LAURENT LUYAT (1)


 

 

 

Lundi 14 mai, 16h00. Entrée dans le hall de France Télévisions. Tout juste le temps de lever les yeux aux balcons qui entourent l’atrium, là où s’étaient massés les employés du groupe au retour des otages français, l’été dernier, pour l’un des moments de télévision de ce début de décennie. Laurent Luyat arrive, tout sourire. La veille, il avait pris la peine de me prévenir. « Après-midi chargée mais on arrivera à caler l’interview », écrivait-il en substance. « J’ai les répétitions de la conférence de presse des programmes de l’été, viens y assister », me propose alors le journaliste, spontanément. Luyat prend quelques instants, me présente à François Brabant, le monsieur tennis du groupe, et à Louise Ekland, la souriante et sympathique animatrice originaire de Liverpool, puis part s’installer sur la scène pour une heure de filage aux côtés de l’intransigeant patron des sports, Daniel Bilalian. 17H00, nous traversons les couloirs du service des sports, où, chaque  journaliste, d’Alexandre Boyon à Jean-Paul Ollivier, a un petit mot pour Luyat. Signe d’une vraie popularité, même auprès des siens. Installé dans son nouveau bureau, qu’il partage avec deux de ses collègues, l’animateur-journaliste prend le temps de retracer son parcours et d’évoquer ses projets. Depuis, on me demande souvent : « Alors, il est comment Luyat ? ». Comme devant la caméra, sympa et spontané.


Comme convenu, au cours de cet entretien hors format, nous tenterons d’en savoir plus sur votre carrière, votre positionnement et votre point de vue sur votre métier. Commençons par évoquer vos premiers souvenirs de sport.

Mon premier souvenir de sport, c’est une finale de championnat de France de rugby. J’étais tout petit et j’avais été marqué par le contraste entre les joueurs qui hurlaient de joie, et ceux qui pleuraient. Ça m’avait vraiment interpellé. J’avais trouvé ça beau, toutes ces émotions différentes. Ensuite, mes grands souvenirs sont, en réalité, deux défaites. France-Allemagne, évidemment, à Séville en 1982. Et McEnroe-Lendl, à Roland-Garros 1984. Deux fois où j’ai pleuré comme un gamin…

Vos grands souvenirs sont donc deux mauvais souvenirs.

Oui, c’est vrai. C’est drôle. J’ai presque envie de dire que les mauvais souvenirs marquent plus que les bons. Ça reste ancré dans la mémoire. C’est fou quand même !

On doit également retracer vos souvenirs de téléspectateurs, puisqu’on peut dire que vous étiez un « enfant de la télé ». Passionné de sport, c’est vrai, mais également bercé par les émissions de variétés, tels que les shows des Carpentiers.

Les Carpentiers, Guy Lux. J’aimais bien les émissions de Guy Lux, dans les années soixante-dix. Il avait des décors un peu psychédéliques, des couleurs, des paillettes, ces micros très longs, très impressionnants, ces chanteurs, et ce public qui hurlait dans la salle. J’adorais ça ! Ce côté direct, foule en liesse. C’était ça que je voulais faire, j’en parlais déjà à mes parents alors que je devais avoir cinq, six ans. J’étais obnubilé par ça, je voulais faire des émissions de variétés. D’ailleurs, dès l’âge de dix ans, je m’en souviens très bien, j’ai commencé à m’enregistrer dans ma chambre avec un magnétophone et un micro. Je faisais mes premières émissions. J’écrivais tout, il y avait un conducteur. J’y mettais des chansons, des interviews. Quand j’interviewais, je faisais les questions et les réponses (rires). Dans mon esprit, il y avait toujours une caméra en face, je m’adressais à elle. J’ai fait ça pendant des années. Faut être un peu fou…

C’est pour ça que tout semble simple pour vous aujourd’hui. Vous avez plus de trente ans de métier derrière vous, finalement (sourires).

Oui. Je pense surtout que j’avais besoin d’extérioriser ça. C’est assez curieux, mais j’avais besoin de parler, de faire mon émission. J’avais besoin que ça sorte, en fait.

Vous parliez de Guy Lux, c’est lui qui a précipité la naissance de cette vocation.

C’est vrai. Et c’est marrant, parce que la première interview que j’ai réalisée, c’était lui. C’était un peu plus tard, au Progrès, où l’antenne de Grenoble existait encore, à l’époque. C’est la fin de cette antenne d’ailleurs. J’étais pigiste sportif. Et, avec Guy Lux, j’y avais été au culot. Il animait l’émission « Interglaces » à l’occasion d’un match entre Grenoble et Briançon, au Palais des Sports. J’étais arrivé en lui disant : « Je viens vous faire une interview pour le journal Le Progrès ». Je crois que le patron du Progrès, à cette période, était un de ses potes parce qu’il m’avait accueilli à bras ouverts (sourires). Il m’avait dit « Venez, on va aller à mon hôtel, je vous offrirai un verre au bar ». Je l’ai fait monter dans ma voiture, ma toute première bagnole, une vieille Peugeot 104. J’avais honte ! Après, je disais à mes potes : « Regarde, y’a Guy Lux qui est monté là ! » (rires). Il a été vraiment sympa. Ensuite, j’ai envoyé l’interview à une sténo du Progrès à qui j’envoyais, généralement, mes comptes-rendus de quatrième division féminine de basket. Et l’interview est passée ! J’étais très fier, à tel point que je l’avais faite parvenir à Guy Lux, par la suite.

On est alors en 1985. Vous continuiez, en parallèle, vos études… scientifiques !

Oui. D’ailleurs, le bac, j’ai eu du mal à l’avoir ! Je l’ai passé deux fois quand même. J’ai redoublé deux fois, je ne m’en cache pas (rires). Je foutais pas grand chose. Les années de redoublement ont été les meilleures car j’avais beaucoup de facilité la deuxième année, alors, je travaillais encore moins. Tout juste assez pour « verrouiller ». Ce sont de bons souvenirs. Le bac S d’aujourd’hui s’appelait C et D. L’un était axé sur les maths et la physique, l’autre sur la biologie. J’ai quand même la fierté de dire que j’ai eu le plus difficile des deux, même si j’ai eu du mal à l’obtenir (rires). A un moment donné où je n’y arrivais pas, j’ai même envisagé un brevet électronique. Et finalement, je ne l’ai pas fait car c’est à cette époque-là que je suis entré à Radio France Isère, en 1987.

L’entrée à Radio France Isère a été déterminante pour la suite. Comment cela s’est-il déroulé ?

Un an plus tôt, j’avais passé un coup de fil au responsable des sports, qui m’avait dit qu’ils avaient déjà suffisamment de pigistes, qu’ils n’avaient pas de place. Il m’a quand même demandé de lui laisser mon numéro de téléphone. A l’époque, ce n’était pas le portable, c’était celui du domicile de mes parents. J’ai tout de suite pensé que c’était une manière polie pour me dire qu’ils ne voulaient pas de moi. Ce qui est fou, c’est qu’un an plus tard, en plein été 87, mon père me dit : « Ils ont appelé, ils voudraient que tu les rencontres ». Et c’est comme ça que j’y suis entré. Je n’ai quasiment jamais eu de piston. Tout s’est toujours produit un peu par hasard, par chance. Je l’avais provoquée, c’est vrai. Mais tout ça s’est passé en décalé, il a fallu que je sois patient, mais les choses ce sont faites.

On reprend votre parcours, chronologiquement. Après deux ans à Radio France Isère, vous devenez l’animateur de la matinale de Fréquence Nord. L’année 1992 marque vos premiers pas à la télévision, sur France 3 Grenoble. En 96, vous êtes aux commandes du journal télé de la chaîne. Quand on observe cette décennie, on a le sentiment que la progression a été constante. C’est aussi comme cela que vous le ressentiez, ou avez-vous parfois été impatient ?

Il est vrai que je n’ai pas brûlé les étapes, et ça m’a servi, car je pense que je suis un peu lent pour apprendre les choses, malgré tout. Il me faut du temps (sourires). Finalement, je pense avoir eu besoin de toutes ces années pour me perfectionner. Cela dit, j’ai été à l’antenne dès la fin de l’année 92. Ils m’ont mis au journal des sports qui s’appelait « Trois par trois » ,que je présentais en plateau et en binôme. Et puis j’étais également au journal du week-end, là aussi nous étions deux à présenter. Je m’occupais des petites brèves qui venaient émailler le journal. Surtout, ce qui m’a servi, c’est que j’enregistrais tout. Toutes mes interventions. Sur cassettes VHS, à l’époque. Quand je rentrais chez moi, je regardais, et je ne voyais que les défauts, évidemment. J’étais assez nerveux, je faisais beaucoup de gestes. Tout ça m’a permis de corriger la gestuelle, le ton. A cette période, quand je bafouillais trois fois, je ne dormais pas de la nuit (rires) !

Est-ce ce professionnalisme, poussé à l’extrême dès le plus jeune âge, qui vous a permis d’en être là aujourd’hui ?

Je ne sais pas. Ce qui est curieux, c’est que j’avais ce besoin et cette envie de me revoir pour m’améliorer, alors qu’aujourd’hui, j’ai du mal à me regarder. (il soupire) Je ne sais pas si c’est de la lassitude…

Il y a peut-être moins de choses à corriger.

Oui, oui, j’espère quand même. En tout cas, ça m’a bien servi. J’avais réussi à enlever tous les petits défauts, les tics. Si j’avais un conseil à donner aux jeunes, c’est vraiment ça. Se réécouter. En parallèle, la radio m’avait appris à poser ma voix. Au début, j’avais tendance à parler un peu fort. Un réalisateur m’avait même demandé : « Mais pourquoi tu cries ? ». Du coup, en mettant le casque plus fort, j’avais corrigé ça.

Vous étiez un précurseur. Trente ans plus tard, crier dans le micro est plutôt dans l’air du temps (sourires).

Oui, mais j’en suis pas fan, de ça.

On y reviendra lorsqu’on évoquera votre décennie à Europe 1. Au cours de vos années à France 3 Grenoble, vous avez été confronté à l’actualité politique et judiciaire. Auriez-vous pu vous y spécialiser et abandonner le sport ?

Oui, oui, j’aurais pu, effectivement. D’abord, parce que ça m’a passionné. Grâce à ça, j’ai acquis une solide culture générale. Quand je me suis douté qu’on me confierait le journal, je me suis plongé là-dedans, j’ai vraiment bien étudié tous les termes judiciaires, notamment. J’ai beaucoup appris. A l’époque, on était en plein dans les affaires Carignon (NDLR : Alain Carignon, homme politique, ministre du gouvernement Balladur, avait été successivement mis en examen puis incarcéré pour corruption, abus de biens sociaux et subornation de témoins). Autant vous dire que les ouvertures de journaux sur ces affaires, c’était tous les soirs. Il se passait tout le temps quelque chose. En plus, du côté de Grenoble, l’actualité est assez riche. Il y a le ski, toute l’actualité en montagne. C’est très dense, très intense. Ça a duré deux ans, avec un journal le midi, et un journal le soir. J’aurais pu continuer, mais comme ça faisait cinq ans que j’étais sur France 3 Grenoble, j’étais quand même content de monter à Paris. Je me disais que faire toute ma carrière là-bas, ce n’était pas vraiment ce que je souhaitais. Aussi riches soient-elles, les mêmes actualités reviennent un peu tout le temps, malgré tout. J’aurais fini par m’empâter.

Vous parlez de votre arrivée à Paris, c’était en 98. Là, vous intégrez la toute nouvelle chaîne Régions.

C’est ça, une chaîne lancée par France 3 sur TPS (NDLR : dont le groupe France Télévisions était co-actionnaire).

Chaîne dirigée par Rémy Pflimlin, où vous réalisez une interview de personnalité par jour. Là encore, vous développez une palette très large.

Vous êtes très au courant (sourires).

Vous passiez d’artistes très populaires, comme C Jérôme, à, par exemple, Régine Deforges, que je ne connaissais pas avant de préparer cette interview.

Régine Déforges, « La bicyclette bleue », je vous le conseille.

Vous développiez l’art du grand écart entre tous ces univers, non ?

Oui, en plus c’était des interviews d’une heure, un peu à la « Mon Zénith à moi » (NDLR : émission conçue et présentée par Michel Denisot, entre la fin des années quatre-vingt et le début des années quatre-vingt dix) dans la forme. Là encore, j’ai appris beaucoup de choses. Je travaillais avec une scripte qui était assez douée dans la perception des choses, la psychologie des gens. Je me souviens aussi d’un gars qu’on avait reçu – ça va encore plus vous surprendre – et qui était le spécialiste de la mort subite du nourrisson. C’était un médecin qui accompagnait les parents victimes de ces drames. Bon, c’est assez intéressant, mais plutôt plombant, il faut le reconnaître. Et ce mec avait un sourire permanent sur le visage lorsqu’il s’exprimait. Je me souviens qu’on était allé prendre un verre, avec cette scripte, suite à l’émission. Et elle me dit : « T’as pas réussi à lui enlever ce putain de sourire ! ». Elle avait totalement raison. C’était pas normal de parler d’un sujet aussi lourd de cette façon, qui plus est, à la télé. Je pense qu’il cherchait à « dédramatiser » un peu. Mais voilà, je pense que je ne l’ai pas poussé assez loin dans l’interview. Vous voyez ce que je veux dire ? J’ai appris ce genre de choses au fur et à mesure. On faisait ça avec de petits moyens… Trois euros-cinquante pour faire tourner cette chaîne ! Mais c’était sympa.

Les interviews au long cours permettent de prendre le temps d’évoquer les sujets en profondeur. C’est rare en télé.

C’est vrai. Vous parliez de grand écart, oui. C’est passionnant, je trouve, de recevoir des invités et de se plonger dans leur univers. Il y a eu quelques mauvais souvenirs aussi. Quand les gens ne sont pas intéressants, sur une heure… (il soupire). Je peux  vous dire que vous ramez. Mais, heureusement, on a surtout eu des bons clients. Jean Amadou, par exemple.

Suite à cette expérience, tout s’enchaîne. Vous devenez joker sur l’émission « Tout le sport », « Le journal de l’Euro » en juin 2000, les J.O de Sydney, cette même année…

Les J.O de Sydney, c’est assez drôle. Quand je suis arrivé, Patrick Chêne était le patron des sports. Et pour les olympiades, c’était Gérard Holtz, Pierre Sled, et moi qui devions assurer la présentation. Venant d’arriver, on m’avait donné la tranche vingt-trois heures-cinq heures du matin. Il s’est trouvé que, entre-temps, Patrick Chêne s’en va, et, c’est Charles Biétry qui le remplace. Très vite, il écarte Pierre Sled avec lequel il avait un contentieux. Gérard Holtz, quant à lui, part au J.T de treize heures. Je me retrouvais tout seul, pour seize heures de direct (rires) ! Bien sûr il a fait venir Christophe Josse de Canal+, et nous nous sommes partagés l’antenne par session de quatre heures. Ça faisait donc huit heures en direct quotidiennement.

Vous avez été propulsé très vite sur un événement de cette importance. Aviez-vous conscience du poids de la responsabilité de gérer une antenne comme celle-là ?

Non, pas vraiment. J’avais déjà un peu d’expérience avec France 3 Grenoble, quand même. C’est pour ça que je l’évoque souvent, c’est vraiment là-bas que j’ai appris la télé. Je leur dois beaucoup à ce niveau-là. Sydney, c’était il y a douze ans, j’étais plus jeune et je n’avais, peut-être, pas forcément conscience, j’étais assez décontracté. Et puis, je peux vous dire que quand vous faites huit heures d’antenne par jour, si vous avez une petite appréhension, elle disparaît très vite. Je me suis vraiment senti bien durant ces J.O, j’avais la confiance de Biétry, pour le coup. Un bon environnement. Tout s’est très bien passé.

Vous évoquez Biétry. On a parfois dit de vous que vous étiez son protégé.

Je ne pense pas qu’on puisse dire que j’étais son petit protégé. Je pense qu’il m’aimait bien, c’est vrai. D’ailleurs, la première décision qu’il a prise, lorsqu’il est arrivé, a été de me confier « Le journal de l’Euro » dont vous parliez à l’instant. Ce n’était pas prévu, au départ. Ensuite, sur les J.O, c’est vrai qu’il m’a fait confiance. Suite à ça, certains ont dit que j’avais pris un peu la grosse tête. Biétry, c’est le genre de choses qu’il ne faut surtout pas lui dire. Peut-être que j’avais pris la grosse tête, un petit peu, je sais pas. Si ça a été le cas, ça n’a de toute façon pas duré. Du coup, il m’avait mis, en quelque sorte, au placard ou à la soute. Ça, il le fait avec beaucoup de gens. Et puis après, il m’avait ressorti. C’est quand même lui qui m’a fait présenter « Stade 2 », lorsque Christian Prudhomme partait pour une longue période commenter le Tour de France. Il partait le préparer dès la mi-juin, et prenait, suite au Tour, un mois de vacances. C’est Charles qui m’a confié la présentation tout au long de l’été. Je lui dois aussi, quand même, de m’avoir donné autant d’antenne à Sydney, le magazine de l’Euro, « Stade 2 ». Après, c’est un personnage assez particulier, Charles…

A propos de son mode de management, j’ai lu qu’il soufflait un peu le chaud et le froid dans les relations avec ses équipes.

Exactement, c’est ça. En fait, il a toujours peur que les jeunes s’enflamment. Après les jeux de Sydney, il m’avait écrit un mot qui disait : « Tu as fait des jeux fantastiques. Garde la tête dans les étoiles, mais les pieds sur terre ». Après, il y a toujours des jalousies, c’est le propre de notre métier. A l’époque, j’imagine que certains me savonnaient un peu la planche. (faussement investigateur) Je sais pas qui, mais bon…

Pour terminer sur Biétry, on peut imaginer que vous avez été sondé à propos de BeIn Sport (NDLR : chaîne du groupe Al Jazeera, lancée début juin, dont Charles Biétry est le directeur).

Oui et non. Le problème, c’est que j’ai la chance de présenter des événements très importants sur France Télévisions. Aller sur BeIn Sport, ce doit être très intéressant mais ça signifie tirer un trait sur Roland-Garros, sur le Tour de France, sur les J.O, sur le Tournoi des six nations, sur les soirées foot. Vous voyez ce que je veux dire ?

A titre personnel, je comprends totalement votre choix de rester sur France Télévisions. Mais vous confirmez qu’il y a bien eu une approche de sa part…

Oui, oui. Mais, ça n’a pas été très loin. (semblant vouloir évacuer le sujet) On s’était vu lorsqu’on avait reçu un prix commun de la part de l’Association des écrivains sportifs, en 2010. J’avais reçu un prix ce jour-là.

En raison de la qualité de votre français, à l’antenne.

Oui, c’était flatteur (rires).

Ouvrons une parenthèse au sujet de votre décennie passée à Europe 1. Que retenez-vous de toutes ces années ?

J’y ai passé sept ans et c’est un très bon souvenir, vraiment. De 2001 à 2008, j’ai présenté les Multiplex, notamment. On a fini, nous étions leaders sur la case horaire. Ces soirées Multiplex, le samedi de 19H à 23H, accompagné de mon statisticien (NDLR : Hervé Kerivel), c’était génial. La dernière année, j’ai même vécu la montée de Grenoble, mon club de cœur, en Ligue 1. Dans le studio, on était trois potes grenoblois, il y avait du champagne. On est allé sur les Champs-Elysées après ce Multiplex, vraiment un super souvenir.

A ce moment de l’interview, nous sommes involontairement interrompus et nous quittons le bureau de Laurent Luyat pour nous retrouver, quelques couloirs plus loin, dans la salle de réunion de la rédaction.

Evoquons un instant votre départ. En mai 2008, à peine quelques jours après l’arrivée de Thierry Clopeau à la tête de la direction des sports, vous quittez la station, dans des conditions encore floues aujourd’hui. A l’époque, il vous propose une quotidienne, ce que votre contrat avec France Télévisions vous interdit.

C’est la première décision qu’il a prise. Je crois que je n’étais pas sa tasse de thé. Cette quotidienne, c’était impossible. Et puis, je passais du Multiplex, qui était un rendez-vous phare de la station en ce qui concerne le sport, à une quotidienne sur une radio numérique, Europe 1 Sport. Là, c’était l’inverse de Grenoble, je passais de la première division au championnat amateur. J’en avais un peu gros sur la patate, au départ, car j’aimais vraiment cette radio et les gens qui y travaillaient. Heureusement, je n’ai pas eu l’occasion de gamberger longtemps car lors de cet été 2008, j’enchaînais avec Roland-Garros, le Tour de France, et les J.O de Pékin. Mais je sais qu’un jour je reviendrai à Europe 1.

Suite à ce départ, vous déclariez qu’au vu du changement de ton qui s’opérait alors, vous n’auriez, de toute façon, pas pu continuer à y travailler. Vous critiquiez « le côté tutoiement intempestif, faut gueuler ». C’était une allusion à peine masquée à ceux qui vous ont succédé. On pense notamment à Alexandre Delpérier.

Il m’avait appelé pour me demander si c’était lui qui était concerné (rires) ! C’était plus un constat général. En même temps, je reconnais qu’RMC est une très bonne radio. Honnêtement, ce qu’ils font, c’est très bien. Bon, je ne veux pas non plus me mettre au-dessus de tout le monde et dire « ça, c’est bien » ou « ça, c’est pas bien ». J’ai dit ça il y a trois, quatre ans. J’ai l’impression que ce côté « on tutoie tout le monde, on gueule dans le micro », ça passe un peu.

Le tutoiement, dans un média plus libre comme l’est la radio, vous ne pensez pas que c’est un devoir de vérité vis-à-vis de l’auditeur, qui imagine bien la proximité qui peut exister entre un animateur et son consultant, par exemple.

Que Michel Drucker tutoie Michel Sardou à l’antenne, personne ne trouvera ça choquant. Tout le monde sait qu’ils se connaissent depuis quarante ans. Moi, il m’arrive de tutoyer certains invités sur « Village Départ ». Des jeunes comme Quentin Mosimann ou Colonel Reyel. En revanche, j’ai pas envie de tutoyer André Dussolier, par exemple.

C’est aussi une question de génération, donc.

C’est ça, c’est une question de génération. Et puis, j’ai le sentiment que ça exclut l’auditeur ou le téléspectateur, le tutoiement. Sauf s’il est naturel et compris.

Estimez-vous qu’Europe 1 a voulu surfer sur la vague RMC ?

Oui, je le pense. Ils ont voulu reproduire un peu le même schéma en oubliant qu’Europe 1 et RMC, ce n’est pas la même chose. Le ton n’est pas le même, le public non plus. Ce qui est dommage, c’est qu’on a été les premiers, à Europe 1, sous l’impulsion d’Eugène Saccomano, à avoir une émission de sport le soir, et qu’on a été les premiers, quinze ans plus tard, à supprimer cette émission.

Quand je vous écoute, j’ai l’impression que c’est l’institution Europe 1 qui vous manque, plus que le média.

L’institution me manque, mais le média aussi. Quand même, c’est sympa la radio. Pas besoin d’être super bien habillé, d’être rasé. C’est un autre contact avec les gens, aussi.

Vous pourriez y revenir très vite ?

Oui. D’ailleurs, ça avait failli se faire l’été dernier sur Europe 1, sur le Multiplex. On m’avait proposé vendredi, samedi, dimanche. Et c’était un peu compliqué. J’avais beaucoup de choses, beaucoup d’événements ici, avec, notamment, la Coupe du Monde de rugby. Je n’aurais pas pu démarrer les Multiplex avant la fin octobre.

C’était une question d’emploi du temps.

Oui, oui. C’est vrai qu’il y a des gens très sympathiques qui sont au service des sports de la radio, et avec lesquels j’ai gardé de bons contacts.

On va consacrer la suite et la fin de cet entretien à votre image, la façon dont vous êtes perçu, et votre positionnement dans l’univers télévisuel. Vous avez déclaré, à l’occasion d’un portrait qui vous était consacré dans la presse belge : « Je n’aime pas laisser indifférent ».

Comme tous ceux qui font ce métier, je pense. Quand on fait de la télé, on est un peu cabot, vous savez.

Pourtant, auprès du public, vous avez une immense cote de popularité…

C’est gentil.

Et l’image d’un éternel petit jeune !

Oui (rires).

Pour l’anecdote, je regardais régulièrement le Tour de France en compagnie de ma grand-mère jusqu’à l’été dernier, et, lorsqu’elle vous apercevait à l’antenne, elle disait souvent : « Je l’aime bien ce petit jeune ». Je lui répondais : « Tu sais, il n’est plus si jeune que ça ».

(rires) C’est sûr !

Comment analysez-vous cette perception du public, alors que cela fait plus de dix ans que vous êtes aux manettes d’émissions nationales ?

Vous avez totalement raison. Le truc, c’est qu’à dix-huit ans, j’en faisais quatorze. A vingt, j’en faisais dix huit, etc. C’était d’ailleurs un peu pénible. Les gens, peut-être sans le vouloir, pouvaient parfois être méprisants avec moi. Aujourd’hui, alors que j’ai pas mal dépassé la quarantaine, c’est plutôt profitable, ça m’aide (sourires).

Ce qui fait votre succès, c’est ce côté sympa, proche du public, et même si on dit de vous que vous êtes un vrai déconneur dans le privé, on vous sent assez proche, à l’antenne, de ce que vous êtes dans la vie de tous les jours.

Oui, sincèrement. Je ne crois pas être différent, à la télé, de ce que je suis dans la vie.

Contrairement à certains de vos collègues.

C’est vrai. La télé, ça peut être un média réaliste, mais, ça peut aussi masquer pas mal de choses…

Malgré cette cote d’amour indéniable, vous estimez que le public, en raison du paiement de la redevance, est souvent très dur avec les animateurs et journalistes du service public, et qu’il ne pardonne rien. N’y a-t-il pas un peu de victimisation derrière ces propos. Si on suit votre raisonnement, que doivent penser les journalistes de Canal+, par exemple ?

Les téléspectateurs payent un abonnement, c’est vrai, mais Canal leur donnent exactement ce qu’ils veulent. Ce sont des férus de sports, qui attendent des émissions et des analyses très pointues. Nous, la différence, c’est qu’on s’adresse à tout le monde. Quand on fait Roland-Garros, on s’adresse à celui qui regarde le tennis une fois par an, mais aussi au passionné de tennis, qui suit tous les tournois sur les chaînes payantes. On parle à tous ces gens-là, ce n’est pas facile de tous les convaincre. On se doit d’être grand public, et également un peu pointu.

Ce que vous vouliez dire, c’est que ce sont peut-être les spécialistes, les initiés, qui vous reprochent ce côté trop grand public.

Exactement. Ils ne comprennent pas ça. Bon, malheureusement, c’est comme ça. On est un grand groupe de télévision, on s’adresse à tout le monde, voilà.

Auprès de votre famille professionnelle, vous ne laissez pas indifférent. Patrick Chêne et Pierre Sled ne vous ont pas épargné, vous reprochant des propos souvent acerbes, trop tranchés. Prudhomme et Holtz louent, quant à eux, votre aisance indéniable et votre spontanéité. Comment expliquez-vous ces points de vue divergents ?

Je vais essayer de faire court sur l’histoire avec Patrick Chêne et Pierre Sled. Pour replacer le contexte, en 2003, j’avais fait la Coupe du Monde du rugby avec Serge Simon. Ces deux mois en Australie, c’était un « one shot », tellement on avait conscience que ce duo était improbable. On s’était dit : « C’est une animation qu’on pourra faire une fois dans notre vie, pas deux » (rires).

C’est vrai, certains moments ont marqué le téléspectateur.

Oui, on avait eu de très bons échos suite à ce mondial. On m’en a reparlé longtemps après, de ce duo avec Serge. Mais tous les deux, on s’est fait défoncer par mes collègues dans le service. J’ai entendu des choses… Que c’était scandaleux, pitoyable, pathétique, etc. Quand on est revenu de Sydney, j’étais un peu sur la défensive. J’ai donné beaucoup d’interviews, dont une sur Canal (NDLR : pour + Clair, émission sur l’actualité des médias, diffusée chaque samedi à la mi-journée). J’étais dans un état d’esprit un peu particulier, je lançais quelques piques, je balançais des trucs. Un peu « chien fou », quoi. A un moment donné, Daphné Roulier, la présentatrice, rebondit sur le fait que j’avais déclaré vouloir faire du divertissement, et me pose une question sur un jeu qu’avait animé Pierre Sled durant la période de Noël. Elle me demande : « Aimeriez-vous faire le genre de jeu qu’a fait Pierre Sled ? ». J’ai répondu : « Non, j’aime pas ». Je n’ai pas critiqué Pierre Sled, pas dit qu’il était mauvais. Pourtant, Patrick Chêne, son pote, qui était à mes côtés, s’offusque et trouve ma réponse scandaleuse. Suite à ça, je sais que Pierre m’a pas mal égratigné dans la presse. Moi, je n’ai rien contre lui. On a quand même le droit de dire si on aime ou si on n’aime pas. Pour mes émissions, j’accepte la critique. J’avais attaqué l’émission, pas l’homme. Vous comprenez ? Après, ce que dit Gérard Holtz régulièrement à mon égard me fait plaisir. Gérard, je le voyais quand j’étais petit, et j’ai toujours été impressionné par son aisance à l’antenne. Je le trouvais hyper à l’aise, notamment dans la façon dont il se déplaçait. Ça aussi, ça m’a donné envie de faire du sport à la télé. Et Christian Prudhomme, que je vois tous les ans sur le tour, et qui est un ami, aussi.

Vous avez évoqué brièvement l’agitation et les déclarations essuyées à votre retour d’Australie, en 2003. Même genre de réaction que lorsque vous recevez Candeloro, en avril dernier, à l’occasion du tirage au sort des demi-finales de la Coupe de la Ligue.

Sur l’histoire Candeloro (il soupire), j’ai trouvé la polémique ridicule. Philippe, je le connais depuis des années, je l’ai reçu à de nombreuses reprises. Quand vous avez Candeloro sur un plateau, vous savez à quoi vous attendre. En plus, pour le coup, le contexte était un peu particulier, car c’était le soir où Mohammed Merah était retranché dans son appartement. On devait faire vingt-cinq minutes de magazine suite au match PSG-Lyon, et le « Soir 3 » nous avait demandé de ne faire seulement quinze minutes pour laisser place à l’actualité. On a donc eu droit à un condensé de Candeloro sur quinze minutes (rires). Sachant que j’avais les « off » à gérer, les résumés de matchs, l’arrivée des présidents de Lyon et de Quevilly, je ne l’ai pas trop repris : je l’ai laissé un peu faire. De toute façon, il n’y avait vraiment pas de quoi en faire tout un plat. Ça ne reste que du foot, que de la télé. Parfois, il faut arrêter de se prendre la tête.

Que vous reproche-t-on, finalement ? Un manque de légitimité ? Une exposition trop importante ?

Je ne sais pas. Ceux qui me reprocheraient un manque de légitimité, je leur réponds simplement que je ne suis pas un analyste pointu du sport. Je suis un présentateur, un chef d’orchestre, un généraliste. Je suis là pour animer un plateau. Pour ça, je pense être légitime, sans prétention. Après, des jalousies, il y en aura toujours, quoi que vous fassiez. Mais dans le service, ça va. Je n’ai pas ce problème là, aujourd’hui.

Pensez-vous que votre parcours d’autodidacte a pu déranger les esprits un peu plus formatés ?

Ecoutez, je n’ai jamais eu ce sentiment. J’ai tout de suite été sur le terrain et il faut dire qu’à l’époque, il y avait vraiment deux types de parcours : ceux qui sortaient d’écoles, et ceux qui, comme moi, étaient des autodidactes et apprenaient sur le tas. Aujourd’hui, les jeunes sortent tous d’écoles quasiment.

Parlons de votre positionnement. Aujourd’hui, vous vous sentez à mi-chemin entre animateur et journaliste ?

Oui. D’ailleurs, ça ne m’a jamais dérangé d’être catalogué comme animateur. Quand on dirige un plateau, il faut y mettre de la convivialité, savoir aiguiller le téléspectateur. Je pense que la suite de ma carrière ira encore plus vers l’animation. Peut-être. Cette année, je fête mon dixième Roland-Garros, toujours avec autant de plaisir ; mais je ne suis pas sûr que, dans dix ans, je serai encore sur la terrasse de Roland. Peut-être que je ferai autre chose.

Ce qu’on sait un peu moins, Laurent, c’est qu’on dit de vous que vous êtes obnubilé par l’audience. Vous confirmez ?

Ah bon (visiblement étonné) ? Ce n’est vraiment pas mon moteur. Mon ambition, c’est de prendre du plaisir, parce que ça permet de le transmettre ensuite au téléspectateur. La première chose qui compte, c’est l’avis des téléspectateurs sur mon travail. Je m’adresse d’abord à eux. L’audience, bien sûr, elle est très importante. « Village Départ », l’an dernier, a très bien fonctionné, parce qu’on a su « cibler ». Les gens, sur France 3, l’été, ils veulent voir des tubes, taper dans les mains, chanter, etc. Si je fais venir Benjamin Biolay ou Arthur H, je suis complètement à côté de la plaque. On va faire très chic, très parisien, point. Il faut faire en fonction du public. Mais non, ce n’est pas une obsession. Surtout aujourd’hui où l’audience se dilue de plus en plus. Si on ne pense qu’à ça, on se tire une balle, parfois.

Elle ne se dilue pas pour vous, puisque « Village Départ » fait des scores deux à trois fois supérieurs à ceux de « Midi en France », l’émission de Laurent Boyer, diffusée tout au long de la saison.

C’est vrai, l’an dernier on a fait des scores incroyables : on est monté jusqu’à presque deux millions de téléspectateurs, c’était invraisemblable.

« Village Départ » rappelle au public certaines émissions comme « 40 degrés à l’ombre ».

Oui, oui. Ou « Midi première », si on remonte encore plus loin.

En mai 2010, vous avez donné une interview pour « Sport Buzz », sur L’Equipe TV. Vous y faites un aveu surprenant lorsqu’est évoquée votre forte exposition : « Je suis conscient de mon privilège. Mais, le jour où j’aurai moins envie, je pourrai arrêter de moi-même ».

Vous voyez, je suis cohérent par rapport à ce que je vous ai dit avant (sourires).

Exact ! Mais en même temps, on a du mal à le croire, car on imagine que les animateurs s’accrochent à tout prix à leur place…

Je ne me rappelle plus du contexte de cette interview, mais il est vrai que je pourrais arrêter le sport et faire autre chose. Moi, je n’ai pas envie de m’accrocher jusqu’à soixante-dix ans. Je respecte énormément ceux qui vont au bout, mais je souhaiterais, à un moment donné, passer de l’autre côté de la caméra. Attention, pas tout de suite, disons dans une quinzaine d’années. De toute façon, si vous n’avez plus envie, si vous n’êtes plus motivé, ça se voit à l’antenne, et là, c’est la réaction en chaîne. L’envie, ça c’est le moteur.

Dans quelques jours, vous présenterez les évènements sportifs majeurs de cette année : le magazine « Objectif Londres », Roland-Garros, « Village Départ » durant le Tour de France, les J.O. C’est un programme de fou, non ?

Ah oui, là c’est intense, comme en 2010. J’avais fini sur les genoux. Mais bon, c’est tellement génial. A l’heure où on observe toutes les problématiques posées par les droits télés, avec des événements qui se divisent, se partagent, ou même se piquent, on se dit qu’on a quand même une chance incroyable de travailler à France Télévisions. Les événements que l’on propose sont fédérateurs. Enchaîner Roland-Garros, le Tour et les Jeux Olympiques, c’est extraordinaire. C’est au moins deux des trois événements sportifs qui rassemblent le plus de monde. Et Roland, ça reste prestigieux. La motivation, l’envie sont donc là, et bien là. C’est ce qui permet de garder la forme pour faire tout ça.

Je me permets d’ouvrir une petite parenthèse sur les sports diffusés par le groupe France Télévisions. S’il reste indéniablement très présent sur les événements majeurs, il semble s’éloigner de sa mission de service public, puisque les sports diffusés sont peu variés. Je me souviens que, jusqu’au début des années 2000 (NDLR : Laurent était, entre autres, à la présentation de deux émissions : « Le samedi du sport » et « Le dimanche du sport »), les téléspectateurs pouvaient apprécier de nombreuses disciplines, du patinage artistique au cyclisme sur piste.

On essaie de proposer un maximum de sports, mais, on ne peut pas tout faire car, obtenir le droit de diffusion de chaque sport a un coût. On reste « le plus grand terrain de sport ». Quand on diffuse les Championnats du Monde d’escrime, même si ça marche fort aux J.O, on sait que l’audience ne sera pas forcément au rendez-vous. A la fin du mois, on diffuse aussi les Championnats d’Europe de gymnastique, bon. On diffuse de la pétanque, vous l’avez vu. On peut aussi le faire  grâce à France 4 et France Ô, qui diffusent beaucoup le sport. Ça nous permet d’élargir l’offre. Mais c’est vrai qu’on n’en fera jamais assez : il y a tellement de choses à diffuser.

Pour conclure, un mot sur l’institution « Stade 2 », que vous avez présentée au milieu des années 2000. A l’époque, l’audience culminait entre deux et trois millions de téléspectateurs chaque dimanche. Aujourd’hui, ces chiffres ont été divisés par trois. Quelles sont vos explications ?

Déjà, les chaînes de la TNT n’étaient pas encore sur le marché, ça joue. Après, je l’ai présentée entre 2004 et 2005. Mais je n’ai pas trop à analyser ceux qui sont passés après moi. Ce que je souhaite, c’est que ça continue, car, comme vous dites, c’est une « institution », c’est vrai. Tout a changé aujourd’hui, avec internet…

Et les chaînes d’informations sportives en continu.

Tout à fait. L’an prochain, L’Equipe TV débarque sur la TNT, vous imaginez ? Les gens pourront voir les images d’actualités chaque quart d’heure. Le contexte est difficile ; c’est pour ça que j’estime que la survie de « Stade 2 » passe par une remise en question du fond et de la forme. A un moment donné, ça sera nécessaire. On ne peut plus faire ce que nous faisions il y a dix ou vingt ans.

J’avoue moins regarder « Stade 2 » aujourd’hui, mais la grande différence, c’est que le rapport entre les images et le plateau a été inversé. Il y a moins d’images aujourd’hui, non ?

Il y a encore beaucoup d’images. L’émission d’hier faisait soixante-quinze minutes, dont, très franchement, cinquante minutes d’images. Ce qui est déjà pas mal. Il faut qu’il y ait un peu de vie aussi. Par rapport à une offre comme celle de L’Equipe TV, qui est « tout image » pour ce qui est lié à l’actualité, on se doit de proposer du « talk » qui soit un peu polémique, un peu nerveux, un peu réactif.

Tout à l’heure, vous évoquiez la possibilité de faire « autre chose ». En tout début d’entretien, je vous questionnais sur votre double culture : le sport et la variété. C’est ce deuxième intérêt que vous souhaiteriez développer ?

Oui, oui, c’est ce que j’aimerais. Mais c’est très difficile, en fait. J’ai toujours eu des caps à passer dans ma carrière. Le premier a été de faire ce métier. Bon, j’étais à Grenoble, mon père était assureur, je n’avais aucun lien avec ce métier. Ensuite, le deuxième cap a été de venir à Paris. Très difficile aussi, quand même. A un moment donné, je déprimais un peu, je me disais : « Comment je vais faire ? ». Je n’avais pas de contacts. Finalement, j’y suis arrivé. J’avais envoyé une K7 à Jacques Ségui (NDLR : journaliste, co-créateur de l’émission « Tout le sport »), rédacteur en chef de « Tout le sport », c’était en 1995. Il m’a rappelé trois ans plus tard, en 98. Je ne sais pas comment il avait réussi à avoir mon numéro, d’ailleurs. Il s’était souvenu qu’un jeune de France 3 Grenoble l’avait contacté. Et maintenant, mon troisième cap serait de basculer dans le divertissement. Je pense que, des trois, c’est peut-être le plus difficile, parce que les gens nous cataloguent dans une spécialité.

« Village Départ » peut vous servir de passerelle entre les deux univers.

Pour moi, cette émission est un bonheur incroyable. Pendant trois semaines, je suis au contact du public, en direct. Je mesure la chance que j’ai, d’animer une émission comme celle-là, très festive. Il n’y en a pas tellement, si vous regardez bien. Des émissions en public, en direct, avec des variétés, il y a en très peu. Et ça marche.

Merci Laurent.

Avec plaisir.

LAURENT LUYAT (1)
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