PIERRE MÉNÈS (1)


 

 

 

Aurais-je contacté Pierre Ménès pour une interview sur ce site ? Je ne crois pas. Sur M6, je l’ai d’abord écouté attentivement. Et puis, au fil des années, j’ai fini par ne plus l’entendre. Je le trouvais trop caricatural, enfermé dans son rôle de sniper facétieux. Pourtant, quand Vincent Rousselet-Blanc m’a demandé de réaliser une longue interview de Ménès pour L’EQUIPE.FR, je n’ai pas hésité une seconde. Le premier contact téléphonique m’étonne. Arrangeant et prévenant : « Tu veux pas faire l’interview par téléphone ? Pas de souci, viens chez moi la semaine prochaine. T’as un GPS ? T’as pas peur des chiens ? ». Sympa, quoi. Dépassés les préjugés, rencontre avec un homme intègre et lucide, au parcours hors du commun… que je réécoute avec intérêt aujourd’hui.


Pierre, merci de me recevoir pour évoquer votre parcours. Beaucoup l’ignorent, mais la passion du foot est venue assez tard pour vous…

C’est vrai. C’est venu à l’adolescence, avec l’épopée des Verts en 75/76. Avant, ça ne m’intéressait pas du tout.

Ça a été un déclic pour beaucoup de jeunes de votre génération.

Ça a été d’autant plus un déclic que, si tu veux, avant, il n’y avait rien. Le foot français était au fond du trou à ce moment là, c’est vraiment Saint-Etienne qui a permis de remonter la pente. Après, pour moi, il y a eu le PSG. J’ai assisté à mon premier match au Parc des Princes en novembre 1977, c’était face à Bastia.

Vous y avez été abonné ensuite. Avant ça, entre les années Saint-Etienne et le PSG, comment consommiez-vous le foot ?

Tu consommais pas, ou très peu. Tu regardais les quelques matchs qui passaient à la télé.

Un peu de radio, aussi ?

Oui, oui. Vendroux et Gilardi sur France Inter.

Ça va souvent de pair : avez-vous également pratiqué le foot à cette période ?

Non, bizarrement, j’y ai joué bien plus tard. A l’âge de quinze ans, j’ai eu un accident. Je suis passé à travers une 4L en mobylette en allant voir ma grand-mère à l’hôpital la veille de la rentrée des classes. J’ai eu le fémur gauche sectionné. J’ai aussi eu une quadruple fracture du poignet. A l’époque, je pratiquais l’escrime, ma première passion. Du coup, j’ai arrêté. Je me suis ensuite mis au tennis et au foot, plus tard, mais pas en club. J’ai joué en corpo avec L’Equipe, voilà.

On va parler du PSG, vous y avez été abonné de 77 à 83. Vous étiez donc un supporter du club. Ce qui m’intéresse, c’est de savoir comment on perd, fatalement, cette passion quand on exerce votre métier…

La passion du PSG ? Si tu veux, entre le PSG que je suivais, celui de Dahleb, de Bianchi, puis de Sušić, et celui d’aujourd’hui, ce n’est plus le même club. Déjà, quand Canal+ en était le propriétaire, ça n’avait plus rien à voir. Il faut aussi dire que j’ai suivi le PSG en tant que journaliste, et ça, c’est la pire tannée qui soit. On n’est jamais tranquille, il y a toujours une merde, faut aller au Camp des Loges où t’es mal accueilli. Pour se dégoûter du PSG, le meilleur moyen c’est de les suivre comme journaliste. Depuis que je le suis, l’attachement au club a disparu, mise à part l’année où ils étaient tout proches de descendre. Là, vraiment, ça me posait problème. Aujourd’hui, je vois un très grand club…

Mais ce n’est pas votre club.

Voilà, c’est pas mon club. Et puis, en même temps, si, ça reste mon club. Mais ça a tellement changé, et, moi aussi, j’ai pas mal changé…

Hervé Mathoux me disait qu’il avait un regard totalement dépassionné sur le foot en général. Sauf sur Clermont, son club de cœur, où devant la rencontre, il continue à regarder la montre, éventuellement insulter l’arbitre…

Non, moi quand je regarde le PSG, j’aurais plutôt tendance à insulter les joueurs, parce qu’ils m’énervent. La passion, je l’ai encore. Ces dernières années, j’ai pu avoir la passion du Barça. Il y a plusieurs raisons à ça. Le fait que Thierry Henry y soit, que je n’ai pas à en parler au quotidien, tu vois. Et puis, contrairement aux gens qui sont eux-mêmes supporters et qui me reprochent de ne pas être objectif, j’ai tellement le souci, voire la hantise de ne pas l’être, que, forcément, ça freine.

Vous voulez dire que, même si vous semblez vous exprimer avec toujours énormément de naturel et de spontanéité, il existe une vraie réflexion concernant la perception de vos prises de positions par les supporters, qu’ils soient d’un camp ou d’un autres ?

Non, non, on n’y réfléchit pas. Mais on essaie vraiment d’être le plus objectif possible. Il y a certains joueurs que j’apprécie énormément sur le plan humain et qui peuvent être bidons. Et, à l’inverse, d’autres que j’ai beaucoup de mal à supporter et qui font d’excellents matchs.

On va revenir à vous. Votre premier job, c’est G.O au Club Med. Durant ces années, aviez-vous toujours à l’esprit l’idée de basculer vers le journalisme ?

Absolument pas. L’histoire du Club Med, c’est d’abord des vacances avec mes parents où j’avais gagné le tournoi de tennis. Comme je faisais bien le con, ils m’ont proposé de me garder une semaine au pair. Et c’est comme ça que j’y ai fait trois saisons. C’était une belle époque, une époque insouciante. Etre G.O et donner des cours de tennis entre dix-huit et vingt ans dans les années quatre-vingt, c’était pas loin d’être l’arme absolue, quoi. J’avais l’arme de destruction massive  (rires) ! C’était sympa et j’aurais certainement pu y faire carrière car je m’y sentais vraiment bien, mais c’était une autre époque. T’avais pas de téléphone portable, t’avais du mal à savoir quel jour t’étais, alors, avoir les résultats des matchs de foot, c’était un trésor inestimable. En fait, là-bas, c’était trop décalé avec la vraie vie.

Comment basculez-vous vers France Football, que vous intégrez en 83 ?

Un ami d’une amie de ma mère qui était DRH à L’Equipe m’a fait visiter le journal, rue Montmartre. Il avait dû me trouver sympa et rigolo, car il m’a rappelé, quelques jours plus tard, pour me proposer un tout petit boulot, le dimanche de onze heures à treize heures. Pas à pas, pendant huit longues années, j’ai gravi les échelons jusqu’à être embauché. Ça n’a pas été facile du tout. Beaucoup de gens m’ont mis des bâtons dans les roues.

Pourquoi ?

Parce que, malgré le fait que je sois jeune et débutant, j’avais déjà la personnalité que j’ai aujourd’hui. Je ne baisse pas les yeux. C’est-à-dire que, quand j’ai tort, je le reconnais très facilement. Par contre, je ne supporte pas l’injustice, qu’elle soit dirigée envers moi ou envers n’importe qui. Voilà. Il y a un mec qui avait juré ma perte, il a essayé d’avoir ma peau pendant des années, et il n’y est jamais arrivé. Depuis les années où il m’arrive beaucoup de bonnes choses sur le plan professionnel, je pense très souvent à lui.

De qui s’agit-il ?

Denis Chaumier. Il a pris la porte à France Football il n’y a pas si longtemps. Ça a été vécu comme un soulagement par beaucoup de monde, d’ailleurs. Voilà. Je pense que tout se paye dans la vie…

Vous êtes resté pigiste durant huit ans. Vous dites avoir avalé « pas mal de couleuvres » pendant ces années. Dans quel état d’esprit étiez-vous ? Celui de prouver vos capacités, à chaque papier, dans l’espoir d’être embauché ?

Non, je savais que tant que ce mec-là était en place, il ne se passerait rien. C’est le retour de Jérôme Bureau qui a changé ma carrière. Il a fait ma carrière deux fois. En m’embauchant à L’Equipe, d’abord. Puis en me proposant 100% Foot, onze ans plus tard.

Comment avez-vous pu tenir durant ces huit ans ?

C’est mon côté tête de con (sourires) !

Il faut avoir un sacré caractère pour évoluer dans ces conditions…

Oui, mais j’ai un sacré caractère. J’étais dans la logique de : « Tu m’auras pas ! ». C’était plus ou moins inconscient à l’époque, mais, aujourd’hui, je m’en aperçois davantage. Je savais qu’à l’arrivée, ce serait moi qui gagnerais.

Vous en étiez convaincu ?

Oui. J’étais convaincu que j’avais ma place dans cette rédaction. Je ne parle pas de la qualité d’écriture. Je n’ai jamais eu de grandes prétentions à ce niveau là. Mais, je savais que mon relationnel avec les joueurs m’aiderait.

C’est essentiellement là que vous vous distinguez. Si on devait définir le journaliste de presse écrite que vous étiez, on ne vous classerait pas dans les stylistes comme l’est, par exemple, Vincent Duluc. Plutôt comme quelqu’un qui brillait dans l’analyse immédiate et dans les interviews…

Je n’ai jamais eu le goût des grandes envolées lyriques. Ces papiers, ça me fait chier de les lire, et ça me faisait chier de les écrire.

Même pas agréable à lire ?

Tu parles des papiers de Vincent ?

Par exemple.

Vincent, j’ai tellement bossé avec lui, je l’ai tellement lu. Il ne me surprend plus, c’est normal. C’est difficile de surprendre dans l’écrit. J’avais une qualité énorme : je bossais extrêmement vite. A L’Equipe, on avait parfois qu’une seule accréditation. Pour Manchester/Real Madrid, par exemple, j’ai fait le boulot de trois parce que j’étais tout seul.

D’autant plus difficile qu’il y a eu beaucoup de rebondissements dans ce match. Techniquement, comment est-ce possible de faire à la fois le résumé de la rencontre, le jeu et les joueurs (NDLR : ancienne rubrique du journal, aujourd’hui rebaptisée), et les interviews ?

Encore une fois, je travaille vite. Je pense que je connais extrêmement bien le foot aussi, ça aide. Sur dix matchs, il y en a un ou deux dans lesquels rien ne se passe comme prévu. La majorité se déroule quand même avec une certaine forme de logique.

On parlait de vos rapports, votre relationnel avec les joueurs. On imagine que c’est dans cet exercice que vous avez pris le plus de plaisir.

Par forcément. Disons que c’était là où je faisais la différence. Je n’avais qu’à appuyer sur le bouton. C’était un avantage inestimable par rapport à tous les autres. Tous les mecs qui étaient en Equipe de France durant les grandes années, je les ai connus quand ils étaient en D2 ou en espoirs. Les liens étaient forcément différents.

Quels ont été les interviews mémorables que vous avez réalisées ? Que ce soit par leur contenu ou leur déroulement.

Quand David Ginola signe à Newcastle. Je mes suis fait passer pour Dominique Rocheteau en téléphonant à Orly, pour savoir si les billets d’avion avaient bien été réservés pour l’Angleterre. On m’avait répondu : « Oui, oui, Monsieur Rocheteau, c’est fait ! ». Je suis donc parti à Newcastle, et, toute la journée, j’ai loupé David Ginola d’une heure. Quand j’arrivais au stade, il était à la visite médicale. J’allais à la visite médicale, il était parti au restaurant. J’allais au restaurant, il était à la séance photos. Tu vois le truc. A un moment donné, je me suis dit que, de toute façon, il allait sans doute rentrer à Paris le soir même. J’ai tout arrêté et je l’ai attendu à l’aéroport. Il m’a vu, il était très étonné. On a repris l’avion, j’ai été m’asseoir à côté de lui. Il ne voulait pas parler, et, finalement, il m’a quand même dit pas mal de choses. Comme je n’ai pas voulu le bloquer, je n’ai pas pris de notes. En arrivant, j’ai donc dicté mon papier comme ça. Voilà, ça c’est un souvenir. Il y a aussi l’interview de Franck Sauzée quand il arrête la sélection après France/Bulgarie. Il était 5h30 du matin, à la Maison d’Alsace…

Parlons de votre parcours à L’Equipe. Ça commence avec Strasbourg, en D2…

Mulhouse, d’abord. J’ai eu une grosse partie alsacienne (sourires) !

Il y a une progression constante jusqu’à l’équipe de France, en août 98…

C’était le 15 août, il y a quinze ans jour pour jour !

Vous l’attendiez, cette « promotion » ?

J’avais déjà fait un petit peu l’équipe de France mais j’avais été écarté de la Coupe du Monde 98 car je n’étais pas assez anti-Jacquet. On avait fait une grande réunion avant la compétition et j’avais dit : « On a le meilleur gardien du monde, la meilleure défense du monde et le meilleur joueur du monde. Sans compter qu’on joue à la maison. Il y a quand même une possibilité que ça se passe bien ! ». On m’a répondu : « Ferme ta gueule, t’y comprends rien ! ». Enfin, bon, dès le match d’ouverture, le journal m’avait quand même envoyé à Clairefontaine faire le pompier. Ça a été le cas trois ou quatre fois pendant la compétition.

C’était sans doute une erreur. Vous auriez permis de contrebalancer les avis définitifs qui étaient alors émis sur Jacquet et son équipe…

Oui, c’était une grosse erreur… Qui a été récupérée dès la fin du Mondial. Entre le 15 août 98 et mon départ, en 2005, j’ai dû louper trois matchs de l’Equipe de France.

Quand vous arrivez en 98, ressentez-vous un contexte difficile autour du journal, dans ses rapports avec les Bleus ?

Non.

Il n’y a aucune défiance envers L’Equipe ?

En tout cas, vis-à-vis de moi, non. Déjà, Aimé Jacquet n’était plus là. Ça détendait un peu l’atmosphère. Et puis, de 98 à 2002, ils ont mis des branlées à tout le monde. Et il n’y a rien de plus facile que de faire le métier quand l’équipe que tu suis gagne tous ses matchs 4 à 0.

J’avais cru comprendre que, paradoxalement, alors que cette période était la meilleure de l’histoire du foot français, c’était aussi la plus difficile pour le journal.

Non, franchement. Il y a pu avoir, c’est vrai, quelques scènes de chasse les jours qui ont suivi le titre. Après, voilà, c’est quand même pas bien important tout ça. Et puis, comme je le dis souvent, il y avait une défiance générale envers Aimé Jacquet et l’équipe de France. Sauf que les autres médias ont changé leur fusil d’épaule, et se sont mis à dire « allez les Bleus » dès le premier match, tandis que L’Equipe a continué dans sa logique. C’est toute la différence.

L’erreur, est-ce de ne pas avoir su faire machine arrière et de s’être entêté dans une prise de position ?

Je pense qu’il aurait fallu bâtir l’équipe de journalistes qui suivait les Bleus de manière différente. Ma présence aurait permis d’édulcorer les choses.

A titre personnel, est-ce un regret de ne pas avoir été au cœur de l’action durant le Mondial ? Et de ne pas avoir été au stade le soir de la finale ?

J’en ai quand même vu trois sur les sept, de matchs. Alors, je ne me plains pas.

Pas la finale.

Non, pour la finale j’étais à Hendaye avec Marseille.

En raison de cette « jurisprudence » Jacquet, avez-vous dû édulcorer certains de vos papiers entre 98 et 2005 ?

Jamais. La première saison de Domenech avec l’équipe de France, j’étais déjà très dur avec lui. D’une manière générale, personne ne m’a jamais demandé d’édulcorer quoi que ce soit, surtout depuis que je fais de la télé.

Dans son livre (NDLR : La face cachée de L’Equipe), David Garcia raconte que votre patron de l’époque vous voit tenir des propos très durs au sujet de Domenech, sur la chaîne du groupe (NDLR : L’Equipe TV). Il vous envoie alors un SMS où il est écrit : « J’aurais aimé lire ça ce matin dans le journal ». Ce à quoi vous auriez répondu : « Le journal c’est le journal, moi c’est moi ».

(Perplexe) Ça ne me dit rigoureusement rien. Attention, je ne dis pas que ça n’a pas existé. Je ne m’en souviens pas. C’était très rigolo quand j’ai commencé à faire de la télé sur L’Equipe TV. Moi, être journaliste à L’Equipe et bosser sur la chaîne du groupe, ça me paraissait emprunt d’une logique implacable. Pourtant, j’étais l’antéchrist à cette époque. Combien de fois j’ai entendu : « La télé, y’a plus que ça qui t’intéresse ». Ceux-là, ils y sont tous passés en rang d’oignons ensuite.

Vous ne vous êtes jamais laissé griser par la médiatisation ?

Certainement pas du temps de L’Equipe TV. La médiatisation là-bas, ça va ! Par rapport à ce que je vis aujourd’hui…

Vous venez de l’évoquer, il y avait déjà des griefs qui vous étaient adressés. Parmi ceux-là, il y a la proximité avec les joueurs. Vous-même, vous avez reconnu que ça pouvait être un défaut…

Ah non, je n’ai jamais dit ça ! Je pense même le contraire. C’est considéré comme tel, c’est vrai. C’est parce que j’étais ami avec Barthez, qu’il me prend au téléphone après avoir craché sur l’arbitre au Maroc. C’est pour ça que « Duga » m’appelle après avoir été pris positif à la nandrolone. C’est pour ça que Thierry Henry m’appelle quand ça ne va pas. C’est pour ça que Vieira m’annonce qu’il quitte Arsenal pour la Juve. Ils croient quoi les mecs ? Que les joueurs, quand il leur arrive un truc, il appelle un journaliste de L’Equipe au hasard ? Non, ils appellent celui en qui ils ont confiance, qui retranscrira leur pensée comme il faut. Voilà.

Vous êtes en train de dire que c’est un peu « faux-cul » comme critique…

Evidemment que c’est faux-cul ! Quand j’ai eu la compo de l’Equipe de France durant tout l’Euro 2000, c’est parce que les mecs me parlaient en interne. C’est les mecs qui ne parlent avec personne qui se font passer pour les Eliott Ness de la profession ; ça m’a toujours fait rire, ça. Pareil quand j’entendais : « Ah ! Thierry Henry, c’est ton pote ! ». Quand Thierry Henry a été nul contre l’Espagne au Stade de France, je lui avais mis la note la plus basse de la presse française. Je lui avais mis 2 ; je ne pouvais pas faire beaucoup moins. Même Benzema, je lui ai pas mis cette note-là hier soir (NDLR : France/Belgique en amical). C’est un argument de faible. Tu sais, ça revient en ce moment au sujet de l’affaire Gomis, que je défend vis-à-vis de la position de l’Olympique Lyonnais. On me dit : « Tu dis ça parce que c’est ton pote ! ». Non, je dis ça parce que Jean-Michel Aulas ne se comporte pas bien avec son joueur, et qu’il va presque à l’encontre des intérêts de son club. Moi, à la place d’Aulas, j’aurais refourgué Gomis à Newcastle, même pour 6,5 millions.

Pouvez-vous comprendre que certains doutent ?

Douter de quoi ?

De votre impartialité, peut-être. Les internautes vous voient en cure à Merano avec Gomis. Si demain, vous alliez à Merano avec Aulas, il vous tiendrait un tout autre discours, et peut-être que votre point de vue serait différent. C’est ça qui est dangereux.

Attends, d’abord j’ai pas été à Merano avec Gomis. On s’est retrouvé par hasard. Il y avait Titus Bramble, Julien Faubert, Charles Villeneuve, Marc Lavoine. Voilà.

Ce type de rencontre crée des liens, forcément.

Des liens, j’en avais déjà avec « Bafé ». Je l’aime beaucoup. Je ne le prends pas pour un avant-centre de classe internationale, mais je pense que c’est un mec qui fait le travail, qui se bagarre, qui donne toujours tout pour son équipe. Il a un bon comportement, je trouve. Ce qui n’est pas le cas d’Aulas vis-à-vis de son joueur. Ça n’enlève rien au fait qu’Aulas se débrouille super bien sur d’autres dossiers. Dans son projet de grand stade, j’ai toujours pris sa défense. Et si les mecs en sont encore, au bout de trente ans de carrière, à mettre ma bonne foi en doute… Ils pensent quoi ? Que Gomis il va me filer un bifton à l’arrivée ? Tu vois, c’est ça qui est sous-jacent. On se dit : « Il est pote avec les joueurs donc il doit être un peu en business avec eux ». Un jour, un mec me fait une interview et me dit : « Il paraît que vous êtes l’agent de Vieira, de Pirès et d’Henry ? ». Je le regarde et je lui fais : « Henry vient de partir au Barça, Vieira à la Juve et Pirès, lui, vient de prolonger à Arsenal. En commission d’agent, je ne dois pas être loin des deux millions d’euros. Si j’avais été agent de ces trois mecs là, je ne serais plus journaliste. Vous croyez quoi, que je suis journaliste pour votre bonne pomme ? ». Tout ça, c’est débile.

N’est-ce jamais difficile pour vous d’être, en quelque sorte, juge et partie ?

Tu dois être pote avec personne, c’est pour ça que tu ne comprends pas, peut-être. Maintenant, on me fait même des procès d’intention avant que je n’ai commencé à l’ouvrir. Regarde avec Laurent Blanc. On me dit : « De toute façon, maintenant, tu tailleras plus le PSG, c’est ton pote qui est aux commandes ». Mais les matchs du PSG, je ne les vois pas en retransmission privée. Quand le PSG va passer en prime sur Canal, il y aura plus de deux millions de gens qui vont le regarder avec moi. Ils croient que je vais pouvoir leur vendre une salade débile juste après, pour la simple raison que j’ai envie de défendre Laurent Blanc ? Ça n’a pas de sens. Ça, ça m’énerve par moment, et puis bon… (il soupire).

Ce genre de réflexion, lues sur Twitter, aurait tendance à rendre Hervé Mathoux misanthrope. Pas vous, visiblement.

Hervé, il ne connaît pas les vertus de la touche « bloquer ». Moi, j’accepte la critique, pas l’insulte.

D’ailleurs, la critique, vous y répondez plutôt calmement sur Twitter…

Bien sûr. La critique, quand on a mon style, le minimum est quand même de l’admettre. Le problème, avec les supporters, c’est que si je félicite un jour de l’OL, on va dire que je suis formidable. Par contre, si je dis qu’on ne va pas regretter Lisandro, vu ce qu’il a montré depuis un an, on m’assassine derrière. Quand les supporters me disent que je ne suis pas objectif, franchement…  Pour revenir sur le cas Gomis, il a signé un contrat de cinq ans. Au bout de la quatrième année, on lui dit qu’il faut qu’il parte pour des raisons financières. Il accepte. Il a des offres : Swansea, Cardiff et le Rubin Kazan. Il dit que sa priorité est l’équipe de France, qu’il ne veut pas aller s’enterrer dans ces clubs-là. C’est quand même son droit. On ne peut pas, d’un côté, se plaindre des joueurs qui vont à la rallonge ou qui vont au clash pour partir après une bonne saison. Et, de l’autre, être d’accord quand un club veut refourguer un mec un an avant, pour faire de la thune. Si tu veux le vendre, tu le fais jouer les matchs amicaux. Peut-être qu’il aurait claqué quelques buts et qu’il serait déjà parti. Aujourd’hui, si je suis un club intéressé par Gomis, je me réveille à la toute fin du mercato, pour essayer de l’avoir à la casse. Idem avec Gourcuff. C’est bête et c’est pas correct vis-à-vis d’un joueur qui a toujours tout donné pour son club. L’année dernière, tout le monde semble l’avoir oublié, il a mis onze buts lors de la phase aller. Ensuite, on le remet plus ou moins en concurrence avec Lisandro, qui mettait plus un pied devant l’autre. Moralité, Lisandro n’a pas marqué de buts et Gomis en a inscrit trois fois moins. C’est bête aussi.

C’est une mauvaise gestion sportive de la part de Rémi Garde…

Oui, enfin je ne suis pas sûr que ce soit le fait de Rémi Garde, je pense surtout qu’on lui suggère très fortement.

Dans sa communication, Aulas a mis l’accent sur le fait que c’était un choix du coach.

On est obligé de le croire ?

Je pensais que c’était une légende, le Président qui fait l’équipe…

Il y en a moins qu’à une certaine époque, mais ça existe. Moi, si j’étais Président, je pense que, parfois, je ferais l’équipe.

Au sujet de vos rapports avec les joueurs. Votre proximité ne vous a-t-elle jamais mis en porte-à-faux vis-à-vis d’eux ou de votre employeur ? Concernant des infos que vous ne pouviez pas sortir, par exemple…

Non. Parfois, j’ai attendu le bon moment. Quand Henry a signé à Barcelone, je le savais un mois avant. Quand quelqu’un a ta confiance, il faut l’honorer. C’est donnant-donnant. Pour en revenir à Dugarry, quand il est positif à la nandrolone, il n’appelle que moi. Je sens qu’il n’est pas bien. Il me rappelle une deuxième fois, quelques heures plus tard, après s’être documenté. Il ne comprenait pas. C’est intéressant, aussi. Tu sais, des dirigeants de clubs ou des joueurs qui m’appellent pour me demander conseils, il y en a un paquet.

Votre relationnel avec les joueurs alimentent les rumeurs. Bruno Godard (NDLR : ex-rédacteur en chef de Grand Stade et de Rolling Stone) raconte, notamment, que vous étiez habillé des pieds à la tête par Henry.

Ce qui est drôle, c’est qu’il a dit que j’étais habillé par Nike pour mettre des bonnes notes à Henry sur ses matchs à Arsenal. Il a quand même dit deux conneries dans la même phrase. Au moment où il a dit ça, Henry était passé chez Reebok, et, il n’y a pas de notes en championnat d’Angleterre. (il soupire) C’est qui Bruno Godard ? Il fait quoi ? Il est où ?

On peut parler, aussi, de celle qui insinue que vous serviriez d’intermédiaire entre les joueurs et les clubs sur certains transferts…

Dans toute ma carrière, je ne suis intervenu qu’une seule fois dans un transfert. J’ai recommandé Olivier Dall’Oglio, qui était alors au chômage, au Stade Rennais. Je vais te dire, cette rumeur, elle revient sur tous les mecs qui font les transferts à L’Equipe. Le mec qui est responsable de la rubrique transferts, qui est donc en contact avec les agents, est toujours, à un moment, la cible de cette rumeur disant qu’il a croqué sur une transaction. Tu peux rien faire face à ça. Mais, franchement, quand tu suis Arsenal et des mecs de la trempe d’Henry… (il soupire) Tu crois vraiment que Thierry Henry a besoin de Pierre Ménès pour signer d’Arsenal au Barça ? Agent, c’est un métier que j’aurais pu faire dix fois. Je n’ai jamais voulu, il ne m’intéresse pas ce boulot.

Pourquoi ?

Parce que les joueurs ne tiennent pas leur parole, déjà. Je suis trop entier pour supporter ça.

La controverse ne semble pas vous atteindre…

Non. Le seul truc qui m’ait fait chier, c’est quand le site internet du 10 Sport a dit que j’allais être entendu dans l’affaire Zahia. Là, ça m’a moins amusé. Trois ans après, j’attends toujours d’être entendu (ironique). C’est là seule fois où j’ai fait un procès et, bien sûr, ils ont été condamnés en diffamation.

Parlons de votre aventure au Stade de Reims, qui correspond à votre départ confus de L’Equipe

Oui, on peut dire bordélique, même.

On vous incite à partir. De vous même, l’auriez-vous fait ?

Je ne sais pas. Ça a été tellement vite. C’est un non-sens, cette histoire. C’est une succession de coïncidences malheureuses qui me mettent en porte-à-faux. Et, surtout, qui mettent en porte-à-faux Christophe Chenut, qui était à l’époque directeur général de L’Equipe et ancien Président du Stade de Reims. Au journal, les mecs ont cru que c’était Christophe Chenut qui m’avait envoyé sauver le club. A partir de là, comme je l’avais dit à Christophe, c’était fini, on aurait pu se mettre en toque alsacienne et chanter notre bonne foi, personne ne nous aurait cru.

C’était dans vos projets de rejoindre le club…

Ah non, ce n’était pas dans mes projets. Ça c’est fait en cinq semaines. J’ai quitté L’Equipe le 1er juin 2005. On m’aurait dit le 10 avril : « Tu vas à Reims dans moins d’un mois », j’aurais répondu : « Ça va pas, je connais personne, qu’est-ce que je vais aller faire là-bas ? ». Ma vie a basculé en quelques jours.

Vous aviez suivi la fin de saison de Reims. A ce moment-là, il n’y avait aucune discussion sur un éventuel futur ?

Rien. C’est la pression de la société des rédacteurs de L’Equipe qui va me mettre dans une situation extrêmement désagréable et inconfortable, et qui va obliger Christophe Chenut à dire à Caillot (NDLR : le Président du club) de faire quelque chose. Je me retrouve donc propulsé à Reims en quelques jours, sans communication et sans mission clairement définie, alors que tout le monde au club était en vacances.

Aviez-vous toutes les cartes en mains pour réussir à Reims ?

Je n’avais aucune carte en mains. Comme je l’avais dit dans une interview après mon départ, en dix mois à Reims, je n’ai rien fait. Je ne pouvais rien faire.

Pourtant, vous avez voulu faire des choses. Signer des bons joueurs. Jérôme Le Moigne, par exemple…

Ah oui, mais ça, c’était déjà à la fin de la saison suivante. Mon étoile avait déjà bien pâli. Je voulais Jallet, aussi. Je me suis retrouvé dans un mauvais film de Chabrol, là-bas. Avec cette bourgeoisie trop proche de Paris, aigrie, jalouse, méfiante de tout ce qui vient de la capitale.

Avez-vous vite compris que ça tournerait mal ?

Ouais, tout de suite. Ce qui m’a aidé, ce sont les relations avec le staff et les joueurs. Malheureusement, il y avait tellement de pourritures en interne qu’ils ont même réussi à monter le coach, Thierry Froger, contre moi. Il a compris, quelques temps plus tard, qu’il s’était laissé berner. Ce sont des gens pour qui je n’ai que du mépris, pas des gens bien. Des petits. Là, tu vois, ils sont en Ligue 1, et ça ne me fait ni chaud ni froid. Pas au niveau des joueurs, bien sûr. Mais l’équipe dirigeante est restée la même, hormis Olivier Létang, qui a rejoint le PSG. Ce même Olivier Létang qui avait déclaré dans un journal qu’il ne m’avait jamais vu travailler au bureau. Normal, je n’avais pas de bureau, pas de téléphone. Je n’avais même pas une chaise !

Malgré tout, j’ai lu qu’une autre aventure en tant que dirigeant, dans d’autres conditions, vous tenterait…

Ah ça, dans d’autres conditions, c’est sûr. Aujourd’hui, ma notoriété et ce que je pèse au niveau financier font que je ne pourrais signer que dans un club de Ligue 1, et avec de grosses fonctions. Je suis pas persuadé qu’il y ait beaucoup de clubs qui aient envie de filer des hautes fonctions à un mec aussi ingérable et sulfureux que moi. Un truc comme Reims, en tout cas, plus jamais !

Partir de l’échelon inférieur, avec un vrai projet et des prérogatives plus importantes,  n’est-ce pas envisageable ?

Ça voudrait dire faire un effort salarial phénoménal et baisser ma rétribution de cinq à six fois, probablement. J’y tiens pas, non.

Evoquons 100 % Foot, que vous rejoignez en 2005…

Oui, Jérôme Bureau m’appelle onze jours après ma prise de fonction à Reims.

Avez-vous eu le sentiment de changer de métier, entre votre rôle de journaliste de presse écrite et celui de leader d’opinion dans un talk-show télévisuel ?

Non, parce qu’au début, j’avais un peu le même style que sur les émissions avec Roustan sur L’Equipe TV. La différence, c’est qu’avec Estelle (NDLR : Denis) et Dominique Grimault, on a formé une équipe de choc. Je suis sidéré que  les gens me parlent encore de 100 % Foot avec Estelle, parce que j’ai aussi fait une année avec Vincent Couëffé. Arriver à faire plus de 400 000 téléspectateurs sur un talk-show de foot pour les aficionados, après minuit et avec juste quatre-vingt-dix secondes d’images, c’est balaise ! Et puis, on a vraiment bien rigolé. J’ai tellement plus de lien, aujourd’hui, avec Dominique et Estelle qu’avec beaucoup de gens avec lesquels j’ai travaillé bien plus longtemps à L’Equipe.

En quoi s’exprimer dans L’Equipe et parler en son nom dans une émission est-il différent ?

Quand tu es à L’Equipe, tu es obligé de suivre la ligne éditoriale de ton journal. Si le journal a décidé qu’Aimé Jacquet est une truffe, tu ne peux pas, à chaque fois que tu l’ouvres, dire qu’il est formidable. Voilà, il y a une ligne éditoriale, c’est ça, la différence. Aujourd’hui, ma ligne éditoriale, c’est moi.

Aujourd’hui, vous ne pourriez plus retravailler avec une ligne éditoriale définie…

Ça n’aurait pas de sens. Maintenant, on attend de moi que je donne mon opinion. Il m’arrive encore d’avoir quelques infos, mais ce n’est pas pour ça que l’on vient me chercher.

« Pierre il aime plus le foot que son métier ». C’est Rémi Lacombe, qui exprimait ce point de vue dans un regret. Moi, j’ai trouvé ça très positif, au contraire. Etes-vous d’accord ?

Je suis totalement d’accord et, d’ailleurs, je ne suis pas sûr que c’était une critique. Un regret, peut-être. Journaliste de presse écrite, j’ai kiffé parce que j’ai vu des matchs incroyables. Mais, après, le journalisme…

C’est ça qui détonne. Le fait d’appartenir à…

(il m’interrompt) Rien à secouer ! Vraiment. J’en connais tellement qui n’ont pas besoin de Viagra parce qu’ils ont leur carte de presse sur la table de nuit. Moi, ça n’a jamais été le cas.

Comment avez-vous vécu votre explosion, avec tout ce que ça peut comporter, sur le plan médiatique ?

C’est bizarre. La première année de 100 % Foot, ça marche correctement. On fait vingt émissions pendant le mondial 2006. On termine tous – Estelle, Dominique et Thierry Roland – à Berlin. Vraiment une belle aventure. Exténuante, mais très belle. C’est là que ça explose. Pourtant, ça n’a rien à voir avec ce que je peux vivre aujourd’hui au niveau popularité…

C’est multiplié par dix ?

Et encore, par dix, on est gentil.  C’est même parfois pénible.

C’est à dire ?

Il y a huit jours, on est sorti un soir à La Baule avec mon fils. C’était une très mauvaise idée. Dès que les gens ont un petit coup dans la carafe, ils t’embrassent, ils te prennent dans leurs bras, ils te hurlent dessus, ils te pincent, ils te tirent les cheveux. C’est insupportable.

Pourtant, j’ai l’impression que vous aimez le contact avec les gens…

Mais là, c’est flippant. Au bout de trois cent photos, c’est flippant. Vraiment.

Vous êtes obligé de l’accepter…

Bah oui, oui. Maintenant, j’éviterais de sortir le samedi soir en pleine saison. Ce qui est drôle, c’est qu’il y a aussi Twitter pour me suivre à la trace. Je vais chercher des tee-shirts chez Nike – sans Thierry Henry – et là, direct : « Tiens, j’ai vu Ménès chez Nike sur les Champs-Elysées ».

C’est flippant, ça aussi ?

Faut savoir ce qu’on veut. On ne peut pas avoir la popularité, avec tout ce que ça comporte de positif, au niveau financier et dans les petits avantages de la vie, et refuser le reste. Faut prendre le lot.

Vous avez déclaré récemment : « L’Equipe, à côté de mes activités actuelles, c’était des vacances ». C’est de la provocation, non ?

Je ne foutais rien à L’Equipe. Il faut savoir que le Canal Football Club, c’est très long. J’arrive à 17h, on repart à 23h30. Je pense que c’est l’émission la plus longue du PAF entre la première et la dernière minute. En plus, c’est déséquilibré. Tu rentres, tu sors, tu rentres à nouveau. Je te jure, c’est une émission qui est fatigante.

Vous êtes rincé, à la fin ?

Ouais, je suis rincé et, en même temps, je n’ai pas sommeil. C’est une constante.

Comme un chanteur. C’est l’adrénaline, ça…

C’est vrai, il y a un côté performance. Il y a du public. Et comme je suis cabot comme pas deux ! Pour en revenir à ta question, L’Equipe, à la fin, je foutais plus rien !

Ça se ressentait dans vos papiers ?

Non parce que mes dernières saisons à L’Equipe, je faisais Arsenal et l’équipe de France. Je n’avais pas besoin d’aller à la rédaction pour passer une heure au téléphone avec Henry ou faire un papier avec Pirès. Journaliste, c’est pas fonctionnaire. Pourtant, j’avais des collègues, il fallait qu’ils passent six heures par jour sur leur chaise, au bureau. Même si tu passes la moitié de ta journée sur Meetic ou Leboncoin… Je ne supportais pas, ça. Les réunions qui ne servent à rien et tout ça, non merci. Moi, je faisais le boulot, et sur mes missions, je ne voulais pas louper une info.

On parlait à l’instant du CFC, de votre popularité qui a explosé. Ne regrettez-vous pas que l’on oublie, de fait, le grand reporter à L’Equipe que vous avez été ?

Grand reporter à L’Equipe… Ça va, j’ai pas fait la guerre du Liban ! Tu vois ce que je veux dire. Un grand reporter, pour moi, c’est un mec qui est en Israël ou en Palestine… Moi, j’étais à Highbury (sourires) ! Je n’ai aucun ego par rapport à ça.

A Canal, pourriez-vous vous épanouir seulement avec le CFC ? Ou est-ce important qu’il y ait Les Spécialistes, le lendemain, pour vous permettre d’analyser en profondeur ?

Le CFC, c’est un premier degré de lecture. Il n’y a rien qui me fasse plus plaisir qu’une une dame qui m’arrête pour me dire : « Ah, je n’aimais pas le foot mais j’adore regarder le CFC avec vous. Je comprends tout et on rigole bien ! ». Le dimanche à 19h10, on n’est pas là pour parler du rôle des ailiers dans un 4/4/2. Tout le monde s’ouvrirait les veines.

Vous assumez ce côté grand public, quitte à vous attirer les foudres des puristes…

(il m’interrompt) Mais c’est qui les puristes ? Ceux là qui me donnent des cours d’arbitrage ? Je parle de foot avec Christian Gourcuff et Reynald Denoueix, ça ce sont des puristes. Eux, ils me jugent très bien.

Il y a des téléspectateurs, aussi, qui sont dans cet état d’esprit là…

Bien sûr, c’est pour ça que l’offre de Canal est très large. Quand j’ai rencontré Cyril Linette pour la première fois, je lui ai dit : « Ce qu’il manque dans la grille, c’est Les Hyper-Spécialistes ! ». Un programme presque austère avec des déplacements, des trucs de fou pour les psychopathes du foot.

Gourcuff, vous le citez, en est un. Donc, il y a un public pour ce type de programme.

Quand tu es sur une chaîne payante comme Canal, la question n’est pas de savoir s’il y a un public, mais de faire une offre variée. Avec le grand programme dominical, festif, avec de belles images, de la polémique, voilà. Et puis, il y a Les Spécialistes, Les Spécialistes anglais, Les Spécimens, etc.

La nature des intervenants, des contradicteurs qui sont face à vous sur le plateau a-t-elle une importance ? Je pense, par exemple, à l’intégration d’Eric Carrière, qui apporte une vision nouvelle…

Bien sûr, il apporte beaucoup. Tu sais, en même temps, avec Eric, on est très souvent d’accord. Sur les joueurs, on l’est à 90 %. Après, c’est dans la formulation que la différence se constate. Je pense que c’est visible à l’œil nu, que nous n’avons pas du tout la même personnalité ni la même façon de nous exprimer. Beaucoup cherchent, mais trouver un mec qui soit, dans mon style, et opposé à moi dans les idées, ça n’existe pas. Des mecs qui ont la dent aussi dure que moi, il y en a plein. Mais qui enrobent ça avec un vrai sens de la déconne, je ne crois pas. Attention, je n’ai pas inventé ça pour la télé. Je suis comme ça, c’est ma nature. Au PSG, Hugo Leal, je l’appelais « la danseuse de bal disco » dans L’Equipe. Tu vois, c’est pas nouveau.

Vous avez évoqué Cyril Linette. Passer de l’autre côté de la caméra, comme il l’a fait il y a quelques années, est-ce envisageable pour vous ?

Certainement pas. Je n’ai aucune envie de faire ça.

Pourquoi ?

Ça ne m’intéresse pas. Je n’envie pas une seule seconde les plannings de Cyril ou de Karim Nedjari. Ils passent leur temps à faire des réunions, ils ont des contraintes budgétaires, ils gèrent les ego des uns et des autres au sein de la rédaction…

Sans parler des consultants qui font part de leurs envie. La vôtre, c’est commenter, vous l’avez dit et répété. Allez-vous être entendu cette saison ?

On n’en parle pas.

Pensez-vous qu’il apprécie ces appels du pied dans la presse ?

De toute façon, avant de les faire dans la presse, je lui ai dit de vive voix. Ça va, y’a plus grave comme appel du pied que de demander à commenter cinq matchs de Premier League par saison. Je pense qu’il survivra à ça (sourire). J’ai dit ça après avoir commenté Arsenal-Newcastle, qui s’était super bien passé. C’est vrai aussi que ça s’est bien passé parce qu’il y a eu dix buts dans le match. On me demande si j’ai envie de commenter à nouveau. Je ne vais pas dire non. Oui, j’ai envie de commenter.

Pourriez-vous « bouder » si vous n’étiez pas entendu ?

Bouder ? Je ne suis pas boudeur. Et puis, je ne vais pas bouder auprès de Cyril Linette, qui m’a quand même fait venir à Canal quasiment seul contre tous. S’il y a bien une personne auprès de qui je ne bouderais pas, c’est bien Cyril.

Seul contre tous ?

Oui, quand je suis arrivé, ce n’était pas gagné. J’arrivais comme le loup dans la bergerie, la bête du Gévaudan ! Je n’étais pas du tout estampillé Canal. Il n’y a que Cyril qui y croyait.

Un mot sur BeIN Sport. A-t-il existé une tentation ?

Non. Tout d’abord, parce qu’il était clair, avec Cyril, que si Canal obtenait à nouveau les droits de la Ligue 1 pour quatre saisons, il me proposerait un contrat de quatre ans, ce qui a été fait sur le champ. Je n’ai donc jamais été sur le marché. Et puis, c’était Charles Biétry qui faisait le recrutement sur la chaîne. Je crois qu’il aurait encore préféré prendre la femme de ménage de l’hôtel Ibis du coin plutôt que moi ! De toute façon, il est hors de question que je travaille un jour avec ce monsieur. Enfin, moi, je suis un commerçant. Je fais de la télé pour que ça marche. Le lundi matin, ce que je veux savoir, c’est l’audience du CFC. Faire une émission qui va être regardée par quatre-vingt mille personnes quand il fait beau, ça m’intéresse pas. J’aurais l’impression de retourner à L’Equipe TV. Sans compter que ce que je vois depuis l’ouverture de la chaîne ne m’incite pas à y aller. OK, ils ont les matchs, et même des très bons. Mais leurs émissions, c’est juste pas possible.

On parlera, pour finir cette interview, de cinéma. Toutes vos activités ne dérangent-elles pas votre employeur principal ? On peut y ajouter les pubs, les photos…

Les photos avec Kyriakos ? Attends, c’est un loisir, ça. Et puis Canal, ils ont pas été perdants dans l’histoire. Ils ont eu un film de vingt-sept minutes au Kenya pour zéro euro. Ça me rapporte pas un fifrelin, d’ailleurs.

On peut aussi parler d’un partenariat avec le jeu vidéo FIFA, qui s’est ajouté cette année. Pour cela, vous collaborez avec Daniel Riolo. Pourtant, ce n’était pas gagné entre vous (NDLR : Daniel Riolo et Pierre Ménès avaient échangé quelques amabilités par blogs interposés ces dernières années).

Non, et tu vois, ça s’est super bien passé. Vraiment super bien. Toute cette polémique entre nous est venue d’un malentendu. J’avais réagi à un de ses papiers. Il l’a mal pris, ou mal compris, et j’ai eu droit à une petite volée de bois vert, dans le style qu’on lui connaît. Finalement, on se retrouve à faire ça, et on s’aperçoit qu’on est sur la même longue d’onde. Je rectifie, il s’aperçoit. Car, moi, quand je l’écoute, j’ai souvent été d’accord avec lui sur beaucoup de sujets. Je pense que Daniel s’est fermé pas mal de portes avec son style trop agressif. C’est dommage car il connaît bien le jeu.

Ça rejoint ce que vous disiez tout à l’heure. Il est assez proche dans les idées, mais assez loin de vous dans la forme…

Oui, voilà. Mais, bon, il est sur une radio qui marche, il écrit des bouquins qui marchent. C’est vraiment bien. Pour en revenir à FIFA, c’est une évidence pour moi. Je suis joueur. On m’aurait demandé de faire un truc pour Call of Duty, j’aurais répondu : « Les gars, trouvez quelqu’un d’autre, ça m’intéresse pas ! ». FIFA, bien sûr que ça m’intéresse. Longtemps, j’ai été fan de l’autre jeu (NDLR : PES) et je me suis rendu à l’évidence. FIFA est passé devant depuis plusieurs années, et a même pris une avance considérable à présent. Avec Daniel, on va faire une deuxième année. Moi, je parle de foot sans vraiment parler de foot, je suis dans l’adaptation du joueur dans le jeu. Lui, il parle des joueurs tels qu’il les voit dans la vraie vie.

Avez-vous l’impression d’être devenu une marque ?

C’est un mot qu’on m’a déjà prononcé. Je pense que c’est plutôt un compliment.

Pour finir, un mot sur votre projet ciné…

C’est un film que j’ai écrit. L’écriture s’est terminée il y a six, huit mois. Il faut être très patient au cinéma. Un projet est dans les cartons, il en sort, il y rentre à nouveau pour de questions de disponibilité de chacun. L’histoire, c’est celle d’un prodige du Racing Club de Lens qui va jouer de façon imminente en première division. Et, à quelques jours du match, un gars grille un stop et le renverse. Il se retrouve avec le fémur sectionné, il ne joue pas pendant trois ans, se retrouve au chômage. Ensuite, il y aura le retour vers les sommets.

Allez-vous tourner à Bollaert ?

Effectivement, il y a deux longues scènes à Bollaert et une autre à la Gaillette. On en discutera avec les dirigeants car le club n’a pas forcément toujours le beau rôle dans le film…

Votre idée, c’est de faire un vrai film de foot.

Voilà. Je sais que les gens se disent : « Ah ! Pierre Ménès a écrit un film sur le foot. Ça va être un truc au vitriol où les joueurs sont des cons, leurs femmes des putes et les agents des voleurs ! ». Pas du tout. Ce film, c’est montrer pourquoi j’aime le foot. Les scènes de foot, je veux qu’elles soient super réussies. C’est impératif. Le problème de tous les films de foot, c’est que ces scènes sont ratées. Dans Goal, quand tu vois l’acteur balle aux pieds, t’as juste envie de rigoler. Le nôtre (NDLR : a priori, ce sera M. Pokora) sera crédible. Si tout va bien niveau financement, on devrait tourner d’ici un an.

PIERRE MÉNÈS (1)
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