HERVÉ MATHOUX


 

 

 

La volonté de réaliser cette interview est née d’une réflexion. Un garçon d’une dizaine d’années sur un terrain de foot. Son souhait ? Devenir journaliste sportif. Idéalement ? « Comme Hervé Mathoux ». Amusante, la remarque du jeune homme m’a rappelé que ledit journaliste, référence d’aujourd’hui, m’accompagnait depuis mon enfance. « Jour de Foot », « L’Equipe du Dimanche » et, plus marquant encore, l’épopée du RC Lens en UEFA, au crépuscule du vingtième siècle. Dès la prise de contact, le présentateur du CFC s’est montré disponible, tout en prenant la peine de m’avertir que les sempiternelles questions sur son parcours étaient à éviter. Problématique. Il concède finalement : « Voyons-nous, et puis on verra bien ». Rendez-vous est pris dans son bureau, orné de maillots et de photos auprès des plus grands. Hervé Mathoux revient, bon gré mal gré, sur sa carrière. Surtout, il se révèle passionnant lorsqu’il livre sa vision du foot (la manière dont il le vit), son point de vue sur le jeu et la formation.


Avez-vous lu l’interview de Joachim Löw, ce matin, dans L’Equipe (NDLR : notre entrevue a été réalisée le vendredi 24 mai 2013) ?

Figurez-vous que je n’ai pas eu le temps, j’étais en réunion toute la matinée… Mais on peut en parler quand même.

Quand il déclare que « la réussite du football allemand est celle de la formation et de la façon de penser », le rejoignez-vous ? Notre football devrait-il s’en inspirer ?

Il faut quand même voir que le foot français a pas mal inspiré les autres en terme de formation durant une longue période. Aujourd’hui, manifestement, les Allemands ont bien travaillé. C’est clair. C’est dû à beaucoup de choses, notamment à une génération d’entraîneurs dont Löw fait partie. Jürgen Klopp également. Ils ont su s’affranchir de la réputation du football allemand. Ils ont conservé leurs forces tout en développant d’autres. Il y a aussi l’intégration des joueurs d’origine étrangère qui a joué un rôle. C’est un tout. Pourtant, je ne pense pas que la solution soit d’imiter les Allemands ; ça n’a pas de sens. La formation française travaille bien, certes, mais je ne pense pas que nous ayons pris le vrai virage sur le jeu, la créativité. Il faut aussi parler d’un élément qui est un frein à la formation, chez nous, les compétitions de jeunes sont axées sur le résultat. On se glorifie d’une finale de Gambardella, d’un titre en U17 ; ce n’est pas ça, la formation. Les symptômes d’une bonne formation, ce n’est pas toujours le nombre de titres chez les jeunes ; c’est le nombre de jeunes qu’on amène dans le secteur professionnel. Il faut voir les profils, le type de joueurs qu’on sort. Par exemple, si vous voulez gagner des titres en U17, vous aurez tendance à prendre essentiellement des joueurs physiques. Et vous allez gagner, souvent. Est-ce que ça veut dire pour autant que vous faites de la bonne formation ? Je n’en suis pas sûr. Est-ce qu’il ne vaut mieux pas passer à côté d’un titre et laisser des joueurs de petit gabarit grandir, s’affirmer ? Selon moi, c’est plus intéressant comme démarche.

Ce constat rejoint celui de Daniel Riolo, éditorialiste sur RMC, qui cite dans son dernier livre (NDLR : Racaille Football Club chez Hugo & Cie) les propos stupéfiants d’un recruteur lensois, il y a quelques années (NDLR : « Vous n’avez pas des grands noirs costauds ? Même s’ils ont les pieds carrés, c’est pas grave. On les redressera »). Pensez-vous que les mentalités ont changé ?

Oui, je pense que c’est en train de changer. La DTN y a réfléchi en se posant les bonnes questions. Ils ont amorcé le virage. Maintenant, vont-ils y arriver ? Il faut attendre pour le savoir. Malgré tout, il y a une volonté qui existe. Il reste cette envie de gagner, forcément, chez les jeunes, qui reste un frein.

Dans l’interview du jour, Löw met également en avant le fait qu’aujourd’hui, on ne peut plus gagner sans pratiquer un beau football. Là encore, allez-vous dans son sens ?

Le foot international a évolué dans la bonne voie. Aujourd’hui, les bonnes équipes jouent bien, globalement. C’est le cas de l’Allemagne, de l’Espagne, dans des styles différents. Le foot est le seul sport où les gens séparent la qualité du résultat. C’est vrai qu’il n’y a pas toujours une adéquation entre les deux. On peut très bien jouer, et perdre, c’est vrai. Mais quand j’entends des joueurs ou des entraîneurs en difficultés dire : « C’est fini, on arrête de jouer, il faut se maintenir ! », je m’étonne toujours d’entendre ça. Si on retranscrit ça, ça signifie que : bien jouer amène à perdre. C’est ça ? Vous imaginez un tennisman dire la même chose ? Ou un étudiant : « Allez, j’arrête de bien travailler, je veux avoir mes examens ». C’est complètement con ! Le jeu n’est pas une garantie, mais c’est la voie qui a le plus de chance d’amener vers le succès. Tout en s’adaptant aux joueurs dont on dispose. Si vous avez quinze joueurs physiques, vous n’allez pas leur demander de jouer comme le Barça, ce serait ridicule.

Si je vous suis, cela signifie, pour prendre un exemple très concret, qu’un entraîneur comme Francis Gillot, plutôt connu pour sa volonté de produire du jeu, n’a pas les cartes en main pour faire mieux ?

Si, si, je pense que Bordeaux pourrait pratiquer un jeu plus spectaculaire. Ils n’ont pas un effectif extraordinaire, mais ils ont largement de quoi jouer au ballon. Il n’y a pas un modèle unique de réussite, d’accord. Mais penser qu’en jouant mal, on a plus de chances d’obtenir un résultat qu’en jouant bien, ça me paraît étonnant.

On le voit, dès qu’il s’agit de parler foot, vous êtes intarissable. C’est une passion qui est née très tôt…

Le foot, c’est une passion qui prend toujours très vite généralement. Ça vient vers sept, huit ans. Moi, je suis né avec la fièvre verte. C’est générationnel : j’avais dix ans en 76. Le plus grand match dont je me souvienne, c’est le match retour contre Kiev, le fameux renversement de 0-2 à 3-2 pour Saint-Etienne (NDLR : Battu à l’aller sur le score de 2-0, les Verts l’avaient emporté 3-0 à Geoffroy-Guichard grâce à des buts de Revelli, Larqué et Rocheteau). On l’oublie, mais à l’époque, le foot français sortait d’un désert qui durait depuis vingt ans. Entre Reims et Saint-Etienne, il n’y avait rien eu. J’ai vécu cela pleinement, d’autant que tout était très différent d’aujourd’hui. Déjà, il y avait beaucoup moins de matchs diffusés, ce qui faisait de chaque rencontre de Coupe d’Europe un événement. Et, surtout, la France entière était devant la télé pour soutenir Saint-Etienne. Il n’y avait pas l’esprit partisan que l’on connaît maintenant. Voilà pourquoi l’épopée 76 est le premier souvenir qui m’ait marqué, même si je jouais déjà au foot à ce moment là. Je pourrais aussi parler du parcours de Bastia en 78. J’avais onze, douze ans et je commençais à faire des journaux, des petits papiers. Je jouais au « journaliste ».

Vous venez d’évoquer la consommation du foot à la télé, qui a considérablement évolué depuis ces années soixante-dix. Justement, par quel biais assouvissiez-vous votre passion pour ce sport ? J’imagine grâce à la radio, également…

Je consommais vraiment tout ce qui était consommable. A l’époque, c’était possible ! On n’était pas obligé de faire des choix comme aujourd’hui (sourires). Je me levais la nuit, les lendemains de matchs de Coupe d’Europe, pour voir tous les buts qui étaient diffusés sur Antenne 2 après minuit.

En cachette.

C’était plus ou moins en cachette, ouais (sourires). J’allais également beaucoup au stade. Je voyais pas mal de foot, pas toujours de très haut niveau, mais j’en voyais beaucoup. Et la radio, oui ; les multiplex.

Je vous parle de radio car j’ai lu que, alors que vous aviez une dizaine d’années, vous confectionniez vos petites émissions avec votre frère…

Aussi, c’est vrai. Avec un vieux magnétophone. Je me souviens qu’on essayait d’enregistrer le jingle des journaux de RTL, qui est toujours le même qu’aujourd’hui (il le fredonne). On enchaînait les flashs infos, on faisait une sorte de faux multiplex. C’était des délires de gamins.

Et dans vos journaux, qu’écriviez-vous ?

Je ne me souviens plus trop. Je collais des photos, des trucs comme ça. L’éditorial, je ne m’en souviens plus. Pas sûr que j’avais une ligne éditoriale très réfléchie (sourires).

On a parlé de télé, de radio. En début de carrière, vous avez hésité entre ces deux médias. Vous avez finalement été majoritairement présent à la télévision. Etait-ce un choix ou, à l’époque, les opportunités ont-elles décidé pour vous ?

Les premières opportunités, je les ai eues en radio ; j’ai débuté sur le réseau Radio France. C’est vrai qu’à l’école de journalisme, j’avais plutôt été séduit par les reportages télés. Je trouvais ça incroyablement riche. Je pouvais réaliser, faire des plans de coupe, etc. J’avais l’impression d’être Spielberg (sourires) ! De ce fait, j’ai vite touché du doigt ce que j’estimais être une limite pour ce qui est des reportages en radio. Je trouvais ça assez pauvre, plutôt décevant, finalement. Attention, j’aime beaucoup la radio, je trouve que c’est un média « chaud » pour faire des émissions, du talk.

A l’époque, le talk n’existait pas en radio. La première émission de cette nature a été créée par Eugène Saccomano sur Europe 1 en 98. « Le match du lundi », émission à laquelle vous avez participé…

« Le match du lundi » ? Oui, je crois que c’est ça, ça s’appelait comme ça. C’est vrai, j’étais un invité récurrent de cette émission avec Saccomano, puis Pierre-Louis Basse.

C’était novateur comme émission pour l’époque (NDLR : le concept était inspiré d’un talk-show diffusé en Italie).

A vrai dire, je ne sais plus. C’est possible, oui. Aujourd’hui, tout le monde fait tellement ça, que j’ai du mal à me souvenir si c’était novateur pour l’époque.

Si on reprend le fil de votre parcours, après ces premières années à Radio France, vous intégrez une chaîne de télévision locale…

J’étais à la radio depuis plusieurs mois, mais j’avais envie de revenir sur Paris ; j’ai donc quitté le réseau Radio France. J’ai eu une opportunité sur une chaîne à Boulogne, tout près d’ici. D’ailleurs, mon premier reportage, je l’ai fait là, dans le cimetière qui est dans mon dos (sourires). C’était un sujet sur la cérémonie du 11 novembre. Voilà, je faisais de l’info locale, ce qui est très formateur. Il n’y avait pas d’émission de sport sur cette chaîne, mais on parlait beaucoup de l’actualité sportive. L’ACBB (NDLR : club omnisports de Boulogne-Billancourt) était au niveau international en judo et en tennis de table. Le rugby, le hand et le volley marchaient également très fort à l’échelon national. Partout, sauf en foot. Assez vite, j’ai proposé la création d’une émission de sport, le lundi. Je l’animais et, surtout, je l’alimentais absolument seul. C’était un journal des sports assez classique finalement, mais qui n’existait pas alors sur cette chaîne.

Avez-vous également monté une rédaction autour de vous ?

La rédaction, c’était moi, en fait (rires) ! J’étais l’unique journaliste de cette rédaction.

Cette première expérience montre un élément qu’on a souvent retrouvé, ensuite, tout au long de votre carrière. Créer, conceptualiser les émissions et ne pas être un « simple » présentateur, semble toujours avoir été important pour vous…

C’est vrai, peut-être que ça vient de là car, pour le coup, je m’occupais de tout : les sujets, les lancements, tout. Les questions éditoriales m’ont toujours intéressé. Je me revendique comme un journaliste avant d’être un présentateur. Lorsque j’ai animé des émissions, je me suis toujours impliqué dans la fabrication, les choix éditoriaux, etc. Aujourd’hui, je suis rédacteur en chef du CFC ; cette partie du travail m’intéresse autant que la présentation.

Même lorsque ce n’était pas contractuel, avez-vous toujours pris part à l’éditorial ?

Oui, oui. Fatalement, quand vous êtes dans une petite rédaction, le présentateur ne peut pas se permettre de ne faire que de la présentation. Il est sur le terrain jusqu’à quinze heures, et, à dix-sept heures, il présente. Voilà, c’est ça en général.

Etait-ce le cas quand vous avez présenté « Formule Foot » ? Pour le coup, le concept était assez simple…

Oui, c’était des résumés de matchs, tout simplement. Je suis arrivé à TF1 en 90, j’ai assez vite participé à « Téléfoot », d’abord en reportage et ensuite sur le plateau. Il faut rappeler qu’à l’époque, les journalistes venaient « vendre » leurs sujets en plateau. En parallèle, j’avais fait beaucoup de co-présentation, avec Roger Zabel, notamment. C’était le pilier, moi le petit jeune qui débutait. Je ne me souviens plus trop de la chronologie, mais il y a eu un petit remaniement sur « Téléfoot ». La direction m’a alors mis seul sur « Formule Foot » pour que je puisse grandir. C’est un bon centre de formation, pour le coup. C’était à minuit, sans pression particulière. C’était tout simple, un plateau, des lancements…

Il y avait quand même du travail, pour vous, puisque vous faisiez le résumé des rencontres depuis le plateau…

Pas toujours. Il y avait aussi des envoyés spéciaux depuis les stades. La couverture de la première division n’avait, c’est vrai, rien à voir avec ce qu’elle est aujourd’hui. Il n’y avait pas de car de réalisation sur chaque stade. A TF1, on mettait une, deux ou trois caméras selon le match. Quand il n’y en avait qu’une, si le caméraman avait la mauvaise idée de rater le but, celui-ci n’était vu nulle part ! Les montages étaient plus longs, plus compliqués à faire parce qu’il fallait reconstituer la réalisation. Vous aviez le plan large, il fallait aller chercher la caméra de derrière ou la caméra opposée pour voir ce que ça pouvait donner. On construisait la réalisation plus qu’aujourd’hui où vous avez le but, l’enchaînement des ralentis, etc.

Pour revenir sur « Formule Foot », j’ai lu que la première avait été assez marquante…

C’est vrai. Pour cette première où j’étais seul à la tête d’une émission, j’ai connu toutes les galères possibles. Les sujets qui ne partaient pas, l’oreillette ne marchait pas, le téléphone sur le bureau du présentateur – ça existait encore – ne fonctionnait pas non plus. Bref, tout ce qu’on peut imaginer comme galères sur un direct. J’ai tout eu ce premier jour.

Gardez-vous un souvenir précis de la manière dont vous avez géré cette première ? Aujourd’hui, avec vingt ans d’expérience, maitriseriez-vous la situation différemment ?

Le souvenir que j’en ai, c’est que ça va, j’ai plutôt pas trop mal géré. C’est vrai, j’aurais pu m’évanouir ou faire un arrêt cardiaque (rires). Mais j’ose espérer que je gérerais mieux aujourd’hui qu’il y a vingt-cinq ans, c’est clair (sourires). Heureusement d’ailleurs.

Vous évoquiez il y a un instant Roger Zabel. Vous avez présenté beaucoup de grands événements à ses côtés. Notamment la finale de la Coupe du Monde 98, où vous êtes resté très longtemps à l’antenne…

C’est vrai. Il y avait l’avant-match, bien sûr. C’était un événement « immensissime » (sic). On avait pris l’antenne en début d’après-midi, en plateau avec une partie variétés, Sepp Blatter avec nous, etc. Une grosse émission, bien calée. On a évidemment suivi le départ du bus de Clairefontaine jusqu’au Stade de France. J’ai le souvenir de quelque chose d’assez huilé, qui s’était vraiment bien passé. Après le match, Roger est au stade, il gère l’immédiat après-match. De mon côté, je suis sur les Champs Elysées, au « Club Adidas ». Après minuit, il me passe la main, en étant censé me rejoindre, le temps de faire le trajet. Il n’est jamais arrivé (sourires) ! C’était un tel bordel dans Paris, ça a pris une ampleur que personne n’avait imaginé. Je me suis retrouvé seul dans un studio en haut des Champs ; j’ai vite compris que personne n’arriverait jusqu’à moi. J’ai donc tenu l’antenne de minuit à sept heures du matin. Avec le recul, je me rends compte que tout avait été sous-préparé de notre part. Je n’avais pas la liste des envoyés spéciaux, je prenais les invités à la volée, etc. Un bordel incommensurable. J’ai la cassette en vidéo chez moi, mais je n’ai jamais eu le courage de la regarder jusqu’à aujourd’hui (rires) !

Dans un tel moment, on imagine que ce n’est pas tant la fluidité qui compte, mais plutôt l’émotion, le ressenti de chacun…

Oui, voilà. Ce qui importe, c’est que l’antenne vive. C’était un moment extraordinaire. Sur l’instant, on ne s’en rend pas vraiment compte, d’ailleurs. Quand vous faites huit heures d’impro toute une nuit, il y a fatalement des trucs pas terribles. Mais ce n’est pas très grave, finalement.

Comment vit-on ces instants ? Comme un Français « lambda » qui vibre pour son équipe, son pays, ou, comme un journaliste qui doit tenir l’antenne et, donc, garder une certaine concentration ?

Concentration, oui. On est en train de travailler quand même. On n’est pas seulement en train de faire la fête. On gère l’antenne, il y a une coordination dans l’oreillette, etc. En même temps, on couvre un moment de liesse collective. C’est pas non plus la Bourse de Paris, quoi !

Plus globalement, on peut se servir de cette expérience unique pour établir un parallèle sur la façon dont vous vivez les matchs aujourd’hui. Le regard que vous portez sur une rencontre s’est-il totalement dépassionné ?

(il réfléchit longuement) Ce regard a, fatalement, beaucoup évolué, oui. Dépassionné par rapport au jeu, non. L’excitation par rapport à un grand match qui débute est toujours forte. On peut dire dépassionné dans le sens « désupportisé » (sic). C’est d’ailleurs une chose que les gens ont du mal à voir. Ils ont toujours l’impression que nous sommes dans une lecture de supporter, alors que ce n’est pas le cas. D’ailleurs, on ne peut plus l’être, parce que ça fait vingt-cinq ans qu’on est dans ce milieu, qu’on a vu passer plein d’acteurs différents, qu’on a des bons rapports avec certains, et pas avec d’autres, dans chacun des clubs. Surtout, on se trouve plus dans la gestion de la matière première de l’information. Quand le match part complètement en vrille, qu’il y a beaucoup de buts, je me demande comment je vais gérer ça par rapport au temps que j’ai, quels choix éditoriaux faire, etc. On est dans la construction d’un programme et on n’a pas le temps d’avoir des émotions de joie, de déception. Bien entendu, quand on fait un club français en Coupe d’Europe, on est moins impartial. Mais sinon, on n’est jamais dans un esprit de supporter.

De ce fait, un décalage ne se crée-t-il pas entre le public et vous ? Le résultat n’a plus d’importance pour vous alors que c’est l’essence première du match pour le supporter…

Le résultat, je m’en fous complètement. Ce qui m’intéresse, c’est de voir si le match va être intéressant, si des histoires intéressantes vont s’en dégager. De quoi vais-je pouvoir nourrir l’antenne suite à ce match ? Voilà la question que je me pose pendant une rencontre. Du coup, assez souvent, je me rends compte qu’on est un peu déçu par le contenu du match. Je pense que c’est justement parce qu’on est totalement décroché du résultat. Aujourd’hui, il n’y a qu’un club qui me fasse vibrer, c’est mon club de Clermont, qui vient de se sauver en Ligue 2. Tout le monde s’en fout, pas moi (rires) ! Si je regarde un match de Clermont-Foot sur Eurosport, même si c’est d’un niveau moyen, je vais être captivé. Tant que le résultat n’est pas joué, je vais regarder la montre, etc. Au final, je vais avoir l’impression d’avoir vécu un match beaucoup plus intéressant que tous les autres matchs que je regarde, où je ne suis pas partie prenante. Parfois, dans le « débrief », on est un peu trop sévère sur l’analyse d’un match, car on est trop loin de la dramaturgie qui touche le supporter.

Votre perception est donc parfois tronquée…

Oui, notre regard est totalement « dépassionnisé » (sic). Je ne sais pas si ça se dit mais on comprend.

Vous avez déclaré : « Le CFC, c’est l’ambiance d’un stade sans les fumigènes ».

Oui, bon, c’est un « joke ».

Cette citation ne traduit-elle pas chez vous un certain éloignement avec la culture du supportérisme et des excès qu’il engendre parfois ?

En disant ça, je voulais simplement dire que lorsque les matchs sont diffusés sur le plateau du CFC, il y a une ambiance sympa, parfois chaude. Sauf qu’il n’y a pas de fumigènes (rires). Pour revenir à votre question, oui, j’en suis loin, c’est vrai. Je ne suis pas loin, hélas, parce que j’entends certains supporters via les réseaux sociaux. Ce qu’ils écrivent me paraît tellement loin de la manière dont on vit les matchs… (il soupire)

C’est quelque chose qui vous désole visiblement.

Ouais, franchement…

D’ailleurs, on le voit sur Twitter, où vous prenez souvent la peine de répondre à quelques critiques. Est-ce qu’il ne faudrait pas laisser filer certaines réactions disproportionnées ?

Je ne vais pas seulement laisser filer, je vais simplement arrêter. C’est un scoop que je vous donne (sourires).  Ça fait pas mal de temps que je me pose la question de rester sur Twitter. Je vais y rester parce que ça reste une bonne source d’informations pour moi, mais je vais écrire un minimum, sans donner d’opinion. Et, surtout, je ne vais plus regarder les messages. Je me rends compte que c’est impossible de dialoguer avec soixante-dix mille personnes en même temps, d’autant que là-dessus, il y a une minorité « rageuse » qui fait beaucoup trop de bruit. C’est désespérant. Je n’ai plus envie d’être en contact avec ce type de messages.

Comment les reçoit-on ? Ça remet même en cause votre travail ou arrivez-vous à prendre le recul nécessaire pour vous dire que ce n’est « que » Twitter finalement ?

(il souffle) Ouais, bien sûr que Twitter ce n’est rien du tout. Cinquante personnes qui vous insultent sur les deux millions qui ont regardé l’émission, ce n’est même pas une goutte d’eau : c’est une vapeur d’eau. Mais, quand même, ça énerve. Et, surtout, ça me rend misanthrope. Je me dis qu’il n’est pas possible que la connerie existe à ce point. Quand on débat d’un fait de jeu et que les mecs réagissent en disant : « Tu dis ça donc t’es pour untel », ça me désole. C’est dommage, parce que cette minorité fera que je ne lirai plus les gens intéressants. Mais voilà, pour ma santé mentale, c’est mieux (sourires). Je vais me référer à ce que je faisais depuis vingt-ans, avant que ce réseau existe : j’aurai toujours le contact avec les gens dans la rue.

Si on reprend le fil de votre parcours, on arrive à votre transfert sur Canal+. C’est Michel Denisot qui vient vous chercher. Avez-vous hésité ?

Oui, j’ai hésité. Il m’a contacté en pleine Coupe du Monde 98. On était dans une aventure fantastique avec, à titre personnel, une progression très forte. J’étais bien à TF1. Mais, quand on a la chance d’avoir le choix…

Deux « maisons » en vingt-cinq ans de carrière, ça montre une certaine fidélité. On pourrait parler d’esprit club.

Il faut quand même bien voir qu’il y a peu de clubs (rires) ! Dans le foot, il n’y a pas un marché avec quinze chaînes. Mais il est vrai que j’ai cet esprit club. Dans tout ce que je fais, j’aime être « corporate » et défendre mon équipe.

Cet esprit d’appartenance, pensez-vous qu’il s’est perdu, autant dans votre milieu que dans le foot ?

C’est presque un cliché de le dire. En même temps, dans les années cinquante, déjà, Kopa quittait Reims pour le Real Madrid. D’une manière générale, aujourd’hui, tout va plus vite même si pas mal de clubs gardent des noyaux durs. Généralement, cette stabilité amène la réussite. Le paradoxe, c’est que dans le foot, tout le monde veut du changement. Si on dit à un supporter qu’il n’y aura pas de recrue à l’intersaison, il sera déçu. Pourtant, le seul élément de réussite d’un club qui a été clairement identifié dans le foot, c’est la stabilité. En clair, de façon très générale, les clubs qui gagnent sont ceux qui gardent leur entraîneur, leurs joueurs, etc. Cette valeur est pourtant celle qui est sans doute la moins réclamée par les supporters. C’est étonnant. Ils n’aspirent qu’au changement alors que la réussite se trouve souvent à l’inverse. Pour en revenir à ma carrière, je ne donne pas de leçon. Tout dépend du parcours de chacun. Prenons un exemple : Paolo Maldini est le joueur fidèle par excellence. C’est plus facile pour lui de l’être en ayant été formé au Milan AC. S’il avait débuté à Pescara, il aurait changé de club au bout de trois saisons. C’est normal. Pour moi, c’est pareil. C’est facile de rester fidèle à Canal : c’est le bonheur de travailler dans les conditions qui sont les nôtres.

On peut faire un parallèle entre supporter et téléspectateur. Vous venez d’évoquer le désir de changement. Pourtant, le supporter de Saint-Etienne, par exemple, s’identifiera à Loïc Perrin plus qu’à n’importe quel autre joueur de son équipe. C’est sans doute la même chose pour vous. Les récents sondages le montrent d’ailleurs assez clairement (NDLR : voir le trophée des Lucarnes d’Or sur EPL).

C’est paradoxal. Les supporters veulent des joueurs emblématiques, c’est vrai. C’est important. Mais ils souhaitent aussi de la nouveauté. De plus en plus, pour des raisons économiques, certains clubs ne font aucune arrivée au mercato. Pour le supporter, c’est décevant. Il n’y pas de rêve. Ce rêve que le gars soit super bon, qu’il se révèle, qu’il explose. C’est ce que je veux dire.

Vous parlez de rêve. Entre dirigeants d’un club et supporters, est-ce quelque chose qui n’existe pas suffisamment en France selon vous ?

Je pense aussi que les dirigeants font ce qu’ils peuvent. J’aime beaucoup les rapports qui existent en Angleterre : l’entité club. La saison est ratée ? Pas grave, on reste derrière le club, on fait corps tous ensemble. En France, quand l’équipe est en difficulté, on lui lance des pierres. Quand j’entends des supporters se plaindre du peu de moyens, je suis surpris. Il faut être lucide. Ce qui me contrarie plus, c’est quand il n’y a pas d’ambition sportive, indépendamment de l’économie. Quand un club se qualifie pour l’Europa League et dit : « On va pas la jouer. C’est pénible, c’est le jeudi ». Là, c’est une atteinte au rêve et c’est terrible.

La fidélité dont on vient de parler dans votre métier a été mise à mal par l’arrivée de beIN SPORT. Avant tout, avez-vous été contacté par Biétry l’été dernier ?

Non.

Biétry, justement, est parti il y a quelques semaines. On parle d’une gestion différente, sans affect. Avez-vous eu des échos à ce sujet ?

Je ne peux pas m’exprimer là dessus. Je n’y suis pas.

Ce management affectif existe-t-il encore à Canal ?

Je pense qu’il y en a toujours. Faire du management d’hommes, c’est compliqué. Il y a forcément des décisions qui ne font pas plaisir. Ce n’est pas parce que vous mettez de l’affect que tout le monde est heureux. Une chaîne de télé, c’est comme un club de foot : il y a les titulaires, ceux qui jouent à des postes plus valorisants que d’autres, il y a les joueurs de complément, les anciennes gloires qui jouent moins. Il faut gérer tout ça. Aujourd’hui, chez nous, il y a un management humain et pas tordu. C’est déjà très bien.

Vous venez de faire la comparaison avec un club de foot. Peut-on imaginer que c’est ce même management qui a pu engendrer certaines crispations au PSG ?

Je ne trouve pas qu’il y ait eu plus de crispations que ça. A quoi faites-vous allusion ?

A cette gestion, dénuée d’affect, qui a pu surprendre et déranger en France.

Ça dépend. On parle du management d’Ancelotti vis-à-vis de son groupe ?

Plutôt celui des qatariens avec Ancelotti. Cette gestion qui semble à l’origine de ses velléités de départ ?

Peut-être. Mais je n’ai pas très envie de m’exprimer là-dessus. Et je n’ai pas d’éléments concrets concernant la façon dont les qataris managent au quotidien.

Revenons alors à votre carrière. Vous présentez « Jour de Foot » puis « L’Equipe du Dimanche ». Certains l’ont sans doute oublié mais c’est vous qui avez créé la nouvelle formule de l’émission, entouré d’une bande.

C’est vrai. Il faut resituer le contexte. Michel Denisot me confie l’émission à la rentrée 2002, avec pour ambition de la renouveler. J’ai fait ce que j’avais envie de voir en tant que spectateur. Avant ça, l’émission était celle qui glorifiait le football français à l’étranger. Ils étaient les meilleurs partout. Il faut se souvenir qu’on part à la Coupe du Monde 2002 avec les meilleurs buteurs des championnats d’Angleterre et d’Italie (NDLR : Henry et Trezeguet). C’est ça, chaque semaine, l’histoire de l’EDD. Quand j’arrive en 2002, après le désastre du mondial, on ne peut plus raconter cette histoire. De plus, j’avais le sentiment que le programme avait suffisamment d’ancienneté pour que le public ait progressé dans sa culture du foot européen. C’est quelque chose qui se confirme aujourd’hui où beaucoup ont une proximité avec le foot anglais, notamment. Les ados, ils se sentent aussi proches d’un joueur d’Arsenal ou de Manchester, que d’un joueur de Lyon. Je me suis dit qu’il fallait raconter autre chose : ce que le foot nous dit des sociétés dans lesquelles il évolue. Il y a un paradoxe. Le foot est mondialisé : toutes les nationalités sont représentées dans les clubs ; pourtant, le foot a une place qui reste extrêmement différente dans chacun des pays. La manière d’aborder le foot en Espagne n’a rien à voir avec la façon dont on l’aborde en Angleterre. Je souhaitais que l’émission nous donne des clés culturelles sur toutes ces choses. C’est quoi un derby Liverpool-Everton ? Pourquoi existe-t-il cette rivalité ? Voilà. Aujourd’hui, ce sont des choses un peu « rabattues », mais à l’époque personne ne l’avait fait. Moi, faire le traditionnel résumé de match avec la traditionnelle interview du français de service, ça ne m’intéressait pas.

Estimez-vous que les Français étaient « survendus » dans l’EDD ?

Pas du tout. J’estimais juste qu’il y avait une richesse d’histoires dans le foot européen qu’il fallait mettre en lumière. Avec Michel Denisot, nous avions conclu que l’idéal serait que ces histoires soient racontées par des chroniqueurs de chaque pays. On a monté ça super vite. Pour la première, j’ai ramassé un espagnol et un italien où j’ai pu. L’équipe s’est construite plus tard, au fur et à mesure. Il n’y a que Darren Tulett que j’ai trouvé immédiatement. C’était une évidence, dès que je l’ai vu.

On note, une nouvelle fois, le rôle qui est le vôtre dans la conception de l’émission. Pourriez-vous, à l’image de Cyril Linette (NDLR : journaliste devenu directeur des sports de Canal+), passer définitivement de l’autre coté de la caméra ?

Aujourd’hui, je n’aspire pas à ça. Je suis un pilote qui s’intéresse au moteur, qui veut mettre les mains dans le cambouis avec les mécanos. Mais, renoncer au plaisir du pilotage, j’aurais du mal, c’est clair.

Vous aviez trouvé une autre image en disant : « Ce serait comme si j’étais joueur, que je m’entraînais toute la semaine et que le week-end, j’étais remplaçant ».

Ce n’est pas un si bon exemple, finalement. C’est plus en matière d’adrénaline que la question se pose. Quand on fait de l’antenne, on prend l’habitude de concrétiser le travail de la semaine par ce moment de plaisir qu’est le direct. Ce plaisir, les gens qui sont en régie le vivent aussi, d’une autre manière. Depuis très longtemps, je vis ce moment sur le plateau, et aujourd’hui, très clairement, je n’ai pas envie de passer de l’autre côté.

En parallèle à « L’Equipe du Dimanche », vous prenez les commandes des soirées Ligue des Champions. Denisot, quelques temps après votre arrivée sur la chaîne, vous avait « promis » ce poste. Il vous a finalement fallu attendre quelques années. Comment avez-vous vécu cette attente ?

Quand je suis arrivé, nous n’avions pas les droits pour la Ligue des Champions. Un jour, Michel vient me voir et me dit qu’il va signer les droits et qu’il pense à moi pour la présentation. Finalement, on l’a eu et il a décidé de la faire, lui. Un peu plus tard, c’est Thierry Gilardi qui a pris sa place en plateau. Lorsque celui-ci est parti sur TF1, j’ai pris la suite…

Quand on se replonge dans votre parcours, on s’aperçoit que tout est allé très vite, finalement. Hormis à ce moment-là…

(il soupire) Non, non, franchement je n’ai pas vécu ça comme une attente interminable. C’est vrai que j’ai toujours eu la chance d’avoir de nouvelles perspectives qui se sont présentées. Le CFC, par exemple, est arrivé à une période où la question de l’essoufflement, y compris pour moi, au sein de l’Equipe du Dimanche, pouvait se poser.

Vous venez d’évoquer le CFC, là encore, vous avez contribué à sa création.

C’est Cyril Linette qui l’a créé. Pour ma part, disons que j’ai participé à l’accouchement.

Vous jouez, dans cette émission, un rôle de numéro dix. J’imagine qu’on ne gère pas la parole de Pierre Ménès et d’Eric Carrière de la même façon…

Je pense que l’animateur est là pour mettre en valeur les intervenants autour de la table. Il faut gérer toutes les données et ce n’est pas toujours facile. Il faut veiller à ce que le plateau vive, et à ce qu’il y ait de la confrontation d’idées. Il faut être réactif, être attentif au temps. L’idée, évidemment, est que les gens qui sont là soient valorisés par leurs propos. Ce qui est intéressant, c’est la confrontation d’opinions. Que deux tempéraments aussi éloignés que ceux de Pierre et d’Eric puissent avoir leur place, c’est très bien.

On parle de Pierre Ménès qui est aujourd’hui un véritable leader d’opinion. Est-ce un rôle enviable pour vous, qui n’avez finalement que peu l’occasion de développer vos idées ?

Vous savez, aujourd’hui, la télévision se nourrit d’opinions extrêmement tranchées, de convictions très fortes. Moi, je ne suis pas formaté ainsi. Je suis bien dans mon rôle, à donner la parole, à contrebalancer les avis. Je m’épanouis plus là-dedans. J’ai des convictions, mais j’écoute toujours ce que pensent les autres. Mon boulot, c’est de faire exister les idées qui ne sont pas représentées. Un soir, si je vois que mon plateau est unanime sur un thème, je vais, par mes questions, par une fausse candeur, essayer de faire vivre des idées qui ne sont pas représentées. Même si je ne les défends pas forcément. Si j’animais une émission politique et que mon plateau était seulement de droite, je poserais des questions de gauche. Et vice-versa. Ce rôle mon convient vraiment. (il réfléchit un moment) En fait, j’ai moins de certitudes que beaucoup. Voilà. Le temps m’a appris à douter. J’ai assez peu souvent des idées extrêmement arrêtées sur les choses ; ça ne veut pas dire que je n’ai pas d’opinion. Si on prend un exemple : Nasri et son retour chez les bleus. Je trouve qu’on vit dans un monde où on a besoin de bouc-émissaire. Alors il faut absolument lui taper dessus. On dirait qu’il a tué le petit Grégory. Je ne me reconnais pas dans cette violence du monde médiatique. Je me vois plus dans un rôle de modérateur.

Si on reste sur Nasri. Votre opinion a-t-elle évolué au fil du temps ou est-ce un point de vue que vous tenez depuis le début des affaires le concernant ?

J’ai suivi les rebondissements. Il a été sanctionné, voilà. Je pense que tout le monde a droit à une deuxième chance. Maintenant, s’il refait le con avec Deschamps, il se grillera définitivement. Je trouve qu’on fait trop souvent la part belle à ce qui est violent. Aujourd’hui, il y a des polémiques sur tout, les déclarations les plus « trashs » sont retenues. Le jeu médiatique est effrayant.

On parle d’attitude avec l’exemple Nasri. Le fait que, de plus en plus, la formation et les clubs soient très attentifs à l’attitude, peut-être autant qu’au potentiel du joueur, vous paraît-il essentiel ?

Bien sûr, c’est très important. Pas seulement pour des raisons morales, par souci d’efficacité, aussi. Attention, il y aura toujours des exceptions : Balotelli, par exemple, est un joueur qui n’aura jamais une attitude totalement appropriée. Mais, pour ses employeurs, ça passera quand même. C’est un choix à faire. En tout cas, pour se permettre d’être désagréable et irrespectueux du groupe, il faut vraiment être très fort pour que ça passe.

Si vous aviez ce choix à faire, en tant qu’entraîneur d’un grand club ?

Non, je ne le prends pas.

L’équilibre d’un vestiaire est primordial ?

Oui, mais si je dois construire un vestiaire, je ne prends pas, non plus, que des garçons bien polis, sages. Une équipe de foot, ça ne marche pas comme ça. Il ne faut pas avoir peur des fortes personnalités, des mecs un peu « borderline ». C’est un tout.

Parlons un moment des droits télés qui sont indirectement liés au CFC. L’an dernier, le découpage des droits a fait que Canal est passé à côté de plusieurs affiches. Ce n’est plus le cas depuis cette année. Est-ce important, pour l’émission, que l’affiche du dimanche soir soit alléchante ?

Pas tant que ça. Le CFC vit indépendamment de l’affiche qui suit. Je veux dire par là qu’il n’existe pas un lien direct au niveau des audiences. Parfois, c’est même l’inverse. Si un gros club ne joue pas le dimanche soir, il sera donc plus présent dans l’émission qui précède. Pour l’abonné, oui, c’est important. Le système où Canal payait très cher un produit qu’il ne diffusait pas comme il le voulait était aberrant. Vous imaginez ça ailleurs ?

Le lundi, depuis deux saisons, vous êtes également à la tête des « Spécialistes ». Un programme plus pointu, plus technique. Pour vous qui venez de TF1, est-ce important de garder, malgré tout, un œil sur le grand public ?

Bien sûr. D’ailleurs, je pense que, d’une manière générale, l’antenne de Canal a évolué de ce point de vue là. La fonction du journaliste, c’est de vulgariser les choses, de les rendre accessibles. Ce degré d’accessibilité, il faut le trouver en fonction de la cible que vous savez être derrière l’écran. Il fut une époque où les émissions de la chaîne étaient tournées pour les techniciens, les entraîneurs. Aujourd’hui, on a tellement d’abonnés que ce n’est plus possible de faire ça. Fatalement, les plus spécialistes des spécialistes sont déçus, trouvent ça moins bien. Mais nous, on ne peut pas laisser sur le bord de la route les milliers de personnes qui nous ont rejoints. Il faut juste s’adapter. Je ne vais pas expliquer dans « Les Spécialistes » que l’Olympique de Marseille joue en blanc ! Mais, souvent, on est sur-informé et on pense que les gens devant l’écran ont le même degré d’information. Ce n’est pas toujours le cas.

Pour finir, un mot sur votre poste actuel. Avez-vous conscience que pour beaucoup de jeunes et de très jeunes, vous représentez le summum du journaliste sportif ?

Franchement, je ne m’en rends pas compte. Quand on est dedans, on est dedans. Je ne me dis pas chaque matin : « Quelle chance tu as ! ». Je mesure ma chance mais je ne m’arrête pas là-dessus.

Avez-vous encore des rêves, des projets ?

Je n’ai jamais vraiment fonctionné ainsi. Je n’ai jamais eu d’objectifs de carrière. Je ne me projette pas, ça ne sert à rien dans ce métier. Je vais dire un bon truc de « footeux » : il faut prendre les matchs les uns après les autres…

Vous les côtoyez trop !

Ouais, ça doit être ça (sourires). Je n’ai pas de rêve, si ce n’est que ça continue. Je suis heureux dans ce que je fais. Je n’ai pas de rêve. Ça durera ce que ça durera. Quoi qu’il en soit, ça me va.

HERVÉ MATHOUX
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5 commentaires sur “HERVÉ MATHOUX

  • 23 juin 2013 à 2013-06-23T19:31:21+00:000000002130201306
    Permalink

    différentes d avec les joueurs de foot mais enrichissantes tout de meme…

    merci et bonne continuation bastoon

    amitiés bertrand

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  • 23 juin 2013 à 2013-06-23T20:51:50+00:000000005030201306
    Permalink

    excellente interview. d autant plus sympa qu’on connait peu l opinion d Hervé Mathoux sur le foot, les rapports dirigeants/supporteurs, etc… je le suis depuis l époque formule foot et c est toujours un plaisir d en apprendre sur cette personnalité du monde du ballon rond.

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  • Ping : « Je ne me reconnais pas dans la violence médiatique » (Hervé Mathoux) | En Pleine Lucarne

  • 27 juin 2013 à 2013-06-27T11:52:05+00:000000000530201306
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    Très Bon interview.
    Et en effet, même s’il n’en a pas conscience Hervé Mathoux représente le parfait journaliste sportif. Tout jeune se destinant à cette carrière voudrait être à sa place chaque dimanche soir au CFC.

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  • 8 juillet 2013 à 2013-07-08T20:19:43+00:000000004331201307
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    Très bonne interview.

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