réalisé les deux albums suivants de Delpech, me disait que votre grand mérite était d’avoir su lui redonner l’envie…

(Visiblement surpris) Ah bon ? Il a dit ça, Verdin ? Putain, c’est bien.

Reprenons le fil de votre rencontre et du début de votre aventure avec Delpech…

Le texte dont il m’avait parlé, je l’ai dans ma boîte quatre jours plus tard. Je vois le courrier, je reconnais son écriture. Je n’ouvre pas l’enveloppe. J’attends le moment propice où je serai à la maison, seul. Je vois ce texte qui s’appelle « Comme vous ». Je prends la guitare, pose le texte devant moi. Et, à la lecture, je compose la chanson. Ça vient tout de suite, comme par magie. Je me rends compte que c’est pas mal, que ça tient la route. J’appelle Michel et je lui dis que j’ai bien reçu son texte. Il me répond : « Très bien. Prenez le temps ! ». Je lui apprends qu’à l’ouverture de l’enveloppe, j’ai fait une composition. « Comment ça ? Vous allez vite ! Comment je peux entendre ça ? ». Je lui dit : « Vous faîtes quoi, cet après-midi ? ». Lui : « Rien, je suis chez moi ». Moi : « Alors, j’arrive ! ». J’ai fait trois-cents bornes et je suis arrivé à son domicile. J’ai joué le morceau à la guitare et il m’a dit « Waouh… C’est vachement bien ! ». Du coup, il a ressorti de ses tiroirs quelques calepins avec des notes, des bouts de textes. Je suis notamment reparti avec l’ébauche de « Cet homme est seul », ainsi que « Fuir au soleil ». Je suis arrivé à la maison et me suis mis au travail immédiatement. Dans la soirée, les chansons étaient faites (rires) !

C’est incroyable de se dire qu’un album si abouti peut se créer si rapidement…

Oui, en effet, les premiers jets ont été réalisés rapidement. C’est une chance. Ensuite, le travail en commun avec Michel a pris du temps.

C’est très intéressant. On en reparlera plus tard dans l’entretien. Arrêtons-nous sur la conception des chansons. Suite à la composition de ces premiers titres, comment travaillez-vous avec lui ?

Pour resituer la période, on se trouve alors à l’aube de l’été caniculaire de 2003. J’appelle Michel et je lui dis que j’ai besoin de mieux le connaître, de le voir chanter. C’était important. Il me répond qu’il part en tournée en Belgique courant juillet, et me propose de l’accompagner. Pendant cette tournée, nous avons peaufiné toutes les chansons. Le soir, pendant qu’il chantait, je travaillais dans ma chambre. Quand il rentrait de ses concerts, il m’appelait de la sienne pour que je le rejoigne. Et, jusqu’au bout de la nuit, on bossait sur les chansons. Je lui proposais des choses, il essayait, on faisait du bordel dans l’hôtel : c’était génial !

On imagine la création d’un album comme quelque chose de plus professionnel, plus cadré…

Là, c’était un vrai album de copains. On y a mis notre sueur, tous les deux. On s’est incroyablement investis. Parmi les textes, certains étaient déjà prêts avant que nous travaillions ensemble. D’autres étaient en cours d’élaboration. « Elle ne passera pas un hiver de plus ici », par exemple. Michel avait commencé à écrire cette chanson à l’époque où il vivait dans le Luberon. Dès que l’automne est arrivé, sa femme s’y est ennuyée à mourir. L’idée lui est venue de là. De mon côté, je vivais quelque chose de similaire avec ma compagne de l’époque. Ça lui a donné envie de finir ce texte. Un jour, il m’appelle alors que j’étais en Bourgogne, sur les marches de ma maison, une espèce de relais de chasse au milieu de nulle part. Il me demande ce que je vois. « Bah, je vois des buses, pas loin ». « Des buses, ah, c’est bien ça. Quoi d’autres ? ». « J’entends la scierie ». « Ah… la sirène de la scierie, ça sonne bien ! ». C’est un photographe, Michel !

Dans l’investissement personnel, un auteur donne-t-il, fatalement, plus qu’un compositeur ? Dans les idées, les mots…

Tout dépend de la façon dont on travaille. Sur « Comme vous », la chanson prend sa forme grâce à la musique. Et puis, j’étais un compositeur qui s’investissait beaucoup : j’enregistrais, je faisais des maquettes, je passais des nuits. Bien sûr, Michel donnait également beaucoup. Il pesait chaque mot. Dans les musiques, il y a de moi. Pour tout vous dire, j’ai composé chacune des chansons de l’album très vite. Hormis « Ce soir au cirque ». Un jour, Michel me lit ce texte, doutant du fait que ça me plaise. J’ai été extrêmement touché. Les petits cirques ambulants, c’est quelque chose que j’aime, qui me touche. Je prends ce texte et j’en fais jusqu’à sept versions. Ça n’allait pas. On comptait abandonner cette chanson. J’étais toujours éclusier et, un soir d’octobre, je me retrouve le long de ce canal désert, en Bourgogne. Je me suis mis dans ce petit chalet, qui me servait d’abri en attendant les bateaux, et j’ai pris ma guitare. Il pleuvait, le ciel était bas, l’atmosphère était d’une tristesse incroyable. J’ai ressorti le texte et j’ai composé la chanson dans ma petite cabane d’éclusier.

J’ignorais que vous aviez continué votre travail d’éclusier…

Ah si, à ce moment là, je continuais. Il faut bien manger. Ce n’est pas le travail sur l’album qui me faisait manger…

Toutes les chansons étaient-elles écrites avant le début de votre collaboration ?

Oui. Il avait, au moins, un départ sur chacune.

Avez-vous rejoint Delpech à Paris par la suite ?

Oui, au moment où nous avons décidé de faire un album. Au départ, nous faisions des chansons. Simplement. A la fin de l’été 2003, Régis Talar (NDLR : producteur artistique ayant créé, avec Michel Sardou et Jacques Revaux, le label musical Trema) était en train de vendre Trema à Universal. Régis a écouté les maquettes que nous avions faites. Quel homme formidable ! Ce type a mouillé sa chemise pour Sardou, en mettant de sa poche pour réaliser les albums. L’album « Danton » de Sardou, personne n’en voulait au départ. C’est Régis qui l’a financé et qui a permis sa commercialisation. Il aime profondément les artistes. Régis a été le point de départ. Il nous a dit : « Là, il y a de quoi faire un beau disque, il faut le faire ! Je vais payer la pré-production avec mes éditions ». Ça a permis à Michel de s’essayer. On a fait ça à Vincennes, dans l’appartement d’un copain, avec très peu de matériel. Malgré tout, on voulait faire ça bien, que ce soit parlant. Moi, je voulais que ce soit presque du définitif, dans l’esprit. A l’époque, il n’était pourtant pas du tout question que je réalise l’album. Je n’étais que le compositeur.

Est-ce que les bouleversements connus au sein de la maison de disque de Michel ont été vecteurs de doutes ?

Non. Michel changeait de maison de disque, il passait de Trema à AZ (NDLR : label appartenant à Universal, alors dirigé par Valéry Zeitoun), mais, au fond, ça ne changeait rien. Moi, j’ai juste eu beaucoup de regrets concernant Régis. J’aurais aimé continuer à travailler avec lui. Il me faisait confiance. C’est un type qui a beaucoup d’instinct. On a perdu un extraordinaire compagnon de travail…

Vous parliez tout à l’heure des producteurs que vous ne souhaitiez pas écouter, plus jeune. Talar, lui, était légitime et vous l’écoutiez…

Evidemment. Il y a des gens pour qui j’ai le plus grand respect, et Régis en fait partie. Pour revenir à mon arrivée à Paris, en fait, on cherchait une réalisation. On a essayé plusieurs personnes. Moi j’avais des idées américaines, mais c’était compliqué. J’avais des noms en tête, je rêvais un peu. Michel, de son côté, préférait travailler avec une équipe française. Les essais que nous avons faits avec des réalisateurs n’ont pas marché. Moi, j’étais malheureux. Les chansons m’échappaient. Je m’étais tellement investi dans cet album. Michel s’est rendu compte que je perdais la main. Régis l’a vu, lui aussi. Un jour, on essayait un réalisateur potentiel. J’assiste à la séance, sans dire un mot. Régis s’est aperçu que les chansons n’étaient pas comme elles devraient l’être : la direction n’était pas bonne. Il vient me voir et me dit : « T’as l’air très malheureux ! ». Je le reconnais, je lui confie que les chansons m’échappent, et, plus encore, qu’elles ne sont pas sublimées. Suite à ces essais infructueux, on fait une réunion avec la maison de disques, AZ. Pendant cette réunion, Michel a mis tout le monde devant le fait accompli en disant : « C’est Laurent qui réalisera l’album ! ». Je n’étais même pas prévenu…

On arrive à la période où vous entrez en studio…

Oui.  C’est donc là que je suis obligé de venir à Paris. Les chansons sont prêtes, elles sont là. Et il faut réaliser l’album. J’avais besoin d’un endroit pour bosser, prendre des rendez-vous. Régis Talar, qui était encore un peu dans le coin, me dit : « Ecoute Laurent, Jacques Revaux est parti, son bureau est libre. Voici les clés ! ». Je me retrouve donc dans cet immense bureau, chez Trema. Je n’ai jamais touché à son piano et je ne me suis pas, non plus, assis derrière son bureau. J’ai utilisé la grande table de travail qui s’y trouvait. J’y recevais les musiciens, mais je ne les auditionnais pas. J’en connaissais certains, je savais leur valeur. Les autres, on discutait, ça se faisait autour d’un verre. Humainement, c’était important d’avoir des gens qui me plaisaient. Je me doutais qu’un mec comme David Maurin, qui avait notamment bossé avec Biolay, était le batteur qu’il fallait. Michel m’a laissé beaucoup de liberté sur le choix des musiciens.

Pardonnez-moi pour le côté un peu brouillon de l’entretien, mais je souhaiterais rebondir sur quelques chose…

Allez-y.

Au sujet de la composition, Delpech a, pendant la promotion de l’album, souligné quelque chose de très important à ses yeux : vous avez composé toutes les chansons à la guitare. En quoi est-ce une particularité ?

La majorité des compositeurs de Michel composaient au piano. Si ce n’est Michel Pelay (NDLR : compositeur à l’origine de plusieurs succès de Delpech comme « Le chasseur », « Le Loir-et-Cher » ou encore « Loin d’ici »), je crois. Ce qui change, ce sont les harmonies qui ne sont pas les mêmes. Et puis, moi, je ne suis pas un guitariste. Je suis un bredouilleur, un grattouilleur (sic). Je peux faire une chanson sur des accords très simples car je n’ai pas de savoir musical. Ça pourrait être un handicap, mais je le vois différemment. Quand je compose, je n’ai aucune barrière. Je pose mes doigts et je vois si ça sonne. C’est la mélodie qui prime.

L’esprit ressenti à l’écoute du disque est-il lié à cette façon de composer ?

Sans doute. Il y a ma patte, ce que je sais faire, forcément. Mais je crois que c’est un tout. La couleur de l’album vient également des musiciens, des ingénieurs du son, des micros que nous avons utilisés. C’est tout ça qui donne une couleur un peu folk à cet album.

Selon moi, cet album dégage une atmosphère particulière. C’est un peu comme un film, avec un début, un milieu et une fin…

C’est Michel, ça. C’est sa façon de raconter les histoires qui fait le film. Moi, je ne voulais pas d’un album de « chanteur ». Dans « Les aveux », là, il fait le chanteur, vous voyez ? Nous, on voulait faire un album de conteur. C’est pour ça que j’ai privilégié des tonalités plus basses, ce qui a pu surprendre. Et, aussi, que j’ai supprimé le maximum d’accessoires. Pas de réverbération. La voix est crue.

Elle est sublimée…

J’adore. J’ai eu l’ingénieur du son qu’il fallait. J’ai travaillé avec un grand bonhomme qui s’appelle Christophe Marais. Ce mec est un génie, il a une oreille incroyable. Je pense que c’est la personne qui m’a le plus impressionné en studio. Il a d’ailleurs été l’élève d’Yvan Cassar durant pas mal de temps. C’est un espion, Christophe Marais. Il pose des micros un peu partout, c’est son secret. Devant un ampli de guitare, il va mettre six micros. Ensuite, les mix sont compliqués (sourires).

Au niveau des arrangements, avez-vous pensé à ajouter d’autres choses ? Des cuivres, par exemple.

Oui, on y a pensé. On avait aussi des cuivres, qu’on a virés au dernier moment sur quelques chansons. Moi, j’ai joué de l’harmonica sur « Dans chatou qui dort ». Ça s’est décidé au dernier moment. On a aussi appelé Michel Gaucher pour faire une partition de flûte de pan sublime, sur « Y’a-t-il une fille pour l’épouser ? ». Au dernier moment, alors qu’on était en plein mixage, Michel l’a appelé pour lui proposer ça. Il revenait d’un gala quelque part. Il a répondu : « Pas de souci, j’arrive tout de suite ! ». Ça nous a sauvé la vie sur ce morceau. C’est toujours comme ça, un album. C’est plein de surprises, avec des copains qui passent.

Vous êtes restés longtemps en studio…

Très longtemps. On y a passé d’excellents moments, et Michel était en forme. Moi, j’arrivais à dix heures du matin, et je repartais en pleine nuit, vers trois heures. J’avais une chambre d’hôtel juste à côté : je n’avais qu’à traverser la rue pour arriver au studio. Lui, il arrivait en début d’après-midi et repartait en même temps que moi. On a emmené toutes les équipes dans notre sillage. Ce n’était pas très syndical (sourires) !

Des compromis ont-ils été nécessaires au niveau de la réalisation ?

Pas vraiment, puisque tous les deux voulions la même chose. Nous en avions beaucoup discuté en amont. On ne perdait pas le fil. Quand il doutait de certaines choses, je lui demandais de me faire confiance. Ça ne passait pas toujours : pour les cuivres, par exemple, qui était une idée que j’avais suggérée. C’était des discussions de copains, sans se prendre la tête. On était tellement dessus, tout le temps. Rien ne nous échappait, pas même la moindre note ou le moindre coup de cymbale. Sans parler de la voix. On a fait beaucoup d’écoutes, de replacements de la voix sur la bande au bon endroit. On voulait que ce soit le plus juste.

Vous avez parlé des doutes de l’artiste. C’est quelque chose qui transparaît clairement chez lui. Partagez-vous cet aspect de sa personnalité ?

Oui, bien sûr.

Comment deux anxieux travaillent-ils ensemble ?

On se comprenait, déjà (sourires). On percevait les doutes de l’autre. C’était une bonne chose de travailler à deux, pour ça.

Avez-vous eu des doutes jusqu’à la fin de la conception de l’album ?

Oui. Jusqu’au mastering, on a eu des moments de doutes. Le seul truc pour lequel on n’a pas douté, c’est la pochette de l’album (sourires). Il faut dire que c’est le seul aspect qui nous a totalement échappé. On n’a pas pu contrôler ça. Moi je ne l’aime pas, cette pochette. Au niveau visibilité, elle n’est pas bien du tout. Même en tête de gondole, on ne la voyait pas. La pochette et le livret ne racontent pas l’histoire de l’album. Moi, j’aurais mis des flight cases en noir et blanc, des gens qui fument une clope assis dans un coin du studio. Et puis, ils n’ont pas pensé aux vieux qui achètent des disques. C’est vrai, c’est écrit en tout petit sur cette pochette. Je dis ça gentiment, moi même ayant une très mauvaise vue. Voilà. L’album a un côté road movie qu’on ne retrouve pas sur cette photo. On voit juste un homme qui s’ennuie dans un grand hôtel à Barcelone…

Quel était l’intérêt d’aller à Barcelone ?

C’est un truc de maison de disques (rires). Le photographe était en vacances là-bas alors ça l’arrangeait, quoi.

On l’a dit, ce projet d’envergure était le premier pour vous. Vous êtes-vous toujours senti en capacité de mener à bien cet album ? Je parle notamment de la réalisation.

Vous savez, je sais écouter un musicien, je sais lui parler. Je ne lui présente pas de partition, puisque je ne sais pas écrire. On faisait des réunions de travail autour de sushis et de quelques verres de vin. Je leur jouais la chanson du jour à la guitare. A partir de là, je leur disais ce qui me plaisait et ce qui me convenait moins. La réalisation, c’est le jeu de tous. Je savais ce que je ne voulais surtout pas, mais j’étais ouvert aux idées et aux surprises.

De ce fait, certains titres ont-ils été plus difficiles à enregistrer que d’autres ?

Oui, pour trouver la couleur. « Fuir au soleil », par exemple. L’enregistrement de « Cet homme est seul » a été très long. Il y a une phrase qui manquait ou qui ne plaisait pas à Michel : ça ne passait pas. Je ne sais pas combien nous avons fait de prises de voix pour cette chanson. A la réécoute, il manquait toujours quelque chose. Et puis, il a trouvé la phrase juste : « Il vit comme Howard Hughes les volets fermés ».

 

ECOUTER UN EXTRAIT DE ‘CET HOMME EST SEUL’


Ça sonne…

Incroyablement.  Et puis, quand on entend « Howard Hughes », on se demande qui se cache derrière ce nom et on prend son dictionnaire…

Ce qui me frappe dans l’écriture de Delpech, ce sont ces petites formules qu’il magnifie. Je me dis souvent que, chantées par quelqu’un d’autre, elles seraient sans doute trop simplistes, fades…

Ce sont ses petits costards à lui. Michel, quand il s’approprie un texte, une chanson, plus personne ne peut chanter derrière lui. Ça, c’est certain. Sur les maquettes, c’était moi qui chantais. Il m’a dépouillé des chansons en les interprétant à son tour. Dès qu’il passait en cabine, c’était fini. Je me disais : « Waouh, c’est lui l’artiste ! ».

Evoquons deux titres très particuliers, qui ont une histoire : « Nicholson & Co. » et « Petite France ». Ces deux chansons étaient déjà sorties en 1987, sur 45T, avec des musiques différentes, signées Roland Vincent. Avant de parler des problèmes juridiques rencontrés, j’aimerais dire un mot sur « Nicholson & Co. » (NDLR : chanson rebaptisée  « Jaloux » plus tard). Populaire et pointue : un tube…

Cette chanson, je l’entendais chantée comme Souchon. Je ne l’ai jamais dit à Michel, mais je l’ai poussé vers ça. Je voulais qu’il chante de la façon la plus douce possible, sans « réverbe » et sans vibrato. Vous avez trouvé le mot juste, c’est un tube. Cette chanson aurait dû toucher le plus grand public mais ça n’a pas été le cas. Je vais m’expliquer là-dessus. Roland Vincent (NDLR : auteur, notamment, de « Chez Laurette », « Wight is wight », « Pour un flirt » et « Les divorcés ». Et, donc, des premières versions de « Nicholson & Co. » et « Petite France »), qui est un talentueux compositeur et n’a pas l’oreille d’un sourd, s’est certainement très vite rendu compte que c’était un tube. Quand j’ai commencé à travailler avec Michel, j’ai acheté une petite biographie qui recensait ses textes. A la fin du bouquin, je tombe sur deux d’entre eux : « Nicholson & Co. » et « Petit France ». Entre parenthèse, il était inscrit « inédit ». Je me dis donc que ces textes, qui me séduisent vraiment, n’ont jamais été mis en musique. Alors que nous étions en pleine création de l’album et qu’ils nous manquaient quelques chansons, je parle à Michel de ces deux textes que j’avais trouvés sublimes, et de mon envie de faire quelque chose dessus. Il est partant et me dit juste qu’il devra passer un coup de fil à Roland Vincent, car des musiques existent déjà pour ces deux titres. Il a fait la même démarche avec Pierre Papadiamandis pour « Fuir au soleil ». Quand même, je lui ai dit : « Merde, je pensais qu’il n’y avait pas de musique dessus ! ». Il m’a rassuré en me disant que ce n’était pas grave. Il a appelé Roland Vincent devant moi. Il lui a répondu : « Pas de souci Michel, tu peux mettre une autre musique. Je suis ravi que tu travailles avec de jeunes compositeurs ». Seulement, par rapport à la SACEM, Roland Vincent aurait dû signer un papier mentionnant qu’il se retirait sur ces deux chansons. Michel est passé à côté de ça.

C’est de la négligence, un excès de confiance…

Oui, voilà. Il a pêché par excès de confiance. Mais, vous savez, je suis convaincu que si on avait fait deux merdes, Roland Vincent ne nous aurait jamais mis de bâtons dans les roues.

A quel moment Roland Vincent a-t-il entamé une procédure judiciaire ?

Quelques semaines après la sortie de l’album, qui marchait vraiment bien. La promotion était bonne, les critiques exceptionnelles. Quatre clés dans Télérama ! Je crois que cet album aurait marché très fort sur la durée. Le choix de «  Fuir au soleil » comme premier single était celui de la maison de disques. Si on avait pu embrayer avec « Nicholson & Co. », on faisait un carton ! Je pense que tout le monde le sait. Quand je fais des soirées privées, je joue cette chanson et les gens sont ravis.

Quelles ont été les conséquences de cette procédure ?

L’album a été retiré des bacs après épuisement des stocks. Dans un second temps, nous avons gagné le procès. En réalité, il suffisait que l’on change le titre des chansons, pas le contenu. « Nicholson & Co. » est devenu « Jaloux », tandis que « Petit France » s’est transformé en « Petite Pays ». La maison de disques a donc refait une édition, sans promotion. Pour eux, c’était fini, ils étaient passés à autre chose, à un autre artiste.

 

ECOUTER UN EXTRAIT DE ‘JALOUX’


Pensez-vous qu’en gardant la structure Trema à vos côtés, les choses auraient été différentes ?

C’est possible, mais vous savez, c’est une autre école. Une autre époque, aussi. Tout va très vite, maintenant.

Vous venez d’évoquer les critiques dithyrambiques lues dans la presse. Finalement, l’album, dans son ensemble, n’était-il pas trop qualitatif pour être universel et toucher le plus grand nombre ?

(il réfléchit) Vous sous-entendez qu’il n’y a que de la merde qui se vend, c’est ça ? Ces propos n’engagent que vous (sourires). Vous savez, si cet album a plu à dix mille ou vingt mille personnes, je suis content. Si j’ai pu contribuer à rendre heureux des gens, ça me va. Qu’ils soient cent ou cent mille. Si tout le monde pensait comme ça, peut-être que le monde tournerait mieux.

Parlez-moi du spectacle qui a suivi. C’est vous qui l’avez monté…

Michel et moi voulions un spectacle cohérent par rapport à l’album. On ne voulait pas seulement caser les chansons de l’album (NDLR : neuf au total), mais également faire un tri parmi les grands tubes, en rendant l’ensemble harmonieux. C’est pour ça qu’on a intégré des vieilles chansons, comme « Home sweet home » et « Photographe », qui collaient bien à l’esprit de l’album « Comme vous ». On a fait le Bataclan et la Cigale, à Paris. Ainsi que les Vieilles Charrues, les Francofolies et le festival d’Aix-en-Provence. Mais il n’y a pas eu de vraie tournée, malheureusement. La production de la tournée n’était pas soutenue par la maison de disques, c’était donc trop compliqué financièrement. On était nombreux sur scène et ça coûtait cher.

Dans les mois qui suivent cette aventure, quels contacts gardez-vous avec Delpech ?

On est copains, très complices, vraiment. On se voit beaucoup, on mange ensemble.

Dans son livre, il  parle de sa collaboration avec Roland Vincent, au début de leurs carrières respectives. Il parle d’une amitié très forte entre eux, d’un « truc de sang » lié au fait qu’ils n’existaient pas professionnellement lorsqu’ils ont démarré ensemble dans le métier.  Existe-t-il un parallèle entre vos histoires ?

Je pense. On a vécu de super moments ensemble, des moments de vie, de complicité. Et puis, on voulait faire de bonnes chansons sans penser à un éventuel retour sur le devant de la scène…

Ce retour, il aura lieu deux ans plus tard grâce à un album du duos (NDLR : classé numéro un du top album au début de l’année 2007). Avez-vous été consulté pour ce projet ?

A aucun moment. En revanche, j’aurais été heureux d’y retrouver une chanson de l’album « Comme vous »…

Lui avez-vous confié ce souhait ?

Je lui ai dit sans lui dire : Michel le sent, il le voit.

Les rapports que vous aviez se sont-ils étirés à ce moment-là ?

Un petit peu, oui. Surtout quand l’album cartonne. Fort du succès, il est beaucoup demandé, beaucoup pris. Le jour où je reçois le classement qui le place numéro un des ventes, je l’appelle pour le féliciter. Je suis ravi pour lui, sincèrement.

Avez-vous eu le sentiment qu’il quittait votre monde pour celui, avec tout ce que cela comprend, du succès ?

Sur le coup, c’est l’impression que j’ai eue. J’ai l’impression qu’il est parti, qu’il est redevenu le Delpech des années soixante-dix. C’est un homme extrêmement intelligent, il sait tout ça.  Mais, encore une fois, j’étais très content pour lui. Il a tellement mérité ce retour dans la lumière.

Qu’avez-vous fait durant cette période ?

J’ai monté ma boîte de production pour pouvoir faire mon album, qui n’est jamais sorti. J’ai pris les mêmes musiciens et le même ingénieur du son que pour « Comme vous ». J’ai fait le mixage chez mon ami Manu Lanvin, avec Steve Prestage, qui a notamment travaillé avec Peter Gabriel et Gérald De Palmas. J’y ai mis beaucoup de moi. Financièrement, aussi.

A l’époque de « Comme vous », vous avez été comparé à Benjamin Biolay par le journal Libération. Pensiez-vous que votre collaboration avec Michel Delpech vous ouvrirait plus de portes ?

Oui, je le pensais. Malheureux, je suis resté le « compositeur de ». Et puis, nous n’avons pas assez vendu. Si on en avait vendu cinq cent mille, mon téléphone n’aurait pas arrêté de sonner. Voilà, c’est ainsi. Les circuits sont formés, les artistes avec lesquels j’aimerais travailler ont déjà une équipe autour d’eux. Il y a peut-être des réticentes liées au fait que mon album et celui que j’ai fait pour Michel sont assez proches musicalement. Peut-être que les gens se disent que je ne sais faire que ça ?

 

ECOUTER UN EXTRAIT DE ‘LA COURSE DU VOYAGEUR’

 

En 2008, Delpech commence à plancher sur l’album qui suivra. Au départ, Francis Basset (NDLR : l’un des auteurs de l’album « Sexa ») raconte que l’artiste pensait à vous pour les compositions…

Je ne le sais pas, ça.  Je ne suis pas au courant. C’est une période à laquelle on se voyait moins, avec Michel. Il m’appelait et me dictait des textes. Au total, j’en ai fait sept.

Les conditions de travail avaient-elles changé ?

Oui, puisqu’il décide de faire un album, et de l’écrire avec Basset. Ils travaillent des textes qu’ils dispatchent ensuite à divers compositeurs. Ce n’est plus un auteur et un compositeur comme sur « Comme vous ». En même temps, avec un départ, juste quelques mots, Michel sait que je peux faire une chanson. Ensuite, une fois la composition achevée, il pourra toujours revenir sur le texte. Ça ne me gêne pas. Comme je vous le disais, j’ai travaillé sur sept titres de l’album « Sexa ». « Johnny à Vegas », par exemple, j’en ai fait trois, quatre versions. Mais, finalement, ce n’est pas moi qui ai signé la chanson sur le disque…

Dans son livre (NDLR : « Carnets d’album »), Francis Basset décrit un après-midi de juillet où vous passez presque une audition chez Delpech…

Je leur ai joué trois versions différentes de « Johnny à Vegas ». La consigne que j’avais eue, c’était : surtout pas de ballade. Ça m’enlevait déjà quelques possibilités. Moi, je voyais un truc dans l’esprit de « Graceland », la chanson de Paul Simon. Au final, sur l’album (NDLR : musique de Michel Pelay), c’est une ballade…

Après avoir vécu une aventure aussi forte sur « Comme vous », comment avez-vous appréhendé le travail sur cet album, sur lequel vous ne composez que deux titres (NDLR : « Comme on s’traite » et « Je ne t’aurais pas vue ») ?

Mais c’est déjà très bien d’en avoir deux (rires) ! Je comprends ce que vous voulez dire mais je ne peux pas vous répondre en laissant parler la passion. Evidemment, j’aurais adoré refaire un album avec Michel, et évidemment, j’ai eu un petit pincement au cœur durant la création de « Sexa ». Malgré tout, je ne souhaitais qu’une chose : qu’il fasse un excellent opus avec Basset.

En studio, avez-vous eu l’occasion de donner une direction aux titres que vous avez composés ?

Non, je n’ai passé qu’une seule journée en studio, le jour où Jean-Philippe Verdin, le réalisateur de l’album, ne pouvait pas y être. J’ai dirigé la voix de Michel sur « Comme on s’traite » et, du coup, j’ai aussi fait les chœurs. Je ne connais pas Verdin, je lui avais juste envoyé les deux maquettes de mes chansons, car Michel tenait à ce que la direction soit respectée sur l’album…

Ça n’a pas été le cas ?

Pas vraiment. Par exemple, « Comme on s’traite » n’est pas un reggae à la base…

Votre patte, qu’on ressent sur « Comme Vous » ainsi que sur votre album, on ne l’entend pas sur ces deux chansons…

C’est ainsi. Quand on livre des chansons, il faut s’en remettre à celui qui réalise l’album.  Elles peuvent être sublimées ou ne pas l’être. Il faut l’accepter. Cela ne veut pas dire que ce n’était pas le bon choix et que ça ne peut pas plaire au plus grand nombre. Pour tout vous dire, j’ai été déçu par la prise de voix, que je trouve sous-mixée, sur les deux albums qui ont suivi « Comme Vous ». Peut-être que lorsque l’album de duos a été enregistré, il a fallu sous-mixer la voix de Michel pour mettre celle de certains autres artistes en valeur (sourires).

Vous avez à nouveau travaillé avec Michel Delpech sur « Les Torrents d’Amour », le single de l’album de Line Renaud…

Michel m’avait envoyé ce texte bien avant. La musique composée ne collait pas avec son album. Alors que je créais le mien, il m’a appelé et m’a dit : « C’est la première fois que je fais ça, mais, si tu le souhaites, tu peux garder cette chanson pour toi. Comme ça, tu auras un texte de moi, si ça peut t’aider… ». J’ai eu deux très beaux cadeaux sur mon album. Le premier, c’est la venue de Didier Lockwood, grand violoniste de jazz qui ne joue jamais sur de la variété. Et, le deuxième, c’est lorsque Michel est venu faire les chœurs, en studio, sur ma version des « Torrents ». Plus tard, quand Line Renaud a souhaité chanter à nouveau, Michel a pensé que lui proposer cette chanson serait une bonne idée. Comme mon album n’était pas sorti, c’était jouable. Je lui ai donc envoyé la chanson et nous avons commencé à travailler ensemble, chez elle, en guitare-voix. J’avais une deuxième mélodie, qu’elle a adorée, et dont Michel Mallory (NDLR : auteur/compositeur ayant notamment collaboré avec Johnny Hallyday) a finalement signé le texte. J’étais très heureux de travailler avec Line, qui a vraiment fait un très bel album (NDLR : « Rue Washington ») ! Le seul regret que j’ai, c’est celui d’avoir eu les portes du studio fermées pendant l’enregistrement. Mais bon, il y avait des caméras, c’était sans doute mieux qu’il n’y ait pas trop de gens inconnus (sourires) !

Pour conclure, quels sont vos rapports avec Michel Delpech aujourd’hui ?

Ils sont très bons. J’ai passé un an et demi avec lui durant la tournée « Age Tendre ». Je l’ai accompagné durant cette période. Ça a été un double bonheur, puisque cela m’a permis de rencontrer celle qui partage ma vie. La vie est belle !

Pouvez-vous me dire un mot sur sa santé ?

Il va mieux, il se soigne. Sur la tournée « Age tendre », il sentait une gêne mais il ne savait pas d’où ça venait. C’était compliqué pour lui. Il a eu un courage extraordinaire en continuant à monter sur scène alors qu’il était vraiment mal. Je n’aurais pas été capable de faire la moitié de ce qu’il a fait dans ces moments-là.

Au Palais des Congrès, en janvier, je l’avais trouvé en grande délicatesse vocalement, mais, inversement, virevoltant et très à l’aise scéniquement…

Il compensait, c’est le métier ça. Quand quelque chose ne va pas vocalement, on compense avec plus de gestuelle, plus de sourires et de sympathie…

Terminons cette interview en évoquant votre album, conçu il y a quelques années…

Cet album a été une belle aventure de plusieurs mois. J’ai monté ma boite de prod. pour le faire dans les règles de l’art. Il a été enregistré dans des conditions idéales, au studio Pigalle, avec une excellente équipe : Gérard Bikialo (piano, orgue Hammond), David Maurin (batterie), Emmanuel Vergeade (guitares), Pascal Danaé (guitares), Gilles Michel (basse), Thierry Roques (accordéon), et puis des copains qui passaient, et qui, avec toute leur générosité, laissaient une trace. Je pense notamment à Nicolas Perrot, Didier Lockwood, Michel Delpech et Manu Lanvin, qui habitait à côté du studio et qui passait à l’improviste, tantôt avec une guitare, tantôt avec un banjo, tantôt avec une bouteille de vin… Pour le son, j’avais Christophe Marais, autant dire que j’étais bien entouré ! Le mixage a été signé de mains de maître par Steve Prestage. Malheureusement, cet album n’est pas sorti. Je cherchais une licence de distribution avec un label, chose que je n’ai pas trouvé. Avec le recul, je crois que je n’ai pas fait ce qu’il fallait. Déjà, aller seul défendre un disque dans lequel on a mis beaucoup de soi est bien difficile : on est fragilisé. Et puis, la manière n’était pas la bonne : il aurait fallu que j’enregistre deux ou trois titres avant d’aller démarcher et, si je trouvais un « suiveur », je continuais. Sinon, j’arrêtais. J’ai eu une proposition de licence au Canada mais j’ai refusé l’offre. Voilà. En tout cas je ne regrette pas d’avoir fait cet album, même si ça m’a laissé des traces.

Enfin, un mot sur votre actualité…

J’ai monté un concept de soirées privées en acoustique avec un pianiste. Je vais là où les gens ont quelque chose à fêter : un anniversaire, une inauguration d’entreprise… Le concept est de faire chanter les gens plutôt que les faire danser. La plupart des gens ont oublié le plaisir de chanter ensemble, en choeur. Il n’y a plus que dans les églises que ça arrive (rires). Le but est de leur faire choisir les chansons qu’ils ont envie d’entendre. Alors, je leur distribue un cahier contenant plus de trois cent titres de variétés françaises et étrangères, et, ce sont eux qui font le programme. Ensuite, j’essaye de faire chanter des refrains connus, voire des chansons entières, avec ou sans texte. En général, ça marche bien. Je prends beaucoup de plaisir à regarder et écouter le public chanter. Je dis regarder, car leurs visages s’illuminent : ils s’appliquent tout en gardant le sourire. En fait, je pense que c’est un vrai partage. Et puis, les endroits où l’on se retrouve à chanter sont parfois étonnants. Ce n’est pas toujours une salle de spectacles, c’est aussi chez les gens. J’ai souvent fait des anniversaires, pour trente ou cinquante personnes, dans un salon au coin du feu ou dans un jardin. Dans leur intimité, quoi. Voilà, ce n’est que du bonheur… à découvrir ! (rires).

Ceux qui naviguent régulièrement sur ce site le savent, la fin des interviews est toujours un peu abrupte. Pour une fois, j’ai tenu à ajouter un mot pour remercier Laurent Foulon. Merci d’avoir redonné l’envie à ce grand artiste qu’est Michel Delpech, merci de lui avoir permis de faire son meilleur album, merci d’avoir amorcé son retour vers les sommets. Merci d’avoir accepté de revenir sur ces moments avec bienveillance et sans amertume. Bravo et merci pour votre disque solo qui est, lui aussi, une merveille.

 

A ECOUTER (d'urgence) :

- AUX QUATRE COINS DU MONDE - LAURENT FOULON

- LES TORRENTS D'AMOUR - LAURENT FOULON

- FUIR AU SOLEIL - MICHEL DELPECH
LAURENT FOULON

11 commentaires sur “LAURENT FOULON

  • 28 octobre 2013 à 2013-10-28T15:57:11+00:000000001131201310
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    J’ai pris beaucoup de plaisir à lire tout ce qui précède, ayant fait la connaissance de Michel et Geneviève dans des conditions très particulières en 1982 ou 83. Depuis cette date, nous sommes toujours restés dans une relation très amicale. Je confirme la grande générosité humaine de Michel douée d’une grande sensibilité et d’un intérêt hors du commun et d’une grande gentillesse pour les autres. C’est un homme extraordinaire avec une voix unique capable de tout interpréter. Malheureusement, comme le dit si bien Laurent, que je connais aussi grâce à Michel, ce métier d’artiste chanteur est un monde qui va très, trop vite et on a trop souvent remplacé le talent longue durée par le « produit fabriqué » à consommer de suite et qui souvent tombe rapidement dans l’oubli. C’est la société de la consommation et du zapping.. Aujourd’hui, Michel traverse une nouvelle épreuve avec courage et détermination, TOUT un public l’attend, il le sait. Merci à Laurent pour s’être livré avec authenticité et sans amertume. Il a grandit ..! Amitiés à tous.

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  • 26 décembre 2013 à 2013-12-26T09:53:34+00:000000003431201312
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    Super interview que j’ai lu avec beaucoup de plaisir

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  • 5 janvier 2014 à 2014-01-05T11:48:22+00:000000002231201401
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    Vraiment, un entretien très intéressant. J’ai apprécié le côté envers du décor, le côté artisanal de l’élaboration d’un album, Comme vous de Michel Delpech et la générosité, l’humanité qui ressort de la collaboration artistique qu’il a entretenu avec Laurent Foulon. Laurent Foulon, Michel Delpech et aussi Régis Talar ont fait un bel album, à l’ancienne, avec des compétences, des talents qui s’additionnent. Delpech et les chanteurs de sa génération ont beaucoup travaillé en équipe et c’est ce qui a permis leur succès. L’époque actuelle, en comparaison, souffre cruellement en chanson, de la pauvreté des textes. Les chanteurs actuels veulent tout faire, paroles, musiques, réalisation de l’album sauf qu’ils n’ont souvent pas tous ces talents. Il ressort, de cet entretien, outre le talent pas assez reconnu de Laurent Foulon, qu’un artiste, dans ce métier ne peut exister et ne peut durer, qu’en conjuguant les talents, les vécus, les expériences. Et que les mots, en français, sont la part essentielle d’une chanson…

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  • 3 septembre 2015 à 2015-09-03T10:35:59+00:000000005930201509
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    BRAVO monsieur ! Si seulement la terre pouvait porter plus de « belles personnes » comme vous, notre monde y gagnerait beaucoup !
    J’ai 75 ans, la chance de ne pas être en maison de retraite, mais faisant partie d’une petite chorale de village, je vais y chanter et la joie que l’on donne à cette occasion est le plus joli des retours.
    Encore toute mon admiration. Je vous embrasse.
    Maud

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  • 12 janvier 2016 à 2016-01-12T23:38:54+00:000000005431201601
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    Wow, si j’ose dire, je suis arrivé ici par hasard en essayant de percer le mystère de « Petite France » et de « Nicholson and Co » apparues une première fois en 1987 (il y a bien eu un single apparemment car on peut l’entendre sur le web) et…quelle interview extraordinaire, merci pour ce partage et d’avoir « creusé » de la sorte pour le permettre.

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