JO-WILFRIED TSONGA


 

 

 

Lundi dernier, Metz. Jo-Wilfried Tsonga enchaîne les sollicitations médiatiques à quelques heures de son retour à la compétition. Une conférence de presse est organisée devant un parterre de journalistes impatients d’en savoir plus sur les sensations du joueur. Suit une interview pour Le Parisien et une autre pour France Télévisions. Pour sa dernière obligation de la journée, on lui promet d’éviter les redites. Détendu, souriant et disponible, Tsonga évoque ses moments loin du circuit, son style de jeu et ses questionnements au sujet de l’apport d’un coach. Il rappelle son attachement indéfectible à la Coupe Davis et dévoile ses ambitions. Moment privilégié avec l’un des plus grands sportifs Français.


Jo, vous effectuez ce soir votre retour à la compétition après plus de deux mois d’absence. Avant toutes choses, dans quel état d’esprit êtes-vous ?

J’ai hâte de pouvoir reprendre la compétition. Je suis heureux d’être là, même si j’ai encore pas mal d’appréhension sur mon genou. L’ambition, cette semaine, c’est de reprendre confiance en mon genou et en mon jeu de jambes. Il faut remettre des choses en place pour monter en puissance. Je sais très bien que je ne suis pas encore au top, qu’il va me falloir un peu de temps. J’en saurai un peu plus à la fin de la semaine et je devrais être fixé dans deux, trois semaines. Je vais savoir vers quoi je me dirige : est-ce que je peux aller à la lutte pour le Masters ou est-ce que cela s’annonce compliqué ?  Dans ce cas, je vais peut-être devoir faire des choix.

Comment avez-vous vécu ces quelques semaines loin du circuit ? J’ai cru comprendre que vous aviez apprécié les premiers moments…

Oui. Dans l’année, ça tourne pas mal. Alors, au départ, quand on s’enlève toute cette pression, que tout cet abattage autour de nous disparaît, ça fait du bien. On a l’impression de redevenir quelqu’un de lambda, ou, en tout cas, quelqu’un qui ne joue pas au tennis (rires) ! Ça fait plaisir, quoi !

J’imagine que cette sensation sympa laisse vite place à la frustration…

Non, cette sensation sympa, elle dure un petit moment, quand même. On est sur son nuage, on voit la famille qu’on a peu l’habitude de voir, on voit les amis. On s’autorise, aussi, un petit écart au niveau de la diète ! Ça aussi, ça fait plaisir (rires) !

Depuis quelques années, vous avez été épargné par les blessures. Plus jeune, en revanche, vous avez souvent été éloigné des courts. Le viviez-vous aussi bien à l’époque ?

Non, je le vivais beaucoup plus mal. A l’époque, je jouais quand même au tennis pour réussir ma vie. Pour m’en sortir dans la vie. Chacun de nous a besoin d’avoir un toit et de pouvoir manger. C’était ça. Evidemment, aujourd’hui, je ne suis plus là-dedans. A présent, je profite…

Vous avez d’abord joué pour vous en sortir. Mais ensuite, une fois installé sur le circuit, vous dites, avec beaucoup de franchise, avoir parfois joué pour des motifs financiers très concrets. Votre maison, par exemple.

C’est vrai.

Aujourd’hui, les éléments de motivations sont essentiellement sportifs, j’imagine…

Ils sont personnels. C’est moi…

C’est de l’orgueil…

Voilà. C’est moi et mon orgueil, moi et ce que je me suis fixé depuis toujours : être un champion de tennis. C’est moi et mes convictions. C’est mon envie d’aller au bout de ce que je fais, d’aller chercher ma limite. Aujourd’hui, je ne connais pas encore cette limite. Je n’ai pas terminé, j’ai encore de l’ambition.

Un jour, vous vous êtes défini de façon abrupte comme quelqu’un qui perdait chaque semaine. Vous voyez-vous réellement comme tel ?

C’est une caractéristique propre aux joueurs qui adorent la compétition : ils ne se satisfont jamais réellement de ce qu’ils sont. C’est mon cas. Pour être un grand joueur, il faut être humble, tout en cherchant à voir plus haut. Ce que j’ai fait jusqu’ici, c’est bien. Mais pour moi, ce n’est pas assez. Pour les autres, peut-être que c’était déjà super. Moi, ça ne me suffit pas.

L’objectif, c’est de « claquer » un Grand Chelem plus que de vous immiscer durablement parmi les trois, quatre meilleurs ?

Oui, c’est vraiment ça, claquer un Grand Chelem. C’est de pouvoir me dire : « Tiens, j’ai gagné Wimbledon ! » ou « Tiens, j’ai gagné Roland Garros ! ». Aujourd’hui, avec mon passif, avec la carrière que j’ai derrière moi, c’est difficile de prétendre à être numéro un ou numéro deux mondial. Il faudrait vraiment que je sois d’une régularité sans nom pour y parvenir. Physiquement, avec mon style de jeu, ma façon d’être, c’est difficile d’être là, au top, chaque semaine.

Au sujet de votre style de jeu, les décisions prises pour le faire évoluer allaient-elles dans la direction que vous souhaitiez ?

Complètement. Quand je suis arrivé sur le circuit, j’étais brut. J’avais des choses à faire évoluer dans mon jeu. Dans chaque secteur, il y avait des progrès à faire. Je pense qu’il y a un temps pour tout : un temps pour consolider ses points forts et un autre pour améliorer ses lacunes. C’est vers mes points faibles que je me suis tourné ces trois dernières années. J’ai travaillé sur mon revers, sur la volonté d’être plus constant dans le jeu, de prendre moins de risques, d’être capable de tenir la balle quand c’est nécessaire. Voilà. Aujourd’hui, je sens qu’il est temps de me recentrer sur le jeu de transition, d’essayer de frapper encore plus fort que ce que je faisais avant.

Il y a eu des progrès notables, en revers. Je vous ai également vu très bien retourner ces derniers mois…

C’est vrai, c’était une lacune.

L’idée, c’est de trouver le bon dosage entre tous ces aspects et votre qualité première, le « punch » ?

Exactement. Aujourd’hui, je suis à un stade où j’ai réussi à améliorer toutes mes carences. Je sens que c’est le moment de mettre l’accent sur mes qualités intrinsèques. Mes qualités de « puncheur », mes qualités athlétiques.

Sur le circuit, vous avez longtemps évolué sans coach. Seul, vous avez su vous remettre en question et prendre les bonnes décisions (NDLR : Entre 2011 et 2012, Jo est passé de la vingt-deuxième à la cinquième place mondiale). Cette autonomie couronnée de succès n’a-t-elle pas compliqué le retour d’un entraîneur au quotidien (NDLR : l’australien Roger Rasheed) ? Le côté « maman qui revient » et qui vous dit : « Il faut faire ça et ça ! », a-t-il été difficile à supporter ?

(rires) Oui, oui, un petit peu ! Surtout qu’avec les entraîneurs que j’ai eus ces dernières années, je n’ai pas forcément accompli de meilleures saisons que lorsque j’ai évolué seul. C’est clair qu’à un moment donné, tu te poses des questions et tu te demandes : « Qu’est-ce qui va faire que je vais être meilleur ? ». Est-ce que c’est le fait de mettre un nom sur le mot « coach » ? Je ne pense pas. C’est la structure, ce que je vais mettre autour de moi qui va me le permettre. Tout ne dépend pas forcément d’une seule personne. C’est un tout.

Vous payez votre entraîneur. Vous vous posez donc, fatalement, des questions sur l’apport de celui-ci…

Bah oui, on se pose la question (sourires) ! C’est évident qu’on se la pose…

Où en êtes vous dans votre réflexion pour la suite, après la fin de collaboration avec Roger Rasheed ?

J’en sais un peu plus, mais pour l’instant, je me réserve le droit de construire tout cela de mon côté. L’idée, c’est d’être prêt pour entamer la préparation d’avant-saison avec ma nouvelle équipe. J’ai envie de quelque chose d’encore plus performant autour de moi. Je pense qu’aujourd’hui, le tennis, malheureusement,  ne s’arrête pas qu’à un entraîneur. Il faut un entraîneur, mais aussi un docteur, un diététicien, un entraîneur physique, un masseur, un ostéopathe, un préparateur mental, un endroit où bien s’entraîner. Je cherche une structure qui soit assez solide pour progresser. Novak Djokovic domine le tennis à travers une certaine façon de jouer, mais je reste persuadé que sur certains secteurs du jeu, je suis capable d’être meilleur. Si j’arrive à exploiter ces secteurs, j’ai peut-être une chance, un jour, de gagner un Grand Chelem.

Cette semaine, la France connaîtra son adversaire en Coupe Davis (NDLR : interview réalisée avant le tirage au sort). Pourriez-vous ne pas y participer l’an prochain ?

Aujourd’hui, il n’en est pas question. Mais, il y a plein de choses qui pourraient faire que je ne sois pas présent le jour J. Si, par exemple, mon genou était encore un peu fragile, il se pourrait que je n’y sois pas.

L’identité de l’adversaire aura-t-elle une incidence sur votre décision ?

Si on joue une équipe avec des joueurs classés au-delà de la deux centième place mondiale, je reste persuadé que ce serait une super bonne idée de lancer des jeunes qui n’ont jamais joué en Coupe Davis, qui sont déjà dans le top cinquante et qui n’auraient pas beaucoup de chances de perdre contre des gars nettement moins bien classés. Ce serait une bonne chose pour l’Equipe de France, aussi.  Ça permettrait de préparer des jeunes à rentrer dans le groupe. Ça éviterait, aussi, d’avoir à leur faire jouer un baptême tronqué, suite à la blessure d’un coéquipier, en les alignant sur une grosse rencontre avec beaucoup de pression. Ce serait faire les choses intelligemment, que de construire autour des cadres, mais aussi, autour des jeunes qui seront amenés à prendre la relève dans quelques années. Et puis, il y a un choix à faire d’un point de vue personnel, également. Quand je joue en Coupe Davis, je donne beaucoup de ma personne. A côté de ça, je vois que les meilleurs mondiaux ne la jouent pas forcément tout le temps. Si ils font ça, c’est qu’il y a une raison. Ça permet d’alléger leur calendrier et d’être encore plus performants sur les tournois qu’ils disputent. Je pense que les Suisses sont très contents quand  Roger Federer gagne un Grand Chelem, pareil pour les Espagnols quand c’est Rafael Nadal. Voilà. Nous, je ne sais pas si on arrivera à en gagner un, mais faire ce choix, ponctuellement, peut nous permettre d’optimiser nos chances d’y parvenir.

Dans ce sport individuel, qui devient collectif quelques week-ends dans l’année, j’aimerais savoir ce que vous avez ressenti après certaines défaites, alors que vous aviez pourtant amené des points à l’Equipe de France…

Je ne vous cache pas qu’on est un peu énervé (sourires) ! Mais le sentiment qui prédomine, c’est la tristesse. Moi, j’ai rêvé devant les équipes de France en étant gamin. J’ai vécu à travers ça, j’ai fait partie des équipes de jeunes dès l’âge de quatorze ans. C’est ma vie, quoi. C’est un peu le mythe qui tombe, quand ça ne se passe pas comme je pensais que ça devait se passer, parce que cette compétition me tient sincèrement à cœur. J’ai toujours tout bien fait en Coupe Davis. Personne ne pourra jamais me reprocher d’avoir fait quelque chose de travers. Parfois, j’ai eu l’impression qu’on n’a pas tous été dans le même sens, et ça, ça me chagrine un peu.

On ressent un peu d’amertume dans vos propos. Votre enthousiasme est-il entamé ?

Non, car si je peux y retourner, j’irai à 300 % ! Je n’ai pas l’habitude de faire les choses à moitié. En fait, derrière tout ce que je viens de dire, il y a un message qui est : attention, on ne va pas dans la bonne direction. Il faut faire quelque chose. Pour l’instant, je ne sais pas quoi, et, de toute façon, ce n’est pas à moi de décider. Toute l’équipe, ainsi que la fédération, doit penser à une nouvelle façon de fonctionner, à une ligne de conduite commune.

Un mot sur ce Moselle Open. Vous êtes ambassadeur du tournoi pour la troisième année. Ce sera encore le cas l’an prochain ?

Je l’espère. J’ai envie de repartir avec l’équipe du tournoi (NDLR : composée, notamment, de Julien Boutter, Yvon Gérard et Fabrice Santoro). La seule raison qui ferait que je ne sois pas là, je pense, c’est si le tournoi venait à disparaître. C’est quelque chose que je n’envisage pas du tout.

Pour conclure, j’aimerais revenir sur des propos que vous avez tenus au sujet de votre papa. Vous dites : « Gamin, je n’arrivais jamais à le battre. Puis, je suis parti m’entraîner à Poitiers et, à mon retour, c’était fini. Je l’ai battu, et il n’a plus jamais voulu jouer contre moi ». Est-ce un trait de caractère que vous avez en commun ? Pour être clair : si vous veniez, à terme, à vous incliner régulièrement face à des joueurs présumés inférieurs, diriez-vous « stop » rapidement ?

Si dire « stop » c’est reconnaître qu’ils sont meilleurs que moi, oui. Je ne me vois pas continuer dans ces conditions.

L’exemple d’Hewitt…

Non, non, c’est pas pour moi ! Le jour où, dès que je vais sur un tournoi, je perds au premier tour, ça va vite commencer à piquer (rires) ! Le jour où je me rendrai compte que je n’ai plus ma place parce que je ne suis plus assez bon, je m’arrêterai.

 

JO-WILFRIED TSONGA
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2 commentaires sur “JO-WILFRIED TSONGA

  • 25 septembre 2013 à 2013-09-25T18:05:18+00:000000001830201309
    Permalink

    Excellente interview, merci !

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  • 28 septembre 2013 à 2013-09-28T08:53:36+00:000000003630201309
    Permalink

    Super ton interview avec JO-WILFRIED TSONGA ! Bravo

    Cathou

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